Une heure plus tard, Élodie était installée dans une chambre individuelle, sous surveillance médicale. Le médecin lui avait expliqué qu’après un choc au ventre à ce stade de la grossesse, le monitoring et l’examen étaient indispensables, même si les premiers résultats étaient rassurants.

Le rythme cardiaque du bébé restait régulier.

Elle posa la main sur son ventre.

— Tiens bon, mon petit cœur, murmura-t-elle.

On frappa doucement.

Sophie entra avec une tablette.

— Nous avons récupéré une partie des journaux informatiques. La vidéo n’a pas été effacée définitivement. La tentative a été bloquée par le système de sauvegarde.

— Qui a essayé de la supprimer ?

— L’identifiant utilisé appartient à un poste du service administratif. Mais cela ne nous dit pas qui était physiquement devant l’ordinateur. Nous avons demandé à l’équipe informatique de préserver les données, sans effectuer de recherche supplémentaire qui risquerait de les altérer.

— Et le dossier de ma mère ?

Sophie inspira.

— Il a été consulté à distance il y a quatre jours, avec un identifiant qui n’avait pas été utilisé depuis plusieurs années.

Élodie se redressa.

— Quatre jours ?

— Oui. Et la demande de consultation provenait d’un compte associé à une société extérieure au groupe.

Sophie lui montra le nom.

Delmas Conseil Patrimoine.

La société qu’Antoine avait créée après avoir quitté l’entreprise de son père.

Élodie fixa l’écran.

Son mari avait tenté d’effacer la vidéo après l’agression. Mais il avait aussi cherché à ouvrir un dossier sur sa mère avant même que Camille ne la frappe.

Ce n’était donc pas seulement la scène de la maternité qu’ils voulaient faire disparaître.

Quelque chose les inquiétait déjà.

— Il savait, souffla-t-elle.

— Nous ne pouvons pas encore savoir ce qu’il savait exactement, répondit Sophie. Mais cette connexion doit être examinée.

Élodie ferma les yeux.

Elle revit Antoine dans le couloir, immobile tandis que Camille lui donnait un coup de pied. Elle se rappela son regard inquiet lorsqu’elle avait appelé Gérard. Ce n’était pas le visage d’un homme qui craignait pour sa femme.

C’était celui d’un homme qui venait de comprendre que quelqu’un d’autre allait prendre le contrôle de la situation.

À cet instant, la porte s’ouvrit.

Antoine entra, accompagné d’un agent de sécurité qui resta dans le couloir.

Il avait perdu son assurance habituelle. Sa cravate était desserrée et ses traits semblaient tirés.

— Élodie, il faut qu’on parle.

Elle ne lui fit pas signe de s’asseoir.

— Tu peux parler.

Il jeta un regard à Sophie.

— Je préférerais que nous soyons seuls.

— Moi, je préfère qu’il y ait un témoin.

Il serra la mâchoire, puis se tourna vers elle.

— Je suis désolé pour ce qui s’est passé. Camille a dépassé les limites.

— Elle m’a frappée au ventre alors que je suis enceinte de trente-deux semaines. Tu l’as regardée faire.

— Je n’ai pas compris tout de suite ce qu’elle allait faire.

— Tu as vu le coup. Tu as vu que j’avais mal. Et tu as choisi de dire que je faisais du théâtre.

Antoine baissa les yeux.

— J’ai paniqué.

— Non. Tu as calculé.

Il releva brusquement la tête.

— Ce n’est pas vrai.

Élodie désigna la porte.

— Alors explique-moi pourquoi ta société a tenté d’accéder au dossier de ma mère quatre jours avant cette scène.

Antoine devint livide.

Pendant quelques secondes, il ne trouva rien à répondre.

Puis il regarda Sophie.

— Ce dossier est confidentiel. Vous n’avez pas le droit de me questionner à ce sujet.

Sophie répondit calmement :

— Personne ne vous interroge officiellement pour le moment. Nous préservons simplement les éléments nécessaires à la sécurité de l’établissement et à la compréhension d’un incident. Les autorités compétentes pourront examiner les faits.

Antoine se tourna vers Élodie.

— Gérard t’a raconté des histoires. Il essaie de te monter contre moi depuis le début.

— Alors pourquoi as-tu voulu ouvrir ce dossier ?

— Je cherchais des informations sur une ancienne opération financière.

— Qui concerne ma mère ?

— Je ne savais pas qu’elle était impliquée !

Élodie le fixa.

— Tu viens de dire que tu cherchais une opération financière. Tu as ensuite affirmé que tu ne savais pas que ma mère était impliquée. Comment peux-tu connaître le dossier sans savoir ce qu’il contient ?

Antoine ouvrit la bouche, puis la referma.

Pour la première fois depuis leur rencontre, Élodie ne chercha pas à l’aider à formuler une réponse.

Elle le laissa affronter son propre silence.

— Je vais te poser une dernière question, dit-elle. Savais-tu que Camille allait me frapper ?

— Non.

— Savais-tu qu’elle comptait m’humilier aujourd’hui ?

Il hésita.

Cette fois, elle vit l’hésitation.

— Elle voulait que tu comprennes que notre relation était terminée, finit-il par dire.

— Notre relation ? Nous sommes mariés. Et notre enfant doit naître dans quelques semaines.