— Parce que j’ai vu le nom de la fondation sur les documents du mariage. Julien m’a dit que tout était régulier. Mais Laurent Vasseur m’a demandé de signer plusieurs validations financières, et je n’ai jamais reçu tous les justificatifs.
Je me suis redressée.
— Tu as signé quoi exactement ?
— Des confirmations de versement. Il disait que les opérations concernaient des événements caritatifs. J’ai fait confiance à Julien.
— Et l’argent ?
— Je ne sais pas où il est allé.
Je suis restée silencieuse.
Élodie a repris, presque en chuchotant :
— Camille, je ne te demande pas de me pardonner. Mais si tu as découvert quelque chose, ne crois pas que je savais tout.
Je ne pouvais pas savoir si elle disait la vérité.
Elle avait contribué à me faire souffrir. Elle avait participé à certaines opérations financières. Mais il était possible qu’elle ait été manipulée elle aussi.
— Si tu veux que la vérité soit connue, dis tout à l’avocat qui te contactera. N’efface aucun document et ne signe plus rien sans comprendre ce que tu signes.
— D’accord.
Avant de raccrocher, elle a murmuré :
— Julien n’est pas celui que tu crois.
Je n’ai pas répondu.
Cette phrase, je l’avais déjà entendue trop souvent.
Cette fois, je voulais des preuves.
3. Le domaine au bord du lac
Le samedi matin, j’ai confié Léonie à ma sœur, qui avait accepté de rester auprès d’elle pendant toute la journée.
Je portais une robe bleu nuit, simple, avec un manteau clair. Je n’avais pas cherché à paraître plus riche, plus belle ou plus heureuse que la mariée.
Je voulais simplement pouvoir me tenir debout sans avoir honte de moi-même.
Sarah m’attendait à l’entrée du domaine.
— Tu te sens prête ?
— Non.
Elle a souri.
— C’est probablement bon signe. Cela veut dire que tu prends la situation au sérieux.
Nous sommes entrées ensemble.
Le lieu était magnifique : une grande demeure entourée de jardins, des tables couvertes de nappes blanches et, au loin, le lac du Bourget sous un ciel d’automne.
Des invités se pressaient autour du bar. Des musiciens jouaient près de la terrasse.
Julien se tenait à côté d’Élodie.
Lorsqu’il m’a aperçue, son sourire s’est figé.
Il est venu vers moi, visiblement contrarié.
— Tu es vraiment venue.
— C’est toi qui m’as invitée.
Il a regardé Sarah.
— Pourquoi ton avocate est-elle là ?
— Parce que je préfère être accompagnée lorsque je dois discuter de questions sérieuses.
Il a baissé la voix.
— Camille, ne gâche pas cette journée. Je t’ai invitée pour que nous puissions tourner la page.
— Alors pourquoi m’avoir parlé de ma prétendue incapacité à avoir une famille ?
Il a rougi.
— C’était une façon de parler.
— Non, Julien. C’était une façon de me blesser.
Pendant un instant, son expression a changé. J’ai presque reconnu l’homme que j’avais aimé pendant sept ans, celui qui me tenait la main lors de nos premiers rendez-vous médicaux.
Puis il a regardé autour de lui pour vérifier si quelqu’un nous observait.
— Tu n’as jamais supporté que je sois heureux sans toi.
Je l’ai regardé avec une tranquillité qui m’a surprise moi-même.
— Je suis heureuse que tu puisses reconstruire ta vie. Ce que je ne supporte pas, c’est qu’on utilise mon héritage sans mon consentement.
Son visage a perdu toute couleur.
— De quoi parles-tu ?
Sarah s’est avancée.
— Nous avons des questions concernant plusieurs opérations liées à Horizon Solidaire. Nous souhaitons obtenir les justificatifs et les autorisations correspondants.
Julien a regardé l’avocate, puis moi.
— Tu es complètement folle.
— C’est possible que tu le penses, ai-je répondu. Mais les documents, eux, existent.
Il s’est éloigné sans ajouter un mot.
Je l’ai suivi du regard.
Pour la première fois, je ne voyais plus un homme qui m’avait quittée parce que j’étais incapable de lui donner un enfant.
Je voyais un homme qui semblait terrifié à l’idée que quelqu’un examine ses comptes.
4. Le discours qui n’aurait jamais dû avoir lieu
La cérémonie s’est déroulée sans incident.
Élodie avançait dans l’allée au bras de son père. Julien souriait devant les invités. Sa mère, Catherine, était assise au premier rang, les yeux brillants de fierté.
Lorsqu’elle m’a aperçue, elle s’est approchée.
— Je pensais que tu aurais assez de dignité pour ne pas venir.
J’ai soutenu son regard.
— Votre fils m’a invitée.
— Il a voulu être gentil. Il aurait dû savoir que tu interpréterais cela comme une invitation à revenir dans sa vie.
— Je ne suis pas venue pour revenir dans sa vie, Catherine.
Elle a esquissé un sourire froid.
— Alors profite du spectacle. Élodie attend un enfant. Cette fois, Julien aura enfin la famille qu’il mérite.