Puis il a jeté un regard vers le gâteau au chocolat que ma sœur avait apporté deux jours plus tôt.

— Tu en as encore mangé hier soir ?

La question m’a frappée comme une gifle.

J’ai posé doucement le biberon sur le plan de travail.

— Pourquoi tu me demandes ça ?

Greg a haussé les épaules.

— Comme ça. Tu sais, tu pourrais commencer à faire attention à ce que tu manges. Je pense que ça te ferait du bien de retrouver une routine.

J’ai regardé l’homme que j’avais épousé.

Il venait de passer la nuit à dormir à côté de moi après avoir misé de l’argent sur le moment où je retrouverais mon poids d’avant la grossesse.

Et maintenant, il me donnait des conseils sur mon alimentation en faisant semblant de s’inquiéter pour ma santé.

— Tu penses que je devrais faire un régime ?

Il a souri, comme s’il venait de trouver la bonne façon de présenter les choses.

— Pas un régime. Juste faire attention. Tu sais que je t’aime, mais tu te sentiras mieux quand tu auras retrouvé ton corps.

J’ai baissé les yeux vers Noah, qui tétait tranquillement.

— Et si ça prend un an ?

Greg a éclaté de rire.

— Un an ? Tu exagères. Tu vas voir, ça va revenir.

Il m’a embrassée sur la joue et est parti se préparer.

Je suis restée immobile dans la cuisine.

La veille, j’avais découvert qu’il pariait sur mon corps.

Ce matin, il me faisait comprendre qu’il avait déjà commencé à me juger.

Alors j’ai décidé de ne pas le confronter tout de suite.

Pas parce que je lui pardonnais.

Parce que je voulais savoir jusqu’où il était prêt à aller.

 

Le déjeuner qui a confirmé mes soupçons

Deux jours plus tard, Greg m’a annoncé que ses cinq amis passeraient à la maison le dimanche suivant.

— On fera un barbecue, a-t-il expliqué. Ça te changera les idées. Tu as besoin de voir des adultes, de parler d’autre chose que des bébés.

J’ai failli rire.

— Quelle délicate attention.

Il a pris mon sarcasme pour une plaisanterie.

— Tu vois ? Tu retrouves ton humour !

Le dimanche, Mark est arrivé le premier avec une caisse de boissons. Jason l’a suivi, puis les autres. Ils ont embrassé Greg, plaisanté sur le sport et se sont installés dans le jardin comme s’ils étaient chez eux.

Ils me connaissaient depuis des années.

Mark avait été témoin à notre mariage. Jason nous avait aidés à déménager. Peter avait même passé un week-end entier à repeindre notre première maison.

Je les avais considérés comme des amis.

J’avais préparé des sandwiches, une salade et un gâteau aux pommes pendant une sieste des bébés. Je n’avais pas envie de cuisiner pour eux, mais je ne voulais pas que Greg devine que j’avais découvert le tableau.

Lorsque j’ai posé le plateau sur la table, Ryan a regardé mon assiette.

— Alors, comment se passe la vie de maman de jumeaux ?

— Fatigante, mais je tiens le coup.

— Et tu as réussi à dormir un peu ?

— Parfois.

Il a hoché la tête avant de lancer un regard rapide à Greg.

Ce regard n’a duré qu’une seconde.

Mais je l’ai vu.

Plus tard, alors que je changeais Emma dans la chambre des bébés, j’ai entendu des éclats de rire dans le jardin.

La porte-fenêtre était entrouverte.

— Je te dis qu’elle ne tiendra jamais jusqu’à Noël, a lancé Jason.

— Tu devrais arrêter de parier contre ta propre femme, a répondu Mark, mais il riait en même temps.

Puis j’ai entendu Greg.

— Vous ne connaissez pas ma femme comme moi. Elle adore le sucre. Si elle continue comme ça, je suis tranquille.

Les hommes ont ri.

Un rire collectif, bruyant, facile.

J’ai terminé de boutonner le pyjama d’Emma avec des doigts tremblants.

Puis la voix de Peter a retenti :

— Et si elle découvre le tableau ?

Il y a eu un bref silence.

Greg a répondu :

— Elle ne va pas fouiller mon téléphone. Et même si elle le faisait, ce n’est qu’un pari. Elle a assez de problèmes avec les bébés pour ne pas se prendre la tête avec ça.

Un autre rire.

— En plus, a ajouté Ryan, si elle perd du poids plus vite que prévu, tu pourras toujours dire que tu l’as encouragée.

Je me suis redressée lentement.

J’avais envie de sortir, de jeter le gâteau sur la table et de leur montrer les captures d’écran.

Mais je suis restée dans la chambre.

Parce que je venais d’apprendre quelque chose d’encore plus douloureux que le pari lui-même.

Ils ne regrettaient pas.

Ils n’étaient pas gênés.

Ils étaient convaincus que j’étais trop occupée, trop épuisée et trop vulnérable pour les confronter.