— Maman, je t’ai déjà expliqué que nous ne pouvions pas continuer à te donner de l’argent chaque mois, disait Vitya d’une voix basse. Natasha et moi avons des dépenses importantes. Nous remboursons encore notre appartement, et mon salaire a diminué.
Un silence s’est installé au bout du fil.
Puis la voix de Tamara Nikolaevna a retenti, suffisamment forte pour que Natasha distingue chaque mot à travers la vitre.
— Et alors ? Tu es mon fils ! Tu ne vas quand même pas laisser ta propre mère manquer de médicaments pour faire plaisir à ta femme ?
Vitya a passé une main sur son visage.
— Ce n’est pas ce que je dis. Mais Natasha a raison sur un point : nous devons faire attention à nos dépenses.
— Ah ! Voilà donc ce qu’elle t’a mis dans la tête ! Depuis que tu l’as épousée, tu n’es plus le même. Avant, tu savais ce que signifiait respecter ta mère.
Natasha a senti son ventre se nouer. Elle aurait voulu détourner les yeux, mais elle est restée immobile.
— Maman, arrête de parler d’elle comme ça, a finalement répondu Vitya.
— Alors prouve-moi que tu es encore mon fils ! Demande-lui de transférer l’argent. Elle gagne davantage que toi, après tout. À quoi sert son salaire si elle ne veut même pas aider ta famille ?
Vitya n’a pas répondu immédiatement.
Et ce silence a suffi à inquiéter Natasha.
— Je vais trouver une solution, a-t-il fini par dire.
— Très bien. Je savais que tu ne me laisserais pas tomber. Et surtout, ne lui raconte pas tout. Une femme n’a pas besoin de connaître chaque décision de son mari.
Natasha a fermé les yeux.
Elle venait de comprendre que le problème ne se limitait pas à une demande d’argent. Tamara voulait décider de la façon dont leur couple devait fonctionner, et Vitya lui laissait encore croire qu’elle en avait le droit.
Lorsqu’il est rentré dans le salon, Natasha l’attendait debout près de la table.
— Tu as trouvé une solution ? a-t-elle demandé calmement.
Vitya a sursauté.
— Tu as entendu ?
— Assez pour comprendre que tu comptes encore régler cette histoire sans moi.
— Natasha, ce n’est pas ça…
— Tu lui as dit que j’avais raison. Mais tu lui as aussi promis de trouver l’argent. Alors, dis-moi : tu comptes le prendre où ?
Il a baissé les yeux.
— Je pensais utiliser une partie de mes économies.
— Tes économies ? Celles que nous avions mises de côté pour refaire la salle de bains ?
— Ce n’est pas une somme énorme.
— Ce n’est pas la question, Vitya. Nous avions décidé ensemble de mettre cet argent de côté. Tu ne peux pas modifier nos projets chaque fois que ta mère exige quelque chose.
Il a soupiré, visiblement épuisé.
— C’est ma mère, Natasha. Elle m’a élevé. Je ne peux pas simplement lui dire non.
— Je ne t’ai jamais demandé de l’abandonner. Je t’ai demandé de ne pas m’abandonner, moi, quand elle m’humilie.
Cette fois, il a relevé les yeux.
Natasha a poursuivi :
— Je suis prête à discuter d’une aide si elle en a réellement besoin. Nous pouvons regarder ses factures, ses dépenses médicales, chercher des aides auxquelles elle aurait droit et décider ensemble d’un montant raisonnable. Mais je ne financerai pas ses exigences pendant qu’elle me traite comme une intruse dans ma propre maison.
— Elle ne voulait pas vraiment te blesser…
— Alors elle pourra me le dire elle-même. Et elle pourra aussi s’excuser.
Vitya s’est assis, les épaules affaissées.
— Tu sais comment elle est. Elle ne s’excusera jamais.
— Dans ce cas, elle devra apprendre que ses paroles ont des conséquences.
Le lendemain matin, Tamara Nikolaevna a rappelé. Cette fois, elle a exigé de parler directement à Natasha.
Vitya lui a tendu le téléphone avec hésitation.
— C’est pour toi.
Natasha l’a pris.
— Bonjour, Tamara Nikolaevna.
— Alors, tu es satisfaite ? a lancé sa belle-mère sans même la saluer correctement. Tu as réussi à dresser mon fils contre moi ?
— Non. Vitya est un adulte. Il est capable de prendre ses propres décisions.
— Ne joue pas à la femme intelligente avec moi. J’ai besoin d’argent. Mon fils va m’aider, que cela te plaise ou non.
Natasha a respiré profondément avant de répondre.
— Je comprends que votre situation financière soit difficile. Mais nous ne pouvons pas vous donner une somme que nous n’avons pas prévue dans notre budget. Si vous avez des factures ou des dépenses médicales précises, nous pouvons les examiner ensemble.
— Je n’ai pas à te présenter mes comptes !
— Dans ce cas, nous ne pouvons pas savoir de quelle aide vous avez réellement besoin.
Tamara a laissé échapper un rire méprisant.