— Pourquoi as-tu annulé le mariage ? ai-je demandé.
Il a longuement hésité.
— Parce que, lorsque je lui ai demandé de me montrer la conversation complète, elle a refusé. Elle a commencé à crier, à dire que je la trahissais en te défendant. Puis elle m’a demandé de choisir entre elle et toi.
Il a passé ses mains sur son visage.
— Je ne veux pas vivre comme ça, maman.
Je n’ai pas répondu tout de suite.
J’étais soulagée qu’il ait fini par douter, mais je savais qu’une décision prise dans la douleur ne suffisait pas à résoudre quatre années de problèmes.
— Thomas, je ne te demande pas de rompre avec Camille aujourd’hui. Mais tu dois comprendre pourquoi elle a fait ça. Et tu dois regarder honnêtement ce qui se passe dans votre couple.
Il a hoché la tête.
Puis son regard s’est posé sur l’album de souvenirs, que j’avais laissé sur le buffet après l’avoir ramené du domaine.
Il l’a ouvert.
Sur la première page, il y avait une photographie de lui à deux ans, assis sur les genoux de son père. Sur la deuxième, une image de son premier jour d’école. Puis ses vacances en Bretagne, ses diplômes, son premier appartement.
Sur la dernière page, j’avais écrit :
« À mon fils, pour que tu n’oublies jamais d’où tu viens et que tu n’aies jamais peur d’aller là où tu veux. »
Thomas s’est mis à pleurer.
— Tu avais préparé tout ça pour nous ?
— Oui.
Il a refermé doucement l’album.
— Je suis désolé, maman.
Je l’ai pris dans mes bras.
Mais au fond de moi, je savais que nous n’avions pas encore découvert toute la vérité.
Car à cet instant précis, mon téléphone a vibré.
Un numéro inconnu venait de m’envoyer un message.
« Madame Moreau, je suis le comptable de la société de Thomas. Il faut absolument que nous parlions du document de 4 800 euros que vous avez signé il y a plusieurs mois. »
J’ai relu la phrase.
Une fois.
Deux fois.
Puis j’ai regardé mon fils.
— Thomas, est-ce que tu sais de quoi cette personne parle ?
Il a pâli.
— Non. Pourquoi ?
Je lui ai montré l’écran.
Il a lu le message, puis il a relevé la tête.
— Maman… tu n’as signé aucun document pour moi, n’est-ce pas ?
Je l’ai regardé droit dans les yeux.
— Aucun.
Il a attrapé son téléphone et composé immédiatement un numéro.
Pendant qu’il attendait que quelqu’un décroche, j’ai senti une inquiétude nouvelle me gagner.
Le faux message avait détruit le mariage en quelques minutes.
Mais ce document de 4 800 euros semblait nous entraîner dans une histoire bien plus ancienne.
Le lendemain matin, nous avons rencontré le comptable, monsieur Bernard, dans les locaux de l’entreprise où Thomas travaillait comme ingénieur.
Il avait une cinquantaine d’années, des lunettes fines et une expression embarrassée.
— Je tiens à préciser que je n’accuse personne, a-t-il commencé. J’ai simplement constaté une anomalie lors d’un contrôle interne.
Il a sorti un dossier bleu.
À l’intérieur se trouvait une copie d’un document portant mon nom, mon adresse et une signature qui ressemblait à la mienne.
Le titre indiquait : « Reconnaissance de dette et engagement de remboursement ».
Le montant : 4 800 euros.
Selon ce document, j’aurais emprunté cette somme à Thomas pour financer des travaux dans mon appartement et je me serais engagée à la lui rembourser.
J’ai senti mon visage se vider de toute couleur.
— Je n’ai jamais emprunté cet argent.
Monsieur Bernard a acquiescé.
— C’est précisément pour cela que je souhaitais vous rencontrer. Cette reconnaissance de dette a été présentée à l’entreprise dans le cadre d’un dossier de remboursement de frais avancés par monsieur Thomas. Mais certains justificatifs ne correspondent pas.
Thomas s’est penché en avant.
— Quels justificatifs ?
Le comptable a sorti plusieurs factures.
Elles concernaient des travaux de peinture, du matériel électrique et l’achat de meubles.
— Les dépenses ont été déclarées comme ayant été effectuées pour votre mère, monsieur Moreau. Mais les adresses figurant sur les factures ne correspondent pas toutes à son appartement.
J’ai regardé mon fils.
Il semblait aussi stupéfait que moi.
— Je n’ai jamais déclaré que ma mère m’avait emprunté de l’argent, a-t-il dit. Je ne savais même pas que ce document existait.
Monsieur Bernard a pris une profonde inspiration.
— Il y a autre chose. Le dossier a été transmis par une personne extérieure à l’entreprise, qui a indiqué agir avec votre accord.
— Qui ? ai-je demandé.
Il a hésité.
— Madame Camille.
Le silence est tombé dans la pièce.
Thomas s’est levé d’un bond.
— C’est impossible.