« Je sais qui elle est. Mais pourquoi son nom est-il placé à côté de celui de papa ? »

Sa mère ne répondit pas.

Une femme âgée, assise près de la cheminée, se leva lentement. C’était tante Margaret, la sœur de Robert. Elle avait suivi la conversation depuis la salle à manger.

« Parce qu’Eleanor a prévu de faire une annonce ce soir », dit-elle.

Eleanor se retourna brusquement.

« Margaret, mêle-toi de tes affaires. »

Mais tante Margaret poursuivit, d’une voix calme :

« Elle voulait annoncer devant tout le monde que Robert et Sophie allaient se marier. Elle a même fait préparer un petit discours. »

Daniel regarda sa mère, stupéfait.

« Tu comptais annoncer le mariage de papa à sa place ? »

« Je voulais simplement que tout le monde puisse partager ce moment. »

« Et papa est au courant ? »

Cette fois, Eleanor ne trouva aucune réponse.

Quelques instants plus tard, Robert entra dans le couloir. Il avait retiré son manteau et tenait son téléphone à la main. Derrière lui se trouvait Sophie, une femme aux cheveux argentés, élégante et visiblement mal à l’aise.

« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda-t-il.

Daniel lui montra la carte.

« Papa, tu savais que maman avait prévu d’annoncer ton mariage ce soir ? »

Robert fronça les sourcils.

« Quel mariage ? »

Eleanor s’avança.

« Robert, je pensais que nous avions tous dépassé ça. Tu as refait ta vie, très bien. Mais tu ne vas pas continuer à nous cacher cette relation comme si nous étions des étrangers. »

Robert posa une main sur le bras de Sophie.

« Nous n’avons rien à cacher. Mais nous n’avons pas annoncé de mariage. Nous apprenons simplement à nous connaître. »

Sophie prit doucement la parole.

« Nous avons décidé de ne pas précipiter les choses. Je ne voulais surtout pas que notre relation devienne un sujet de discussion pendant un dîner de famille. »

Robert acquiesça.

« Et je ne t’ai jamais demandé d’organiser quoi que ce soit, Eleanor. »

Pour la première fois de la soirée, Eleanor sembla perdre le contrôle de la situation.

Elle avait préparé les places, les cartes et même un discours sans consulter la personne directement concernée. Elle avait voulu donner à cette soirée l’apparence d’une grande réconciliation familiale, mais elle avait oublié que les autres avaient aussi le droit de choisir ce qu’ils souhaitaient partager.

Daniel se tourna vers elle.

« Tu nous as demandé de venir pour faire la paix. Mais tu as organisé cette soirée comme si chacun devait jouer le rôle que tu lui avais attribué. »

« Je voulais que tout soit parfait ! »

« Non, maman. Tu voulais que tout ait l’air parfait. Ce n’est pas la même chose. »

Mia tira doucement sur la manche de son père.

« Papa, est-ce qu’on peut donner le dessin à Papi maintenant ? »

Robert s’agenouilla aussitôt devant elle.

« Bien sûr, ma grande. Je peux le voir ? »

Mia lui tendit la dinde en papier. Son grand-père la prit avec un sérieux presque cérémonieux.

« Tu sais, je crois que je vais l’accrocher dans mon bureau. Comme ça, je pourrai la voir tous les jours. »

Le visage de Mia s’éclaira.

« Même après Noël ? »

« Surtout après Noël. »

Il la serra dans ses bras, puis se releva et regarda son fils.

« Je suis désolé que vous ayez été accueillis comme ça. Je ne savais pas que les choses se passaient ainsi. »

Daniel secoua la tête.

« Ce n’est pas à toi de t’excuser, papa. »

Je crus que nous allions enfin pouvoir partir tranquillement, mais Daniel se tourna vers moi.

« Tu veux rester ? »

Je le regardai, surprise.

« Tu veux vraiment que je décide maintenant ? »

« Oui. Et cette fois, je respecterai ta réponse. »

Je jetai un coup d’œil à Mia. Elle ne pleurait plus. Elle observait son grand-père qui examinait son dessin avec admiration.

Je ne voulais pas que ma fille apprenne à accepter les humiliations sous prétexte de préserver les apparences. Mais je ne voulais pas non plus qu’elle associe chaque réunion familiale à une dispute.

« Nous pouvons rester un peu », répondis-je. « Mais pas pour faire semblant que tout va bien. »

Daniel hocha la tête.

« D’accord. »

Il se tourna ensuite vers sa mère.

« Nous resterons si chacun est traité avec respect. Et si quelqu’un a quelque chose à annoncer, il le fera lui-même, quand il le souhaitera. Pas parce que tu as décidé de lui réserver une chaise. »

Eleanor ouvrit la bouche, puis la referma.