— Monsieur, je suis Claire Morel, la mère de Julien. La police a été appelée. Vous allez cesser de menacer ma famille et vous allez attendre à l’extérieur.
Un rire méprisant lui répondit.
— Votre famille ? Vous ne savez même pas ce que votre fils a fait !
— Je sais qu’il a envoyé 2 000 euros à une femme enceinte qui avait besoin de partir de chez elle. Si vous avez des preuves d’une autre infraction, vous les transmettrez aux autorités compétentes.
— Il l’a détournée de sa famille !
— Votre fille est adulte. Elle a le droit de prendre ses décisions.
— Vous ne savez rien de ce qui se passe chez nous !
Claire se rapprocha de l’interphone.
— C’est vrai. Et je ne prétends pas le savoir. Mais je sais ce que j’ai vu ce matin : une jeune femme enceinte qui tremble en entendant votre voix. Je sais aussi que vous êtes venu devant ma maison pour l’intimider. Ce comportement ne vous aidera pas à la convaincre de vous faire confiance.
Un silence suivit.
Puis l’homme lança :
— Vous allez le regretter.
L’interphone se coupa.
Claire recula.
Elle tremblait légèrement, mais elle ne regrettait pas d’avoir parlé.
La police arriva quelques minutes plus tard.
Le père d’Anaïs, Philippe Garnier, avait déjà rejoint sa voiture lorsque les agents s’approchèrent. Il affirma qu’il ne faisait que vouloir récupérer sa fille et que Julien l’avait manipulée à l’aide d’argent.
Les policiers recueillirent les déclarations de chacun. Ils lui demandèrent de ne pas tenter de pénétrer dans la maison ni de contacter Anaïs contre son gré pendant que la situation était examinée.
Philippe protesta, évoqua ses avocats et sa position à la tête d’une entreprise familiale. Mais il finit par quitter les lieux.
Avant de monter dans sa voiture, il regarda Anaïs à travers la fenêtre.
Elle ne lui fit aucun signe.
Pour la première fois depuis des mois, elle ne se sentait pas obligée de le rassurer.
Lorsque les véhicules disparurent au bout de la rue, la maison retrouva son calme.
Claire posa sa main sur le dossier d’une chaise.
— Bon. Je crois que j’ai besoin de m’asseoir.
Julien esquissa un sourire nerveux.
— Tu peux prendre ta chambre.
Elle le fixa.
Il se reprit aussitôt.
— Pardon. Mauvaise plaisanterie.
Malgré elle, Claire laissa échapper un petit rire. Il fut bref, presque douloureux, mais il lui permit de respirer.
Puis elle regarda Anaïs.
— Comment te sens-tu ?
— J’ai peur qu’il revienne.
— C’est compréhensible. Nous allons réfléchir à une solution qui te permette d’être en sécurité. Mais je ne veux pas que tu aies l’impression de devoir rester ici pour nous faire plaisir. Nous allons regarder les possibilités ensemble.
Anaïs hocha la tête.
— Merci. Je ne veux pas être un problème dans votre famille.
Claire s’approcha d’elle.
— Tu n’es pas un problème. Tu es une personne qui traverse une situation difficile. Ce n’est pas la même chose.
La jeune femme baissa les yeux vers son ventre.
— Je sais que vous ne me connaissez pas vraiment. Je comprends que vous soyez bouleversée.
— Je le suis, répondit Claire franchement. J’ai découvert en quelques minutes que mon fils allait être père, que mon mari m’avait caché votre présence et que toute cette histoire était plus compliquée que je ne l’imaginais. Je ne vais pas prétendre que tout va bien.
Elle marqua une pause.
— Mais je ne vais pas non plus te faire payer les mensonges des autres.
Anaïs pleura de nouveau, cette fois sans chercher à dissimuler ses larmes.
Plus tard dans la journée, Claire demanda à Marc et Julien de la rejoindre dans le salon.
Elle avait remplacé ses vêtements de voyage par un pantalon confortable et un pull. La tarte aux pralines était toujours posée sur le plan de travail, intacte.
Elle la regarda un instant avant de s’asseoir.
— J’avais imaginé un retour un peu différent.
Marc eut un mouvement vers elle.
— Claire, je suis désolé.
— Je vais t’écouter. Mais avant, je veux que tu comprennes quelque chose. Tu n’avais pas à me demander la permission pour accueillir Anaïs. Si elle avait besoin d’un endroit sûr, tu pouvais l’aider. Tu aurais même dû le faire.
Il acquiesça.
— Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi tu m’as menti pendant six semaines.
Marc se frotta le visage.
— Julien m’a demandé de garder le secret. Il avait peur que tu réagisses mal. J’ai pensé que vous auriez une conversation plus calme si tu apprenais les choses directement de lui.
— Et tu as choisi de me laisser rentrer dans ma propre chambre sans savoir qu’une autre personne y dormait.
— Oui. Je n’ai pas réfléchi à ce que tu ressentirais.