— C’est Philippe.
Un silence s’installa.
— Qu’est-ce qu’il a fait ? demanda Claire.
Monique ferma les yeux.
— Je l’ai trouvé dans votre chambre. Avec une autre femme.
À l’autre bout du fil, Claire ne répondit pas immédiatement.
Puis elle demanda d’une voix étrangement calme :
— Une femme blonde, avec un sac rouge ?
Monique s’immobilisa.
— Oui. Tu la connais ?
— Je l’ai vue hier. Elle travaille pour une agence de communication qui a récemment proposé un partenariat à l’entreprise de Julien.
Monique sentit un frisson lui parcourir le dos.
— Claire, je suis désolée.
— Venez me retrouver. Mais ne prévenez pas Philippe.
Quarante minutes plus tard, elles étaient assises dans un café discret près du parc de la Tête-d’Or.
Claire avait posé son téléphone sur la table. Elle semblait fatiguée, mais pas surprise.
Monique finit par lui demander :
— Comment peux-tu être aussi calme ?
Claire baissa les yeux vers sa tasse.
— Parce que je soupçonne quelque chose depuis plusieurs semaines. Je ne savais simplement pas quoi.
Elle expliqua que, depuis deux mois, plusieurs détails lui semblaient étranges. Philippe connaissait des informations sur les projets professionnels de Julien qu’il n’aurait pas dû avoir. Il avait aussi posé des questions insistantes sur leur assurance habitation et sur les économies que le jeune couple gardait pour acheter une maison.
Puis, quelques jours auparavant, Claire avait reçu un appel d’un numéro masqué.
Une femme lui avait conseillé de vérifier les accès à son compte bancaire commun avec Julien.
Elle avait cru à une tentative d’escroquerie.
— J’ai demandé à Julien de vérifier nos comptes, poursuivit-elle. Il n’a rien trouvé d’anormal. Mais j’ai commencé à regarder les documents de notre prêt immobilier.
— Et ?
Claire ouvrit son sac et sortit une pochette.
— Il y a trois semaines, Julien a reçu un courriel concernant une demande de financement qu’il n’avait jamais faite. Quelqu’un avait utilisé certaines de ses informations personnelles pour préparer un dossier.
Monique sentit ses mains devenir glacées.
— Philippe ?
— Nous ne pouvons pas encore l’affirmer. Mais le dossier contenait une adresse électronique qu’il utilise régulièrement.
Claire sortit ensuite une petite clé USB.
— Et hier, j’ai reçu ceci.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Un enregistrement audio. La personne qui me l’a envoyé affirme qu’il provient d’une caméra installée dans le salon de notre appartement.
Monique la fixa.
— Une caméra ?
— Julien avait installé un système de sécurité après une tentative d’effraction dans l’immeuble. Il avait oublié qu’un ancien appareil enregistrait encore le son lorsqu’il détectait un mouvement.
Claire marqua une pause.
— Je n’ai pas encore tout écouté.
Monique sentit son estomac se nouer.
— Tu crois que Philippe savait qu’il était enregistré ?
— Je l’ignore.
Claire posa la clé USB entre elles.
— Mais nous allons le découvrir.
Le soir même, Julien rentra du travail à 19 h 12.
Il trouva sa mère et sa femme assises dans le salon, ainsi qu’un ordinateur ouvert sur la table basse.
— Qu’est-ce qui se passe ?
Claire lui prit la main.
— Assieds-toi, s’il te plaît.
Julien regarda sa mère.
Elle avait les yeux rouges.
— Maman ?
Monique essaya de parler, mais aucun son ne sortit.
Alors Claire prit la parole.
Elle lui raconta ce que Monique avait découvert dans leur chambre.
Julien resta immobile.
Lorsqu’elle eut terminé, il se leva brusquement.
— Mon père ?
— Je suis désolée, murmura Monique.
— Dans notre lit ?
Il se passa les mains sur le visage.
— Il avait les clés. Il pouvait entrer chez nous quand il voulait.
— Je lui avais fait reproduire la mienne sans ton autorisation, avoua Monique. Je pensais pouvoir vérifier que tout allait bien. Je sais que c’était mal.
Julien la regarda avec une déception qui lui fit plus mal que n’importe quelle insulte.
— Tu es entrée chez nous pendant des mois sans nous le dire ?
— Oui.
— Et tu as utilisé cette clé pour chercher des preuves contre Claire ?
Monique baissa la tête.
— Oui.
Julien s’éloigna vers la fenêtre.
Pendant quelques secondes, personne ne parla.
Puis il revint s’asseoir.
— Je ne sais même plus ce qui me met le plus en colère.
Claire posa une main sur son bras.
— Nous n’avons pas encore tout compris.
Elle brancha la clé USB à l’ordinateur.
Le premier fichier contenait une conversation enregistrée dans le salon, quatre jours plus tôt.
La voix de Philippe résonna dans la pièce.
« La demande est presque prête. Il me faut seulement que Julien valide le dossier. Après, nous aurons accès au financement. »
Une autre voix répondit :
« Et s’il pose des questions ? »
C’était la jeune femme blonde.
Philippe ricana.