Il y avait des recherches sur les assurances décès, des échanges concernant le transfert de biens immobiliers et des documents évoquant un possible état dépressif.

Lucas avait d’abord pensé que son père faisait des recherches professionnelles. Puis il avait découvert les trois contrats d’assurance à mon nom.

Il avait essayé d’en parler indirectement à Julien.

Son père lui avait répondu que cela ne le concernait pas.

— Et pourquoi m’as-tu appelée à 2 h 13 ? ai-je demandé.

— Parce que j’ai reçu une notification sur l’ordinateur. Papa avait partagé par erreur un dossier avec mon compte. J’ai vu un message concernant son retour à la maison. Je savais qu’il n’était pas censé être là cette nuit-là.

— Tu savais qu’il avait une seringue ?

— Non, maman. Je ne savais pas. Quand je t’ai appelée, je voulais seulement que tu te mettes à l’abri. Je pensais qu’il allait chercher quelque chose dans le bureau de grand-père.

Je me suis couverte le visage.

Mon fils de quinze ans avait été terrifié par son propre père, au point de m’appeler au milieu de la nuit pour me protéger.

— Tu as bien fait de m’appeler, Lucas. Tu as fait exactement ce qu’il fallait en demandant de l’aide. Mais tu ne dois jamais te mettre en danger pour recueillir des preuves ou surveiller papa. Ce n’est pas ton rôle.

Il a pleuré doucement.

Je lui ai promis que nous allions traverser cette épreuve ensemble.

Le lendemain, mon avocate m’a rappelée.

Les premières vérifications avaient révélé plusieurs anomalies dans les contrats d’assurance. Les signatures électroniques associées à certaines demandes ne correspondaient pas aux procédures que j’utilisais habituellement. De plus, une adresse électronique secondaire, que je ne reconnaissais pas, avait été utilisée pour recevoir des confirmations.

Le dossier immobilier présentait également des incohérences.

La société mentionnée sur le projet de transfert était dirigée par un homme qui avait travaillé avec Julien plusieurs années auparavant.

Ce n’était pas encore la preuve de toute l’histoire, mais suffisamment d’éléments justifiaient des investigations approfondies.

Puis mon avocate m’a posé une question inattendue :

— Votre mari vous a-t-il déjà demandé de signer des documents sans vous laisser le temps de les lire ?

J’ai immédiatement pensé à un après-midi, quatre mois plus tôt.

Julien m’avait apporté une chemise remplie de papiers, en expliquant que notre banque avait besoin d’une mise à jour administrative. Il m’avait demandé de signer deux pages qu’il disait avoir déjà vérifiées.

J’avais refusé de signer sans lire.

Il s’était fâché, m’accusant de ne jamais lui faire confiance.

Finalement, j’avais laissé les documents sur son bureau.

Je ne me souvenais pas de les avoir revus.

Mon avocate m’a conseillé de ne pas tirer de conclusion prématurée. Nous avons signalé cet épisode aux enquêteurs.

Pour la première fois, je voyais une partie du puzzle se dessiner.

Julien avait peut-être tenté d’obtenir mon accord pour des documents qu’il ne pouvait pas me faire signer honnêtement. Lorsqu’il n’y était pas parvenu, il aurait pu chercher une autre voie.

Mais pourquoi les assurances ? Pourquoi cette mise en scène autour de ma santé mentale ? Et que voulait-il exactement faire de la maison ?

La réponse est arrivée trois jours plus tard.

J’étais dans le bureau de mon avocate lorsque mon téléphone s’est illuminé.

Un message de Julien.

« Il faut qu’on parle. J’ai découvert quelque chose de grave concernant Lucas. Rentre à la maison dès que possible. »

J’ai senti une vague de panique me traverser.

J’ai immédiatement appelé l’internat. Lucas était dans sa chambre et allait bien.

J’ai montré le message à mon avocate.

— Il utilise votre fils pour vous faire revenir, a-t-elle observé. Ne lui répondez pas avant que nous ayons décidé de la conduite à tenir.

Quelques minutes plus tard, un second message est arrivé.

« Si tu ne reviens pas, je devrai expliquer à tout le monde que tu n’es plus en état de t’occuper des enfants. »

Cette fois, j’ai compris que Julien commençait à perdre patience.

Je n’ai pas répondu.

Les enquêteurs ont été informés de ces messages. Mon avocate m’a aidée à organiser les prochaines démarches, notamment pour protéger mes droits concernant les enfants et le patrimoine hérité de mon père.

Le soir même, Marc Delmas m’a appelée.

— Claire, j’ai retrouvé quelque chose dans les archives de ton père. Un dossier qu’il avait conservé à part.

— Quel dossier ?

— Des documents concernant la propriété. Ton père avait fait vérifier les titres de la maison après avoir découvert, il y a plusieurs années, qu’un ancien associé avait tenté d’utiliser une copie d’un acte pour obtenir un financement.

Je me suis redressée.

— Tu veux dire qu’il avait déjà été confronté à ce genre de fraude ?