— Tu oublies à qui tu parles. Je suis la mère de ton mari !
— Et je suis sa femme. Nous formons un foyer, et les décisions qui concernent notre argent doivent être prises à deux.
— Tu n’as aucun droit de me donner des leçons !
— Je ne vous donne pas de leçons. Je vous explique simplement nos limites. Et j’attends toujours des excuses pour ce que vous avez dit chez nous samedi.
Un silence glacial a suivi.
— Des excuses ? Tu rêves !
— Alors nous n’avons rien d’autre à nous dire pour le moment.
Natasha a raccroché.
Vitya la regardait, partagé entre l’inquiétude et l’admiration.
— Tu aurais pu être un peu plus douce, a-t-il murmuré.
Natasha lui a rendu le téléphone.
— J’ai été polie. Mais je ne vais plus faire semblant que tout va bien pour éviter une dispute.
Pendant les jours qui ont suivi, Tamara n’a plus appelé. Vitya, lui, semblait nerveux. Il vérifiait régulièrement son téléphone et répondait parfois à des messages en s’éloignant dans une autre pièce.
Un soir, Natasha a découvert qu’il avait effectué un virement de vingt mille roubles à sa mère.
Elle n’a pas crié. Elle a simplement posé son téléphone sur la table, avec le relevé bancaire affiché à l’écran.
— Tu peux m’expliquer ?
Vitya a pâli.
— Elle m’a dit qu’elle n’avait plus assez pour ses médicaments. Je ne pouvais pas la laisser comme ça.
— Tu as utilisé notre argent sans m’en parler.
— Je pensais que tu refuserais.
— C’est précisément pour cela qu’il fallait en discuter.
Il s’est frotté le front.
— Je ne voulais pas te mentir.
— Pourtant, tu l’as fait.
Natasha a pris quelques secondes avant de poursuivre.
— Je ne vais pas te demander de choisir entre ta mère et moi. Ce serait injuste. Mais je ne veux plus vivre dans un mariage où tu prends des décisions financières en cachette pour éviter de lui déplaire.
— Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
— Que tu comprennes que nous sommes une équipe. Si ta mère a besoin d’aide, nous en parlons. Si elle m’insulte, tu ne restes pas silencieux. Et si elle veut de l’argent, elle ne peut pas décider à notre place.
Vitya est resté longtemps sans parler.
Puis il a reconnu, d’une voix presque inaudible :
— Tu as raison. J’ai eu peur de la contrarier. Depuis toujours, je fais ce qu’elle attend de moi pour éviter ses colères. Je pensais que c’était plus simple.
— Plus simple pour qui ? a demandé Natasha.
Il n’a pas su répondre.
Cette nuit-là, ils ont parlé jusqu’à tard. Vitya a admis qu’il avait pris l’habitude de céder à sa mère, même lorsque cela mettait leur couple en difficulté. Natasha lui a expliqué qu’elle ne pouvait pas continuer à porter seule les responsabilités financières et émotionnelles de leur foyer.
Ils ont finalement convenu de trois règles : aucune dépense importante sans discussion commune, aucune aide financière sans connaître les besoins réels, et aucune visite de Tamara sans que les deux époux soient d’accord.
Une semaine plus tard, Vitya a proposé à sa mère de venir prendre le thé. Natasha a accepté, à condition que leur conversation reste respectueuse.
Tamara est arrivée avec un visage fermé. Elle a posé son sac sur une chaise et a immédiatement commencé à parler de ses factures.
Cette fois, Vitya l’a interrompue.
— Maman, avant de parler d’argent, nous devons revenir sur ce qui s’est passé samedi dernier.
— Encore cette histoire ? a-t-elle soupiré.
— Oui. Tu as humilié Natasha dans notre maison. Et je suis resté silencieux. J’aurais dû intervenir.
Tamara a ouvert la bouche, mais il a continué :
— Je veux t’aider si tu as des difficultés. Nous pouvons regarder ensemble tes dépenses et voir ce que nous pouvons faire. Mais tu ne peux plus insulter ma femme ni exiger de l’argent comme si nous te le devions.
— C’est donc elle qui t’a appris à me parler ainsi ?
— Non, maman. C’est moi qui aurais dû te le dire depuis longtemps.
Natasha n’a rien ajouté. Elle a simplement posé une feuille sur la table : une liste de dépenses mensuelles, accompagnée des factures que Tamara avait accepté de transmettre à son fils.
Ils ont découvert que certaines dépenses étaient effectivement indispensables, notamment ses médicaments et ses charges. Mais une partie de l’argent qu’elle réclamait servait aussi à financer des achats non essentiels et des prêts qu’elle avait contractés sans en parler à son fils.
Vitya a proposé de prendre directement en charge une partie des frais médicaux, dans la limite de leur budget, plutôt que de verser une somme libre chaque mois.
Tamara a protesté. Elle n’aimait pas que son fils lui demande des comptes.