— Nous allons d’abord vérifier vos droits. Il faut aussi examiner les conditions dans lesquelles votre père a été déclaré décédé et la manière dont sa succession a été réglée. Ne prenez aucune initiative qui pourrait fragiliser votre dossier.
Julien acquiesça.
Il avait passé 3 ans derrière les barreaux. Il pouvait bien patienter encore quelques semaines pour obtenir des preuves solides.
Pendant ce temps, Véronique ne resta pas inactive.
Deux jours après sa rencontre avec l’avocate, Julien reçut une convocation de police. Sa belle-mère avait déposé une plainte, l’accusant d’avoir pénétré illégalement dans le box de stockage et d’avoir emporté des documents qui lui appartenaient.
Julien se rendit à la convocation avec son avocat.
Il expliqua comment René lui avait remis la clé, montra les documents prouvant que son père avait loué le box et précisa qu’il n’avait emporté que des copies destinées à son conseil juridique.
L’enquêteur nota ses déclarations.
— Votre belle-mère affirme que vous cherchez à vous venger.
Julien répondit calmement :
— Je ne cherche pas à me venger. Je cherche à comprendre pourquoi j’ai perdu 3 ans de ma vie pour un crime que je nie avoir commis.
L’enquêteur ne fit aucun commentaire.
Mais, à la sortie du commissariat, l’avocat de Julien lui annonça qu’il avait reçu un appel de Maître Delmas.
Un ancien employé de l’entreprise acceptait de témoigner.
Il s’agissait de Marc Lenoir, le comptable qui avait affirmé au procès avoir vu Julien valider les virements.
Marc avait demandé à les rencontrer.
Ils se retrouvèrent dans une salle de réunion discrète, en présence des avocats.
Le comptable semblait avoir vieilli de 10 ans. Il gardait les yeux baissés et triturait un mouchoir entre ses doigts.
— J’ai menti pendant le procès, finit-il par dire.
Julien ne bougea pas.
— Pourquoi ?
Marc avala difficilement sa salive.
— Philippe m’a payé pour modifier certains documents. Véronique savait ce qui se passait. Elle m’a dit que tout serait arrangé avant que vous soyez condamné.
— Et quand j’ai été condamné ?
Le comptable ferma les yeux.
— Ils m’ont dit de me taire.
— Vous avez donc laissé un innocent aller en prison.
Marc se mit à pleurer.
— Oui.
Julien aurait voulu crier. Il aurait voulu lui demander comment il avait pu rentrer chez lui chaque soir pendant que son propre mensonge détruisait la vie d’un autre homme.
Mais il se contenta de dire :
— Vous allez tout raconter. À la police, au juge, à qui vous devrez le raconter. Et cette fois, vous ne changerez pas votre version pour protéger ceux qui vous ont payé.
Marc accepta.
Son témoignage, accompagné de documents bancaires et de données techniques, permit de rouvrir l’examen de l’affaire selon les procédures applicables. Il fallut encore des mois pour vérifier chaque élément, entendre les personnes impliquées et déterminer les responsabilités exactes.
Entre-temps, l’état de santé de Bernard devint lui aussi un sujet d’enquête.
Les documents médicaux montraient qu’il avait été hospitalisé plusieurs fois durant les derniers mois de sa vie. Son décès était bien enregistré, mais certaines démarches avaient été effectuées très rapidement après sa mort, notamment celles concernant la succession et la maison.
Il n’existait pas de preuve que son décès avait été provoqué. En revanche, les enquêteurs cherchèrent à comprendre pourquoi des documents patrimoniaux avaient été signés ou déposés dans des conditions aussi contestables.
Puis vint la découverte la plus importante.
Dans une boîte à outils conservée au fond du box, Julien trouva un petit carnet noir. Il ne l’avait pas remarqué auparavant, car il était glissé sous une doublure de tissu.
Son père y avait noté des dates, des montants et des initiales.
À plusieurs reprises apparaissaient les lettres « V. G. ».
Véronique Garnier.
À côté de certaines dates figuraient les montants transférés vers les sociétés de Philippe.
Mais la dernière page contenait une phrase qui fit comprendre à Julien pourquoi son père avait conservé ce carnet jusqu’au bout.
« Si Julien est condamné, ils pourront vendre l’entreprise sans opposition. Il faut vérifier les documents de cession avant qu’ils ne deviennent irrévocables. »
Julien relut la phrase.
Le détournement n’avait pas seulement permis de récupérer de l’argent. Il avait aussi écarté celui qui devait reprendre l’entreprise familiale.
L’affaire dépassait désormais les 280 000 €.
Les enquêteurs établirent progressivement que plusieurs transferts avaient bénéficié à des sociétés liées à Philippe Garnier. Marc reconnut avoir falsifié des documents. D’autres pièces confirmèrent que certaines signatures et validations attribuées à Julien étaient contestables.
Véronique nia avoir organisé le détournement. Elle affirma que Philippe avait agi seul et qu’elle avait seulement cherché à protéger son mari.
Mais ses propres messages contredisaient une partie de ses déclarations.
Dans l’un d’eux, envoyé à Philippe quelques semaines avant l’arrestation de Julien, elle écrivait :