Claire choisit de ne rien laisser paraître.
Lorsque Julien entra dans la chambre, elle avait déjà posé sa tablette sous la couverture. Elle ferma les yeux et ralentit volontairement sa respiration.
— Mon amour ? murmura-t-il.
Elle entrouvrit les paupières.
— Je suis épuisée.
Il posa la tasse sur la table de nuit et s’assit près d’elle.
— Tu devrais boire un peu. Tu sais combien cette infusion t’aide.
Claire regarda la tasse. Une odeur amère lui monta au nez.
— Pas maintenant. J’ai la nausée.
Pendant une seconde, le visage de Julien se durcit.
— Tu dois arrêter de tout compliquer.
Puis il se reprit, lui caressa les cheveux et déposa un baiser sur son front.
— Repose-toi. Je reviens tout à l’heure.
Dès qu’il eut quitté la chambre, Claire appuya sur le bouton d’appel.
Une infirmière entra quelques minutes plus tard.
— Madame Martin, vous avez besoin de quelque chose ?
Claire attendit d’être certaine que personne ne pouvait les entendre.
— Je dois vous demander de l’aide. Je pense que mon mari me donne quelque chose qui me rend malade.
L’infirmière ne manifesta ni surprise ni incrédulité.
— Avez-vous des raisons précises de le penser ?
— Il insiste pour me faire boire des préparations dont je ne connais pas la composition. Et je viens de le voir, sur une caméra, fouiller dans les documents de mon père avec sa maîtresse. Je crains qu’il cherche à accélérer ma mort.
L’infirmière posa doucement une main sur son épaule.
— Ne buvez rien qu’il vous apporte. Je vais prévenir le médecin de garde et suivre le protocole nécessaire.
Claire sentit les larmes lui monter aux yeux.
Pour la première fois depuis des mois, quelqu’un prenait sa peur au sérieux.
Quelques minutes plus tard, le médecin revint, accompagné d’une collègue. Ils organisèrent des prélèvements supplémentaires et firent conserver la tasse sans que Julien puisse la récupérer. L’équipe de sécurité de l’établissement fut également informée.
Puis Claire demanda à appeler son avocat.
Maître Lefèvre décrocha dès la première sonnerie.
— Claire ? Monique vient de m’appeler. Elle est à la maison. Elle a trouvé quelque chose d’inquiétant dans la réserve.
Claire ferma les yeux.
— Qu’a-t-elle trouvé ?
— Plusieurs contenants sans étiquette et des notes manuscrites. Elle n’y a pas touché. Elle a photographié les lieux et m’a transmis les images. J’ai demandé qu’elles soient conservées pour les enquêteurs.
— Julien est venu au coffre ?
— Oui. Et il a découvert l’enveloppe que votre père avait préparée avant sa mort.
Claire se redressa péniblement.
— Que contient-elle ?
L’avocat marqua une pause.
— Un dossier que votre père m’avait confié dix-huit mois avant son décès. Il m’avait demandé de ne l’ouvrir que si vous étiez menacée, ou si quelqu’un tentait de s’approprier votre patrimoine par la fraude.
— Qu’avait-il découvert ?
— Votre père avait remarqué des irrégularités dans les comptes d’une société immobilière avec laquelle Julien avait travaillé avant votre mariage. Il avait aussi appris que Julien s’était renseigné sur votre héritage et sur les moyens d’obtenir une procuration générale.
Claire sentit un frisson la parcourir.
— Mon père savait qui il était ?
— Il avait des soupçons. Il n’avait pas suffisamment de preuves pour l’accuser. Il voulait vous protéger sans détruire votre mariage sur la base de simples suppositions.
L’avocat poursuivit :
— Dans ce dossier, il y a également un document notarié. Votre père a organisé la transmission de ses parts de façon à empêcher qu’un conjoint puisse les récupérer automatiquement par une simple manœuvre administrative. Julien ne pourra pas s’emparer de votre participation comme il semble l’avoir prévu.
Claire resta silencieuse.
Son père avait donc envisagé cette possibilité.
Mais ce n’était pas ce qui lui importait le plus.
— Maître, je ne veux pas seulement protéger mon argent. Je veux savoir ce qu’il m’a fait.
— C’est maintenant la priorité. Ne confrontez pas Julien seule. Les éléments que nous avons sont préoccupants, mais ils doivent être examinés par des professionnels. Je vais contacter les autorités et leur transmettre ce que nous avons.
À cet instant, la porte s’ouvrit.
Julien entra sans frapper.
Claire coupa l’appel.
Il regarda son téléphone, puis la tasse restée intacte.
— Tu n’as pas bu ?
— Je t’ai dit que j’avais la nausée.
— Tu ne peux pas continuer à refuser tout ce que je fais pour toi.
— Alors laisse-moi décider de ce que je bois.
Il la fixa longuement.
— Tu as parlé à Lefèvre ?
Le cœur de Claire se mit à battre plus vite.
Elle ne répondit pas.
Julien s’approcha du lit.
— Ton père avait toujours eu cette manie de tout contrôler. Il t’a laissé une fortune et des documents compliqués. Tu ne comprends même pas ce que tu possèdes.
— Et toi, tu comprends ?