Il serra la mâchoire.

— Je suis ton mari.

— Ce n’est pas une réponse.

Pendant quelques secondes, ils se regardèrent sans parler.

Puis Julien attrapa la tasse.

— Très bien. Garde tes secrets.

Il se dirigea vers la porte.

Avant de sortir, il se retourna.

— Mais n’oublie pas une chose, Claire. Si tu meurs, les choses ne se passeront pas forcément comme tu l’imagines.

La porte se referma.

Claire appuya de nouveau sur le bouton d’appel.

Cette fois, ses mains tremblaient si fort qu’elle eut du mal à le toucher.

Une heure plus tard, la police arriva à l’hôpital.

Deux enquêteurs recueillirent son témoignage et examinèrent les éléments déjà rassemblés par Maître Lefèvre et Monique. Ils demandèrent que les boissons, les contenants et les documents suspects soient préservés. Les médecins transmirent les résultats des examens dans le cadre légal approprié.

L’analyse des premiers éléments ne permit pas de conclure immédiatement à un empoisonnement. Cependant, certaines anomalies médicales justifiaient des investigations plus poussées.

Le lendemain matin, le médecin responsable convoqua Claire.

Il avait l’air grave, mais son expression était différente de celle de la veille.

— Madame Martin, nous avons repris votre dossier depuis le début. Plusieurs résultats ne correspondent pas tout à fait à l’explication initiale de votre état.

Claire se cramponna aux accoudoirs de son fauteuil.

— Vous pensez que quelqu’un m’a empoisonnée ?

— Je ne peux pas l’affirmer à ce stade. Certains résultats peuvent avoir plusieurs causes. Mais nous avons demandé des analyses toxicologiques complémentaires et adapté votre prise en charge. Nous ne voulons rien laisser au hasard.

— Et mes sept jours ?

Le médecin hésita.

— Ce pronostic reposait sur l’évolution que nous pensions observer. Nous devons le réévaluer à la lumière des nouveaux éléments. Je ne veux pas vous donner de faux espoirs, mais nous ne pouvons plus considérer ce délai comme une certitude.

Claire éclata en sanglots.

Ce n’était pas encore une promesse de guérison.

Mais ce n’était plus une condamnation.

Pendant plusieurs jours, elle resta sous surveillance médicale. Les médecins ajustèrent les traitements et multiplièrent les examens. Les résultats finirent par révéler une exposition à une substance toxique, dont l’identification et l’origine furent confiées aux spécialistes. Les enquêteurs cherchèrent à établir si elle provenait des préparations que Julien lui avait données.

Parallèlement, les documents saisis au domicile et les échanges retrouvés sur les appareils de Julien permirent de reconstituer une partie du scénario.

Il avait entretenu une relation avec Élodie depuis près d’un an. Ensemble, ils avaient envisagé la mort de Claire comme le moyen de régler ses dettes et de mettre la main sur une partie de son patrimoine.

Mais l’enquête révéla une trahison supplémentaire.

Élodie ne se contentait pas d’être sa maîtresse. Elle avait aidé Julien à rechercher des informations financières et à préparer des documents destinés à faciliter la prise de contrôle de certains actifs après le décès de Claire.

Le dossier de Michel contenait justement une ancienne correspondance montrant que le père de Claire s’était méfié de Julien bien avant le mariage. Il avait tenté de vérifier ses antécédents financiers, sans parvenir à établir l’existence d’un projet criminel.

Julien avait cru que la mort de Michel lui avait laissé le champ libre.

Il s’était trompé.

Les enquêteurs finirent par réunir suffisamment d’éléments pour procéder à son arrestation, ainsi qu’à celle d’Élodie dans le cadre de l’enquête. Ils furent interrogés sur les faits soupçonnés, les mouvements financiers et les substances retrouvées. La justice devait encore déterminer précisément le rôle de chacun.

Lorsque Claire apprit l’arrestation de son mari, elle ne ressentit ni triomphe ni soulagement immédiat.

Seulement une immense fatigue.

Elle avait aimé cet homme. Elle avait partagé avec lui ses peurs, ses espoirs et les souvenirs de son père. Elle avait imaginé vieillir à ses côtés.

Il avait transformé cette confiance en opportunité.

Quelques semaines plus tard, son état commença enfin à s’améliorer. Les médecins restaient prudents, car son organisme avait subi de graves dommages, mais les résultats montraient une évolution encourageante.

Un après-midi, Maître Lefèvre vint lui rendre visite.

Il posa sur sa table un petit dossier relié de cuir.

— Votre père m’avait demandé de vous remettre ceci si vous traversiez un jour une épreuve de cette nature.

À l’intérieur se trouvait une lettre écrite de la main de Michel.

Ma chère Claire,

Si tu lis ces lignes, c’est que tu traverses probablement une période où tu doutes de toi, des autres ou des décisions que tu as prises.

Je ne peux pas choisir les personnes que tu aimeras. Je ne peux pas t’éviter toutes les erreurs. Mais je peux te rappeler une chose : tu n’as jamais eu besoin de mon argent pour mériter le bonheur, et personne ne doit pouvoir utiliser cet argent pour te retirer ta liberté.