Elle posa devant lui une copie du tableau récapitulatif.
Julien le parcourut rapidement.
Son visage ne changea presque pas, mais Claire remarqua qu’il s’attardait sur une ligne : un transfert de 6 400 euros vers Horizon Patrimoine.
— Celui-là, dit-il, c’était probablement lié à un placement.
Bernard se redressa.
— Quel placement ?
— Je ne me souviens plus exactement. Il faudrait retrouver les documents.
— Tu m’as dit que tu ne connaissais pas cette société, intervint Bernard.
Julien referma le dossier.
— Je n’ai pas dit ça. J’ai dit qu’il fallait vérifier.
— Non, répondit Claire. Papa vient de te demander si tu connaissais cette société. Tu as dit que c’était probablement un placement. Comment peux-tu le savoir si tu ne la connais pas ?
Julien soupira.
— Claire, tu ne comprends pas comment fonctionnent les opérations financières. Il y a des transferts entre comptes, des frais, des investissements. Tout n’est pas une disparition d’argent.
— C’est possible, répondit-elle. C’est précisément pour cela que nous allons demander les justificatifs.
Il se tourna vers Bernard.
— Papa, tu m’avais demandé de t’aider à gérer tout ça. Tu ne peux pas me faire passer pour un voleur devant toute la famille simplement parce que tu ne retrouves pas certains papiers.
Bernard sembla vaciller.
Pendant des années, Julien avait été celui qui comprenait les formulaires, les banques et les placements. Bernard lui faisait confiance parce qu’il était son fils, mais aussi parce qu’il maîtrisait un domaine que lui-même connaissait mal.
— Je ne t’accuse pas, répondit-il enfin. Je veux savoir où est passé l’argent.
Julien se leva.
— Alors laisse-moi vérifier tranquillement. Je vais reprendre les documents et te faire un rapport.
Il tendit la main vers le classeur.
Claire le referma avant qu’il ne puisse le prendre.
— Non.
Julien la fixa, incrédule.
— Pardon ?
— Les documents resteront ici. Nous allons faire des copies et demander une vérification indépendante. Tu pourras fournir tes explications et tes justificatifs, mais tu ne seras pas le seul à examiner des opérations auxquelles tu as participé.
Un silence pesant envahit la pièce.
Puis Julien lâcha, d’une voix froide :
— Tu as toujours été incapable de faire confiance à ta propre famille.
Claire ne détourna pas le regard.
— Faire confiance ne signifie pas fermer les yeux.
Julien partit sans dire au revoir.
Personne ne le retint.
La découverte dans le tiroir du bas
Une semaine plus tard, Bernard appela Claire.
Il avait retrouvé un petit dossier dans le tiroir inférieur de son bureau, derrière une pile de factures anciennes.
— Je crois que tu dois venir voir ça.
Claire se rendit chez lui avec Sophie. Elles trouvèrent Bernard assis devant une enveloppe kraft qu’il n’avait pas encore ouverte.
À l’intérieur se trouvaient des copies de formulaires bancaires, des autorisations de gestion et plusieurs courriers.
L’un des documents portait la signature de Bernard. Un autre comportait une signature attribuée à Sophie, qui affirma immédiatement ne pas la reconnaître.
Le document semblait autoriser une opération sur le compte de Chloé.
— Je n’ai jamais signé ça, dit Sophie.
Bernard prit ses lunettes.
— Tu es certaine ?
— Absolument. Je n’ai jamais autorisé quelqu’un à déplacer l’argent de ma fille.
Claire examina la date.
Le formulaire avait été établi près de deux ans auparavant, quelques jours avant le transfert d’une somme importante. Mais il ne suffisait pas de constater une signature contestée pour conclure à une falsification : il fallait retrouver l’original, vérifier les conditions de signature et comprendre comment la banque avait traité la demande.
Sous le formulaire se trouvait un relevé mentionnant un transfert de 8 900 euros vers un compte dont le titulaire n’était pas indiqué sur la copie.
Martine, qui les avait rejointes, pâlit en lisant le nom de l’établissement bancaire.
— Ce compte… Je l’ai déjà vu.
Tout le monde se tourna vers elle.
— Où ça ? demanda Claire.
Martine prit place, visiblement bouleversée.
— Il y a trois ans, Julien m’a demandé de lui avancer de l’argent pour une opération immobilière. Il m’avait promis de me rembourser en quelques semaines. Je lui ai prêté 5 000 euros. Ensuite, il m’a dit que l’affaire avait échoué et qu’il avait perdu une partie de la somme.
— Et tu ne nous l’as jamais dit ? demanda Sophie.
— J’avais honte. J’avais économisé cet argent pendant des années. Julien m’a assuré qu’il me rembourserait, puis il a commencé à éviter le sujet.
Martine fouilla dans son sac et en sortit une ancienne impression de virement.
Le nom du bénéficiaire était partiellement masqué sur le document, mais les derniers chiffres du compte correspondaient à ceux figurant sur le relevé de Bernard.