Les rosiers avaient besoin d’être taillés. La boîte aux lettres débordait de courrier. Une fine couche de poussière recouvrait la table du salon.
Rien n’était parfait.
Mais tout lui appartenait.
Elle ouvrit les volets, aéra les pièces et posa un vase de pivoines sur la table de la cuisine.
Le lendemain, Élodie vint lui rendre visite.
Elles préparèrent ensemble un risotto.
Au moment de remuer la casserole, la fille se figea. Son regard se posa sur le réfrigérateur, puis sur le bras de sa mère.
— Je suis désolée, murmura-t-elle. Pas seulement pour ce soir-là. Pour toutes les fois où je t’ai demandé de supporter quelque chose que je n’aurais jamais accepté pour moi-même.
Marianne posa la cuillère.
— Je ne peux pas effacer ce qui s’est passé.
— Je sais.
— Et je ne pourrai pas te faire confiance du jour au lendemain.
Élodie hocha la tête, les yeux pleins de larmes.
— Je comprends.
Marianne lui tendit la cuillère.
— Alors commence par rester ici et m’aider à terminer le dîner. Cette fois, nous le faisons ensemble.
Élodie sourit faiblement.
Elles reprirent la préparation du repas, sans grands discours ni promesses impossibles.
Dehors, le soleil descendait derrière les montagnes.
Marianne savait que tout ne serait pas réparé en une soirée. Elle savait aussi que l’argent de François ne suffirait pas à guérir les blessures de sa famille.
Mais elle avait retrouvé quelque chose qu’elle avait cru perdre en vieillissant : la liberté de décider de sa propre vie.
Et, désormais, elle connaissait la véritable adresse de son héritage.
Ce n’était pas seulement l’appartement parisien mentionné sur la dernière page du dossier.
C’était cette maison près d’Annecy, cette cuisine où personne n’avait le droit de la rabaisser, et cette porte qu’elle pouvait ouvrir ou fermer selon sa volonté.
Car la plus grande richesse de Marianne n’était pas les 21 millions d’euros que François lui avait laissés. C’était de ne plus jamais avoir à accepter la violence pour conserver une place dans sa propre famille.