Julien remit la vidéo au début.
Son père semblait chercher ses mots. Derrière lui, des dossiers s’empilaient sur une petite table. Il avait l’air épuisé, mais sa voix restait ferme.
— Depuis des mois, Philippe essaie de me convaincre de vendre l’entreprise. Il prétend que nous sommes au bord de la faillite. Pourtant, les commandes sont bonnes, les clients paient et les comptes devraient être largement suffisants pour maintenir l’activité.
Bernard marqua une pause.
— J’ai découvert qu’une partie de nos bénéfices disparaissait depuis presque 5 ans. Les 280 000 € qui t’ont été attribués ne sont qu’une fraction de ce qui a été détourné.
Julien sentit ses doigts se crisper sur le bord de la table.
Son père ouvrit un autre dossier.
— Quelqu’un modifiait les coordonnées bancaires de certains fournisseurs. Les factures étaient authentiques, mais les comptes destinataires appartenaient à des sociétés intermédiaires. Quand j’ai commencé à poser des questions, Véronique m’a demandé de te laisser assumer la responsabilité. Elle disait que tu finirais par avouer.
Il s’interrompit, puis regarda la caméra.
— Je ne l’ai pas fait. Tu es mon fils. Je sais comment tu travailles, je sais ce que tu vaux et je sais que tu n’aurais jamais volé cet argent.
Julien sentit les larmes lui monter aux yeux.
Il avait attendu ces mots pendant 3 ans.
Il les avait espérés dans une salle de visite, dans une lettre, dans un simple appel téléphonique.
Son père les lui disait enfin, mais depuis une vidéo enregistrée avant sa mort.
Bernard reprit :
— J’ai demandé à Maître Delmas d’examiner les documents. Elle possède des copies certifiées de certains relevés et des échanges qui pourraient permettre de comprendre ce qui s’est réellement passé. Je ne sais pas combien de temps il me reste. Mon état se dégrade et je ne veux pas que tu sortes de prison en croyant que je t’ai abandonné.
Il baissa la tête quelques secondes.
— Pardonne-moi de ne pas avoir réussi à te sortir de là plus tôt.
La vidéo s’arrêta.
Julien resta assis sans bouger.
René posa une main sur son épaule.
— Ton père s’est battu jusqu’au bout.
Julien essuya son visage.
— Alors pourquoi personne n’a transmis ces preuves à mon avocat ?
René désigna les cartons.
— C’est justement ce que nous allons découvrir.
Le lendemain, Julien prit rendez-vous avec Maître Delmas.
L’avocate avait dépassé la cinquantaine. Lorsqu’elle vit Julien entrer dans son cabinet, elle resta silencieuse un instant avant de lui proposer une chaise.
— Votre père m’avait prévenue que vous viendriez peut-être me voir après votre libération.
— Vous saviez que j’étais innocent ?
— Je savais que les preuves méritaient d’être réexaminées. Ce n’est pas la même chose que pouvoir démontrer immédiatement qui a fait quoi. J’ai tenté de transmettre des éléments complémentaires à votre ancien conseil, mais plusieurs pièces manquaient et la procédure avait déjà suivi son cours.
Elle posa un dossier devant lui.
— Votre père m’avait demandé de ne rien remettre à votre belle-mère. Il craignait que les documents disparaissent.
Julien parcourut les pages.
Il y avait des copies de factures, des échanges de courriels et des relevés montrant que plusieurs opérations avaient été effectuées depuis des adresses informatiques extérieures à l’entreprise.
Certaines données ne suffisaient pas, à elles seules, à identifier l’auteur des virements. Mais, mises en relation avec les autres pièces, elles soulevaient de sérieuses questions sur la fiabilité des éléments présentés lors de son procès.
Puis l’avocate sortit une feuille qui changea tout.
C’était un contrat de cession de parts sociales.
Bernard avait prévu de transmettre une partie de son entreprise à Julien après son départ à la retraite. Le document avait été signé par son père, mais la signature de Julien, apposée au bas d’une annexe, semblait différente de celle figurant sur ses autres documents.
— Cette annexe a été utilisée pour justifier le transfert de certaines responsabilités financières à votre nom, expliqua Maître Delmas. Votre père pensait qu’elle avait été ajoutée après sa propre signature.
— Qui l’a apportée ?
— Philippe Garnier.
Julien serra les dents.
— Et Véronique ?
L’avocate referma le dossier.
— Votre père la soupçonnait d’avoir facilité certaines opérations. Mais il ne voulait pas porter d’accusation sans preuve suffisante. Il m’a demandé de vérifier également les mouvements patrimoniaux effectués après sa mort.
Elle ouvrit un second dossier.
Julien découvrit que, quelques semaines après le décès de Bernard, la maison familiale avait été transférée à une société civile immobilière nouvellement créée. Véronique en était la principale bénéficiaire.
L’opération avait été présentée comme une réorganisation patrimoniale.
Mais une question se posait : sur quels documents cette transmission reposait-elle, et Bernard avait-il réellement donné son accord ?
— Je veux récupérer la maison, dit Julien.