— Sophie m’a aidée à contacter un enquêteur. Nous avons repris les événements dans l’ordre. Les relevés bancaires, les appels passés le jour du déjeuner, les modifications apportées à mon dossier médical… Tout semblait mener vers la même personne.
Thomas ouvrit l’enveloppe.
Il en sortit des copies de courriels, des relevés financiers, un rapport médical et plusieurs photographies.
Au bas d’un document figurait le nom de Marianne.
Thomas pâlit.
— Ce n’est pas possible.
— Regarde les dates, dit Élise.
Il parcourut les pages une à une. Plusieurs transferts avaient été effectués depuis un compte lié à la société familiale vers une entreprise de conseil dont le bénéficiaire réel n’était pas clairement indiqué. Les mouvements correspondaient aux dates auxquelles Thomas avait commencé à poser des questions sur les finances.
Un autre document montrait qu’une personne avait demandé des renseignements sur le traitement d’Élise et sur ses antécédents médicaux.
Thomas s’arrêta sur un courriel.
Il était adressé à Marianne par un intermédiaire dont le nom apparaissait déjà dans l’enquête.
Le message ne contenait aucune menace explicite. Il parlait de « régler le problème avant que les documents ne soient transmis » et de « garantir que personne ne puisse contester la situation par la suite ».
— Elle savait que tu cherchais les comptes, murmura Élise. Elle savait aussi que j’avais vu certains documents. Après mon accident, elle a pensé que je ne pourrais pas me défendre seule.
Thomas posa les feuilles.
— Mais cela ne prouve pas qu’elle a voulu te tuer.
— Non. Et je ne prétendrai pas le contraire sans preuve. C’est précisément pour cela que j’ai fait remettre les originaux aux enquêteurs.
Elle sortit ensuite une petite clé USB.
— Il y a autre chose.
Thomas leva les yeux.
— Quoi ?
— Un enregistrement récupéré sur le téléphone d’une personne qui travaillait pour elle. Il a été transmis aux autorités et authentifié. Je l’ai écouté avec mon avocate.
Elle posa la clé sur la table.
— Je ne voulais pas que tu l’entendes seul.
Thomas resta silencieux quelques secondes avant de brancher la clé sur son ordinateur.
Un bruit de porte, des pas, puis la voix de Marianne remplirent le salon.
« Thomas ne doit rien découvrir avant que tout soit réglé. Et la jeune femme ne doit plus avoir accès à ces papiers. Je vous ai demandé de faire le nécessaire. Je ne veux pas d’erreur. »
Une seconde voix répondit :
« Vous savez ce que cela implique ? »
Marianne répliqua :
« Je sais seulement que je ne laisserai pas cette fille détruire tout ce que j’ai construit. »
L’enregistrement s’arrêta.
Thomas demeura figé.
Il connaissait cette voix depuis l’enfance. Il l’avait entendue le rassurer lorsqu’il était malade, l’encourager avant ses examens et le défendre devant les autres. C’était la voix de sa mère.
Mais il ne pouvait pas encore savoir si ces paroles faisaient référence aux transferts financiers, à la disparition d’Élise ou à autre chose.
— Mon Dieu, souffla-t-il.
— L’enquête devra établir le contexte exact, répondit Élise. Mais les enquêteurs possèdent aussi les relevés d’appels, les messages et les témoignages de plusieurs personnes. Marianne ne pourra pas simplement prétendre que nous avons inventé tout cela.
Thomas se leva et fit quelques pas dans la pièce.
— Pourquoi ne m’as-tu pas contacté dès que tu as pu ?
Élise baissa la tête.
— Parce que je ne savais pas qui était impliqué. Je craignais qu’un appel vers toi permette à la personne qui avait organisé tout cela de savoir où j’étais. Et je ne voulais pas risquer que Noé se retrouve au milieu de cette histoire.
— Tu aurais pu me faire confiance.
— Je voulais. Mais j’avais passé des années à dépendre des autres pour les gestes les plus simples. Je venais de découvrir que quelqu’un avait peut-être exploité cette dépendance pour me faire disparaître. J’avais besoin de retrouver un peu de contrôle avant de revenir.
Thomas ne répondit pas.
Il regarda leur fils, toujours endormi dans ses bras.
— Je t’ai crue morte, dit-il finalement. J’ai pensé que je ne pourrais jamais expliquer à Noé pourquoi sa mère ne reviendrait pas.
La voix d’Élise se brisa.
— Je suis là, maintenant.
Thomas ferma les yeux. Lorsqu’il les rouvrit, il ne semblait plus en colère. Il paraissait simplement épuisé.
— Je ne sais pas comment pardonner tout ça, murmura-t-il. Ni à ma mère, ni à moi-même. Mais je ne veux plus prendre une seule décision sans connaître la vérité.
— C’est tout ce que je te demande.
Le lendemain matin, Marianne arriva à la maison sans prévenir.
Elle portait un manteau crème et tenait un sac contenant des vêtements pour Noé. Comme toujours, elle avait cette expression parfaitement maîtrisée qui donnait l’impression qu’aucun événement ne pouvait la surprendre.