Elle a ouvert la bouche, puis l’a refermée.

Laurent s’est approché de la fenêtre.

— Nous ne pouvons pas continuer cette conversation comme ça.

— Tu as raison. Nous allons arrêter de la poursuivre tous les trois dans ce salon. À partir de maintenant, tout ce qui concerne notre séparation éventuelle passera par les conseils appropriés. Et je vais faire vérifier les documents bancaires.

Il s’est retourné brusquement.

— Tu veux vraiment faire intervenir des avocats contre ton propre mari ?

— C’est toi qui en as consulté un en premier.

Il n’a rien trouvé à répondre.

Je me suis levée.

— Élodie, tu as jusqu’à la fin du mois pour trouver une autre solution pour ton loyer. Je ne paierai plus ton appartement. Pour les études de Camille, nous en parlerons séparément, parce que je refuse qu’elle soit punie pour ce que vous avez fait.

Ma sœur a blêmi.

— Tu ne peux pas nous mettre dehors comme ça !

— Je ne te mets pas dehors. Je cesse de financer ta vie.

J’ai pris mon sac et je suis montée dans la chambre.

Derrière moi, j’ai entendu Laurent murmurer :

— Tu viens de tout compliquer.

Je me suis arrêtée sur la dernière marche.

— Non. Je viens de découvrir que c’était déjà compliqué. Je ne suis simplement plus disposée à payer pour ne pas le voir.

Le lendemain matin, j’ai appelé Maître Sophie Garnier, une avocate spécialisée en droit de la famille que m’avait recommandée une collègue.

Je lui ai expliqué la situation sans chercher à dramatiser. Elle m’a demandé de rassembler les documents relatifs à l’appartement hérité, aux comptes bancaires, aux placements, aux dépenses du ménage et aux sommes versées à Élodie.

Elle a également attiré mon attention sur un point important : après vingt-sept ans de mariage, il serait imprudent de supposer que tous mes revenus ou tous les biens à mon nom seraient automatiquement exclus d’un éventuel partage. Tout dépendrait notamment de notre régime matrimonial, de l’origine des fonds et des conditions dans lesquelles les biens avaient été acquis ou transmis.

— Nous allons distinguer les faits des suppositions, m’a-t-elle dit. Et surtout, nous n’allons pas laisser votre mari définir seul les règles de votre séparation.

Je lui ai confié les documents que je possédais déjà.

Puis j’ai contacté ma banque pour sécuriser mes accès personnels et vérifier les demandes de renseignements effectuées à mon sujet. J’ai aussi demandé à mon conseiller de m’indiquer précisément quelles informations avaient été communiquées, à qui et sur quelle base.

Je n’ai pas vidé nos comptes communs. Je n’ai pas transféré l’argent à l’étranger. Je n’ai rien fait dans la précipitation.

J’ai simplement cessé de considérer que le silence était une preuve de confiance.

Pendant ce temps, Laurent a changé de stratégie.

Il m’envoyait des messages pour me rappeler nos vingt-sept années de mariage. Il parlait des vacances en Bretagne, de la maison que nous avions rénovée ensemble et des difficultés que nous avions traversées lorsque son agence d’architecture avait failli fermer.

Il avait raison sur un point : nous avions partagé beaucoup de choses.

Mais il oubliait un détail.

Lorsque son agence avait connu ses mauvaises années, j’avais pris en charge l’essentiel des dépenses du ménage. J’avais financé une partie des charges de son bureau et renoncé à plusieurs projets personnels pour que nous puissions conserver notre niveau de vie.

Je ne lui avais jamais présenté la facture.

Je n’avais jamais pensé que le mariage était un compte à solder.

Lui, apparemment, avait commencé à faire les calculs.

Une semaine plus tard, Maître Garnier me rappela.

— J’ai examiné les premiers documents. Il y a un élément que vous devez connaître.

Mon cœur s’est serré.

— Lequel ?

— Votre mari a demandé à son avocat d’étudier la possibilité d’obtenir une compensation financière fondée sur ses contributions au foyer et sur l’évolution de vos revenus pendant le mariage. C’est une démarche qui peut être parfaitement légitime dans une séparation. En revanche, il semble également avoir présenté certaines dépenses personnelles comme des investissements communs. Nous devons vérifier les montants et les justificatifs.

— De quelles dépenses parlez-vous ?

Elle m’envoya un relevé annoté.

Parmi les lignes figuraient plusieurs virements vers un compte au nom d’Élodie, des paiements liés à deux séjours à l’hôtel et des acomptes versés à une agence immobilière.

Les montants n’étaient pas tous importants pris individuellement. Ensemble, ils représentaient une somme considérable.

J’ai reconnu immédiatement les acomptes.

C’étaient ceux des appartements que ma sœur et mon mari avaient visités.

Mais une autre ligne attira mon attention : un virement de 18 500 euros à une société de conseil patrimonial.

Je ne connaissais pas cette société.

Je demandai à mon avocate de vérifier son rôle.

Deux jours plus tard, elle me rappela.