« Et si Jeanne meurt, on dira que Camille l’a laissée sans manger. Tout le monde croira que la belle-fille voulait récupérer la maison. »
Mireille est devenue livide.
Antoine s’est précipité vers le téléphone, mais l’un des policiers lui a demandé de reculer.
— C’est un montage ! a-t-il crié. Elle travaille dans la lutte contre la fraude. Elle pourrait fabriquer n’importe quoi !
— C’est justement pour cela que les fichiers originaux, leurs métadonnées et les supports de stockage seront examinés indépendamment, a répondu Élise.
Je vis alors quelque chose que je n’avais jamais vu chez mon mari.
Pas de remords. Pas de honte.
De la peur.
Mais il restait une pièce du puzzle : la femme du garage.
La clé USB rouge
Les enquêteurs ont obtenu les éléments nécessaires pour examiner les appareils et les documents pertinents. La clé USB rouge a été retrouvée dans un compartiment de la mallette, au cours des opérations autorisées.
Elle contenait plusieurs versions de contrats, des échanges de messages et des tableaux de virements. Certains fichiers semblaient avoir été préparés plusieurs semaines avant mon départ pour Lille.
Une société, Noroît Participations, apparaissait régulièrement dans les opérations envisagées.
Son adresse administrative correspondait à celle d’un cabinet de conseil financier dirigé par Sophie Valmont, une ancienne associée de mon cabinet.
Sophie avait quitté notre structure six mois plus tôt, après que j’avais découvert des incohérences dans plusieurs dossiers qu’elle gérait. Je n’avais jamais pu prouver qu’elle avait commis une faute. Elle avait démissionné avant la fin de notre audit interne, et j’avais choisi de ne pas tirer de conclusions sans éléments suffisants.
Antoine m’avait alors conseillé de ne pas « gâcher la carrière d’une femme pour quelques erreurs comptables ».
À présent, son nom apparaissait dans les échanges récupérés.
Un message envoyé depuis un compte attribué à Sophie indiquait :
« Les mandats doivent être prêts avant le retour de Camille. Une fois les fonds déplacés, elle sera la seule personne disposant des accès nécessaires. Il faudra présenter cela comme une fraude interne. »
Un autre message, envoyé par Antoine, répondait :
« Je m’occupe de Jeanne. Ma mère gère le reste. »
Je me suis assise.
Trois personnes. Trois rôles distincts.
Sophie aurait préparé les documents et structuré les opérations financières suspectes. Mireille aurait participé à la mise en scène destinée à faire passer Jeanne pour une personne abandonnée. Antoine aurait organisé les conditions permettant de m’accuser, tout en espérant profiter des transferts envisagés.
Mais les messages ne suffisaient pas, à eux seuls, à établir la culpabilité de chacun. Il fallait encore vérifier leur origine, leur contexte et les actes réellement accomplis.
Et l’enquête allait révéler une autre difficulté.
Le piège avait commencé six mois plus tôt
L’audit indépendant de mon cabinet a mis au jour des tentatives de modification de coordonnées bancaires et des documents comportant des signatures contestées. Des mouvements avaient été préparés, mais tous n’avaient pas abouti. Les premiers éléments ne permettaient donc pas de conclure que la totalité des 1,4 million d’euros avait été détournée.
Les enquêteurs ont également découvert que plusieurs fichiers avaient été copiés depuis mon ordinateur professionnel à une date où je participais à une conférence à Paris.
L’accès avait été réalisé avec un identifiant qui m’était associé.
Pourtant, les journaux techniques révélaient une connexion depuis un appareil inconnu du système de mon cabinet. L’identifiant avait pu être utilisé par une autre personne, mais les circonstances exactes devaient encore être établies.
Sophie a été entendue dans le cadre de l’enquête. Elle a d’abord nié toute implication, avant que les échanges et les données techniques ne lui soient présentés.
Elle a finalement reconnu avoir préparé certains documents à la demande d’Antoine. Elle a affirmé qu’on lui avait présenté l’opération comme une restructuration patrimoniale consentie par Jeanne et une avance temporaire de trésorerie autorisée par moi.
Elle a toutefois admis avoir reçu des instructions pour que les documents paraissent avoir été signés avant mon départ.
— Je pensais qu’elle finirait par accepter, a-t-elle déclaré aux enquêteurs. Antoine m’avait dit qu’elle était au courant.
Cette explication ne répondait pas à toutes les questions. Elle ne justifiait notamment pas les signatures contestées ni les messages évoquant une accusation fabriquée contre moi.
Mireille, de son côté, a soutenu qu’elle donnait seulement des médicaments prescrits à Jeanne. Les ordonnances et les dossiers médicaux ont été examinés pour déterminer quels traitements avaient été administrés, à quelles doses et dans quelles circonstances.
Jeanne a pu témoigner après avoir reçu les soins nécessaires. Son récit, les éléments médicaux et les documents retrouvés ont contribué à établir une chronologie plus précise des faits.
Antoine, lui, a changé plusieurs fois de version.