Son grand-père avait toujours été son refuge. C’était lui qui l’avait accompagnée lorsqu’elle avait acheté son appartement, lui qui avait gardé Arthur quand il était bébé, lui qui avait été présent sans jamais lui faire sentir qu’elle lui devait quelque chose.
Et Julien avait utilisé ce nom pour justifier un transfert dont il ne voulait pas parler.
— Je suis désolé de ne pas t’avoir alertée plus tôt, ajouta André.
— Tu n’as pas à t’excuser, papi.
Il lui prit la main.
— Tu n’as pas besoin de décider de toute ta vie aujourd’hui. Mais tu dois protéger tes enfants et tes finances. L’amour ne t’oblige pas à accepter qu’on te mente.
Julien, qui était resté silencieux près de la fenêtre, se retourna.
— André, je reconnais que j’ai mal agi.
Le vieil homme le regarda sans agressivité.
— Alors commence par arrêter de chercher des raisons pour lesquelles tu l’as fait. Dis la vérité. Et répare ce que tu peux réparer.
Chloé finit par parler
Le soir même, Chloé appela son frère.
Julien se trouvait chez sa mère, où il avait dormi depuis la dispute. Mireille lui avait répété toute la journée qu’Élodie exagérait et qu’une épouse devait comprendre la loyauté d’un homme envers sa famille.
Mais Chloé n’avait pas le même discours.
— Julien, il faut qu’on parle du canapé.
— Pas maintenant.
— Si, maintenant. Les livreurs ont fini par le monter, mais maman m’a dit qu’Élodie avait découvert les virements.
Il se raidit.
— Qu’est-ce que tu sais ?
— Je sais que tu m’as aidée plusieurs fois. Je sais aussi que tu m’as dit qu’Élodie était d’accord.
Julien ferma les yeux.
— Je ne t’ai jamais dit qu’elle était d’accord.
— Tu m’as dit que vous aviez décidé de soutenir la famille et que tu gérais le budget. Comment étais-je censée savoir que tu lui cachais tout ?
Il ne répondit pas.
Chloé poursuivit :
— Je ne vais pas prétendre que je n’ai pas profité de ton aide. J’ai accepté l’argent, les courses, les cadeaux. Mais je ne savais pas que vous aviez des factures en retard ou que les enfants manquaient de certaines choses.
— Tu savais que j’étais marié avec deux enfants.
— Oui. Et j’aurais dû poser plus de questions. Mais je ne suis pas la seule à avoir fait de mauvais choix.
Julien sentit la honte lui serrer la gorge.
— Tu peux rendre le canapé ?
— Je peux essayer de négocier un retour, mais il y aura probablement des frais. Je vais aussi te rembourser une partie de ce que tu m’as donné. Je ne pourrai pas tout rendre immédiatement, mais je vais établir un échéancier.
Il resta silencieux.
C’était la première fois que quelqu’un de sa famille lui parlait de remboursement plutôt que de ce qu’il était censé continuer à donner.
— Et Julien ? ajouta Chloé.
— Oui ?
— Ne demande pas à maman de convaincre Élodie de te reprendre. Ce n’est pas à elle de réparer ce que tu as cassé.
La conversation se termina.
Pour la première fois, Julien comprit que le problème n’était pas seulement l’argent. Pendant des années, il avait entretenu une situation dans laquelle tout le monde pouvait compter sur lui, à condition qu’il ne pose jamais de limites. Et il avait fait payer le prix de cette image à sa femme et à ses enfants.
Une décision sans cris
Le lundi suivant, Élodie demanda à Julien de revenir à l’appartement après le coucher des enfants.
Elle avait consulté sa banque pour sécuriser ses accès personnels, demandé des explications sur les mouvements du compte joint et pris rendez-vous avec un conseiller juridique afin de connaître ses droits. Elle ne cherchait pas à le punir. Elle voulait simplement savoir comment protéger les économies du foyer et éviter que la situation ne se reproduise.
Julien arriva avec un dossier.
À l’intérieur, il avait rassemblé la liste des sommes versées à Chloé, les justificatifs qu’il avait retrouvés et les premières démarches entreprises pour récupérer l’argent prêté à Sophie.
— Je ne peux pas tout rembourser immédiatement, dit-il. Mais j’ai contacté Sophie. Elle m’a confirmé qu’elle me devait toujours les six mille euros. Elle va me proposer un échéancier écrit. Pour Chloé, j’ai arrêté tous les virements automatiques et nous allons établir un plan de remboursement.
Élodie parcourut les documents.
— Et les autres retraits ?
— Je vais les vérifier. Je ne veux plus rien te cacher.
Elle posa le dossier sur la table.
— Je ne te promets pas que nous allons nous réconcilier.
Julien pâlit, mais il acquiesça.
— Je comprends.