Le silence qui suivit fut si lourd que Claire entendit le tic-tac de l’horloge du salon.

Elle regarda son fils.

— Julien. Quel argent ?

Il passa une main dans ses cheveux.

— Maman, ce n’est pas ce que tu crois.

Claire ferma les yeux une seconde.

— Si tu prononces encore cette phrase aujourd’hui, je te promets que je vais finir par croire que vous vous êtes tous donné le mot.

Anaïs s’approcha de Julien et lui prit la main. Il la serra, mais ne la regarda pas.

Dehors, son père continuait de frapper au portail.

— Vous avez deux minutes ! Après, je fais intervenir mon avocat !

Marc se plaça près de la fenêtre.

— Il n’entrera pas ici sans notre accord.

— Vous ne savez pas à qui vous avez affaire ! hurla l’homme.

Claire se tourna vers son mari.

— Appelle la police. Et demande-leur de venir constater les menaces, pas de régler une dispute familiale.

Marc acquiesça et s’éloigna pour téléphoner.

Claire revint vers Julien.

— Maintenant, tu vas me raconter cette histoire de 2 000 euros. Depuis le début. Sans omission.

Julien s’assit, le visage défait.

— Il y a environ six mois, Anaïs a découvert que son père avait organisé des rendez-vous avec plusieurs hommes pour lui présenter un futur mari. Elle avait déjà refusé plusieurs fois. Quand elle lui a annoncé qu’elle était enceinte, il lui a demandé de rompre avec moi et de quitter la région.

— Et les 2 000 euros ?

— Je les lui ai versés.

— À son père ?

— Non. À Anaïs.

Claire attendit.

— Elle voulait partir de chez ses parents, expliqua-t-il. Elle n’avait presque plus d’argent sur son compte. Son père contrôlait ses dépenses et avait menacé de bloquer sa carte. Je lui ai envoyé 2 000 euros pour qu’elle puisse payer quelques nuits d’hôtel, acheter ce dont elle avait besoin et trouver un logement.

Claire se tourna vers Anaïs.

— C’est vrai ?

La jeune femme hocha la tête.

— Oui. Je voulais partir sans dépendre de mon père. Julien m’a aidée.

— Pourquoi son père parle-t-il de cette somme comme s’il s’agissait d’un crime ?

Anaïs baissa les yeux.

— Parce qu’il prétend que Julien m’a acheté mon indépendance. Il affirme que cet argent prouve que je suis manipulée et que je ne suis pas capable de prendre mes propres décisions.

— Et pourquoi a-t-il mentionné une clinique ?

Cette fois, Julien ne répondit pas.

Claire sentit une nouvelle inquiétude lui serrer la poitrine.

— Julien ?

Il inspira profondément.

— Anaïs avait rendez-vous dans une clinique. Son père avait pris ce rendez-vous sans lui demander son avis. Il voulait qu’elle voie un médecin pour interrompre la grossesse.

Claire se tourna vers Anaïs.

— Tu y es allée ?

— Oui.

— De ton plein gré ?

— Non. J’étais terrifiée. Je pensais qu’il allait me mettre dehors si je refusais. Julien m’a retrouvée avant le rendez-vous. Il m’a aidée à partir.

— Et les 2 000 euros ont été versés ce jour-là ?

— La veille, répondit Julien. C’était pour qu’elle puisse se mettre à l’abri.

Claire demeura silencieuse.

Elle comprenait mieux, mais une question persistait.

— Pourquoi ne m’avez-vous pas parlé de tout cela ?

Julien releva la tête.

— J’avais peur que tu penses que je n’étais pas capable de prendre soin d’elle. Tu m’as toujours appris à être responsable, à ne pas faire de promesses que je ne peux pas tenir. Quand j’ai appris qu’elle était enceinte, je me suis rendu compte que je n’avais pas encore de logement à moi, pas de situation aussi stable que je le voulais. J’ai eu honte.

— Alors tu as préféré me cacher la vérité pendant des mois ?

— Oui.

— Et tu as laissé ton père mentir pour toi ?

Marc revint du couloir.

— La police arrive. Ils nous demandent de ne pas ouvrir le portail.

Claire hocha la tête, puis regarda son fils.

— Tu sais ce qui me fait le plus mal ? Ce n’est pas que tu aies aidé Anaïs. C’est que tu aies cru devoir me le cacher pour être aimé par moi.

Julien baissa la tête.

— Je suis désolé, maman.

— Nous parlerons de tes mensonges. Mais je ne te reprocherai jamais d’avoir aidé quelqu’un à échapper à une situation où elle avait peur.

Anaïs éclata en sanglots.

À cet instant, une voix résonna de nouveau derrière le portail.

— Anaïs ! Je sais que tu es là ! Tu vas sortir et nous allons régler cette histoire !

Claire se dirigea vers l’entrée.

— Non, dit Marc. Attends la police.

— Je ne vais pas sortir. Je vais lui répondre depuis l’interphone.

Elle appuya sur le bouton.