Il croyait hériter de tout… jusqu’à ce que son père lui remette le document qui allait changer son avenir

Julien s’arrêta devant les deux valises.

Son sourire disparut progressivement.

— Qu’est-ce que c’est que ça ?

Je me tenais dans l’entrée, les bras croisés. Je n’avais pas dormi de la nuit, mais je n’avais plus envie de pleurer devant lui.

— Tes affaires.

Il eut un petit rire incrédule.

— Tu plaisantes ?

— Non.

— Claire, il est quatre heures et demie du matin. Je suis fatigué. Je n’ai pas le temps pour tes crises.

Il posa ses clés sur la console et se dirigea vers l’escalier, comme s’il pouvait encore décider que cette conversation n’aurait pas lieu.

Je me déplaçai pour lui barrer le passage.

— Tu m’as menti pendant des mois. Tu as une maîtresse. Tu lui as promis une vie que tu comptais financer avec l’héritage de ton père. Et tu voudrais que je te prépare un café ?

Son visage se durcit.

— Tu as fouillé dans mon téléphone ?

— Tu as laissé tes propres messages ouverts.

— Ce sont des conversations privées !

— Et ton mariage, c’est quoi ? Une formalité que tu gardes jusqu’à ce que ton père meure ?

Il me saisit du regard, cherchant sans doute à déterminer combien j’avais découvert.

Puis il haussa les épaules.

— Écoute, mon père est très malade. Il m’a toujours dit que l’entreprise me reviendrait. Je ne vois pas pourquoi tu en fais une tragédie.

— Parce qu’il est encore vivant, Julien.

— Pour combien de temps ?

Ces quatre mots tombèrent entre nous.

Je sentis mon cœur se serrer, mais je ne détournai pas les yeux.

Derrière la porte du bureau, un bruit discret se fit entendre.

Julien se retourna.

La porte s’ouvrit.

Henri apparut, appuyé sur sa canne, vêtu d’un pantalon sombre et d’une chemise qu’il avait boutonnée de travers. Son visage était pâle. Il avait manifestement passé une partie de la nuit éveillé.

Julien resta figé.

— Papa ? Qu’est-ce que tu fais ici ?

Henri descendit lentement les deux marches qui séparaient le bureau du couloir.

— Je pourrais te poser la même question. Mais je crois avoir entendu suffisamment de réponses cette nuit.

— Tu as mal compris.

— Vraiment ?

Henri regarda les valises, puis son fils.

— Tu viens de dire à ta femme que tu n’avais pas le temps pour ses crises. Tu as également parlé de ma mort comme d’un événement qui t’empêchait simplement de profiter de ta nouvelle vie.

Julien pâlit.

— Papa, tu prends des médicaments. Tu es épuisé. Ce n’est pas le moment de discuter de tout ça.

— Tu as raison sur un point. Je suis épuisé. Mais je n’ai pas perdu la tête.

Il sortit une enveloppe de la poche intérieure de sa veste.

— Tu te souviens de la réunion que tu voulais organiser avec le notaire ?

Julien ne répondit pas.

— Tu voulais savoir si mon testament était à jour. Tu voulais connaître la répartition de mes actions et savoir qui pourrait prendre la direction du groupe après ma mort. Tu pensais que je ne remarquerais pas ton empressement.

— Je voulais simplement préparer l’avenir de la famille !

Henri eut un sourire triste.

— L’avenir de la famille ? Et Claire, Manon et Émile ? Tu les as inclus dans tes projets ou seulement dans les dépenses que tu voulais continuer à leur laisser ?

Julien serra les mâchoires.

— C’est entre Claire et moi.

— Tu as raison. Votre mariage vous appartient. Mais Delmas Industrie m’appartient encore, et les décisions concernant mes biens m’appartiennent également.

Il posa l’enveloppe sur la console.

— Lis ceci.

Julien l’ouvrit.

La première page portait les références d’un acte notarié. La deuxième détaillait la nouvelle organisation de la holding familiale. La troisième mentionnait les dispositions relatives à la gouvernance et à la protection des intérêts de Manon et d’Émile.

Il relut plusieurs lignes, puis releva brusquement la tête.

— Tu as changé le pacte ?

— Oui.

— Sans m’en parler ?

— J’ai consulté mes conseils, comme la loi me le permet. J’étais lucide, informé et libre de prendre cette décision. Tout a été vérifié et enregistré selon les procédures nécessaires.

Julien tourna une nouvelle page.

— Tu as confié la présidence de la holding à Claire ?

— J’ai prévu qu’elle en assume la présidence dans les conditions définies par le pacte, avec les contrôles nécessaires.

— Mais pourquoi elle ?

Henri le fixa longuement.

— Parce qu’elle connaît l’entreprise. Parce qu’elle a toujours protégé ses intérêts. Parce qu’elle n’a jamais essayé de me faire signer quoi que ce soit en me faisant croire que je n’avais plus toute ma tête.

Julien jeta le document sur la console.

— C’est elle qui t’a monté contre moi !

Je fis un pas en avant.