— Je ne peux pas vous dire qui a rédigé le document ni qui a apposé la signature, a répondu le comptable. Je peux seulement vous montrer ce qui nous a été transmis et expliquer pourquoi nous avons suspendu le remboursement.

J’ai observé la signature.

Elle ressemblait à la mienne, mais le « M » de Moreau était trop étroit et la dernière boucle ne correspondait pas à ma façon d’écrire.

Je signais des documents depuis plus de trente ans. Je connaissais ma signature mieux que personne.

— Quelqu’un a imité mon écriture, ai-je dit.

Thomas a fermé les yeux.

— Camille a accès à beaucoup de nos documents administratifs. Elle m’aide parfois à les classer.

Monsieur Bernard a refermé le dossier.

— Je vous conseille de conserver une copie de toutes les pièces et de demander un avis juridique indépendant. Si vous estimez qu’une signature a été falsifiée, il faudra le signaler aux autorités compétentes. L’entreprise suivra également ses procédures internes.

Je l’ai remercié.

En sortant du bâtiment, Thomas n’a pas dit un mot pendant plusieurs minutes.

Puis il s’est arrêté sur le trottoir.

— Maman, je crois qu’elle m’a menti sur beaucoup plus de choses que je ne l’imaginais.

Je lui ai pris le bras.

— Alors, nous allons les vérifier une par une. Sans inventer de coupable. Sans nous précipiter. Et sans laisser qui que ce soit nous pousser à signer quelque chose que nous ne comprenons pas.

Il a hoché la tête.

Pour la première fois depuis longtemps, il ne m’a pas demandé de faire confiance à Camille.

Il m’a demandé de l’aider à découvrir la vérité.

Les jours suivants ont été éprouvants.

Thomas a contacté un avocat indépendant. J’ai moi-même consulté une juriste pour comprendre les conséquences possibles du document.

Nous avons découvert que les 4 800 euros correspondaient à plusieurs dépenses effectivement réglées avec le compte de Thomas, mais que certaines factures concernaient un appartement loué par Camille avant leur mariage.

Le document qui portait ma signature avait été utilisé pour justifier une partie de ces mouvements financiers.

Il était impossible de conclure, à partir de ces seules pièces, qui avait rédigé la reconnaissance de dette ou si Thomas avait connaissance de son utilisation. Les documents ont été transmis pour vérification, et les démarches nécessaires ont été engagées.

Thomas a également découvert que Camille avait contracté plusieurs crédits personnels dont elle ne lui avait jamais parlé. Il ne s’agissait pas de montants gigantesques, mais ils avaient été dissimulés alors qu’elle insistait pour qu’il prenne en charge davantage de dépenses communes.

Ce n’était pas le montant qui me préoccupait le plus.

C’était le schéma.

Elle avait tenté de me faire passer pour une mère possessive, puis avait présenté un faux message pour justifier mon exclusion du mariage. Dans le même temps, un document financier portant ma signature avait circulé dans le cadre de démarches auxquelles je n’avais jamais consenti.

Je ne savais pas encore si toutes ces actions étaient liées. Mais je savais que nous ne pouvions plus traiter chaque incident comme un simple malentendu.

Thomas a fini par envoyer à Camille un message très simple :

« Je ne prendrai aucune décision concernant notre avenir tant que les faits n’auront pas été clarifiés. Ne me demande plus de choisir entre toi et ma mère. »

Elle lui a répondu par une longue série de messages.

Elle l’accusait de l’abandonner, de détruire leur avenir et de céder à l’influence d’une mère qui ne supportait pas de le voir heureux.

Puis, au milieu de ses reproches, elle a écrit :

« Si tu veux vraiment savoir ce qui s’est passé, demande à ta mère ce qu’elle a fait de l’argent de ton père. »

Thomas m’a montré le message.

J’ai senti mon cœur se serrer.

Cette phrase faisait écho à ce que Véronique avait crié au mariage : une prétendue somme laissée par mon mari, qui aurait servi à financer la maison.

— Thomas, ai-je murmuré, je crois qu’il faut retrouver les papiers de ton père.

Nous avons passé une partie du week-end à fouiller les archives que je conservais dans un vieux meuble du salon.

Nous avons retrouvé des relevés bancaires, des documents d’assurance et des courriers datant de plus de vingt-cinq ans.

Parmi eux se trouvait une attestation indiquant que Philippe avait souscrit une assurance-vie au bénéfice de Thomas. Après son décès, le capital avait été versé sur un compte destiné à couvrir les besoins de notre fils mineur.

J’avais utilisé cet argent pour payer les frais de garde, les dépenses scolaires et une partie des frais liés à notre logement. Chaque dépense importante avait été conservée dans un dossier.

Il n’y avait aucune somme cachée, aucun transfert vers Thomas à l’âge adulte et aucun engagement de ma part à céder ma maison.