— J’ai appelé papi André hier soir, poursuivit-elle. Il m’a dit qu’il n’avait jamais reçu cet argent.

Le silence tomba dans la pièce.

Élodie ajouta, presque à voix basse :

— Il m’a aussi dit qu’il ne t’avait jamais prêté un centime.

Julien fixa l’écran.

Pour la première fois depuis le début de leur conversation, il n’essaya pas de se justifier.

Car cette somme n’avait pas été versée à Chloé.

Elle avait été transférée vers un autre compte, dont Élodie ne connaissait pas encore le titulaire.

Et Julien, lui, savait exactement à qui il appartenait.

Le nom qui a fait pâlir Julien

Élodie avait imprimé le détail du virement.

Le compte destinataire était enregistré au nom de Sophie Lambert.

Julien se leva si brusquement que sa chaise racla le sol.

— Tu n’aurais pas dû fouiller dans mes affaires !

Élodie ne cilla pas.

— C’est notre compte d’épargne. Notre argent. Nos relevés. Tu m’as demandé de croire à une histoire qui n’existait pas. Alors oui, j’ai vérifié.

— Sophie n’a rien à voir avec ça.

— Qui est-elle ?

— Une ancienne collègue.

— Pourquoi lui as-tu envoyé six mille euros en prétendant rembourser ton grand-père ?

Julien ouvrit la bouche, puis la referma.

Sophie Lambert avait travaillé avec lui dans son ancienne entreprise. Trois ans auparavant, elle avait quitté son poste après une rupture difficile et des problèmes financiers. Julien lui avait prêté de l’argent, avait-il expliqué à l’époque à lui-même comme aux autres.

Mais il n’avait jamais parlé de ce prêt à Élodie.

Et il ne l’avait jamais remboursé au compte familial.

— Tu lui as prêté notre argent ? demanda Élodie.

— Je comptais le récupérer.

— Quand ?

— Je ne sais pas.

— Pourquoi m’avoir menti sur ton grand-père ?

Julien se passa les mains sur le visage.

— Parce que tu aurais refusé.

Cette phrase fit plus de mal à Élodie que tous les chiffres du classeur.

Pas parce qu’elle découvrait qu’il avait pris une mauvaise décision. Mais parce qu’il venait enfin de reconnaître qu’il avait organisé son mensonge autour d’une vérité très simple : il savait qu’elle n’aurait pas donné son accord.

— Donc, tu savais que tu n’avais pas le droit de décider seul, dit-elle.

— Je ne pensais pas que ça prendrait de telles proportions.

— Ce n’est pas une réponse.

Il finit par s’asseoir de nouveau.

— Sophie était dans une situation compliquée. Elle risquait de perdre son appartement. Elle m’avait aidé quand je débutais dans mon métier. Je ne voulais pas la laisser tomber.

— Et tu as décidé que notre famille pouvait payer à sa place ?

— Je voulais juste lui donner un coup de main.

— Avec six mille euros que nous avions économisés pour notre famille. Puis tu as continué à aider Chloé, sans jamais me dire ce que tu faisais. Et hier, après avoir touché une prime exceptionnelle, tu as acheté un canapé à ta sœur alors que nos enfants attendaient leur dîner.

Elle marqua une pause.

— Tu sais ce qui me fait le plus peur, Julien ? Ce n’est pas que tu aies aidé des gens. C’est que tu aies fini par considérer notre confiance comme une autorisation de faire n’importe quoi.

Il baissa la tête.

Cette fois, il ne trouva aucune excuse.

André connaissait déjà une partie de la vérité

À midi, André arriva chez Élodie.

Il tenait une enveloppe kraft dans laquelle se trouvaient plusieurs documents anciens.

— Je voulais te les apporter hier, dit-il à sa petite-fille. Mais je voulais d’abord être certain de ce que j’avais découvert.

Il s’installa à la table du salon et sortit une copie d’un relevé bancaire datant de trois ans.

— À l’époque, Julien m’avait appelé pour me demander si je pouvais lui avancer six mille euros. Je lui ai répondu que je ne pouvais pas, parce que j’avais déjà engagé mes économies pour rénover ma maison. Il m’a dit qu’il comprenait.

André posa le relevé devant elle.

— Quelques semaines plus tard, j’ai reçu un message de sa part. Il me remerciait d’avoir accepté de l’aider et me disait qu’il me rembourserait bientôt.

Élodie fronça les sourcils.

— Mais tu ne lui avais rien donné ?

— Exactement. Je lui ai répondu qu’il se trompait de personne. Il a prétendu qu’il s’agissait d’un malentendu et je n’ai pas insisté.

André regarda sa petite-fille.

— À l’époque, je ne voulais pas provoquer de conflit dans ton couple. J’ai pensé qu’il avait peut-être confondu une conversation ou qu’il avait honte d’avoir demandé de l’argent. Je n’imaginais pas qu’il avait utilisé mon nom.

Élodie sentit ses yeux se remplir de larmes.