— La société a été chargée de préparer une simulation patrimoniale. Elle a examiné plusieurs scénarios de séparation et de réorganisation des actifs. Je ne peux pas affirmer qu’il s’agissait d’un projet de dissimulation, mais certains éléments doivent être éclaircis.

— Laurent a payé cette société avec quel argent ?

— Un compte professionnel lié à son agence. Nous devons vérifier l’origine des fonds et si ces dépenses ont été correctement comptabilisées.

Je me suis adossée à ma chaise.

Laurent n’avait pas seulement consulté un avocat pour comprendre ses droits. Il avait déjà engagé des frais pour organiser son avenir.

Et pendant ce temps, il continuait à me demander si je pouvais régler les factures de la maison.

Le vendredi suivant, j’ai reçu un appel de Camille, la fille d’Élodie.

Elle avait vingt-deux ans et étudiait à Paris. Depuis son divorce, sa mère lui répétait que je les avais sauvées financièrement.

— Tante Claire, je peux te demander quelque chose ?

— Bien sûr.

— Maman m’a dit que tu ne paierais plus mon loyer. Est-ce que c’est vrai ?

J’ai fermé les yeux un instant.

— Je ne paierai plus le logement de ta mère, Camille. Mais je ne veux pas que tu te retrouves en difficulté à cause de cette histoire. Si tu as besoin de parler de tes études ou de chercher une solution pour ton logement, je suis prête à t’aider à réfléchir.

Elle est restée silencieuse.

— Je ne savais pas pour Laurent et maman, a-t-elle fini par dire.

— Je te crois.

— Mais je savais qu’ils se voyaient souvent. Maman disait qu’il l’aidait à traverser une période difficile.

J’ai senti mon estomac se nouer.

— Depuis quand ?

— Depuis le printemps, je crois. Une fois, je les ai vus ensemble dans un restaurant. Ils m’ont dit qu’ils discutaient d’un projet immobilier.

Elle a hésité avant d’ajouter :

— Tante Claire, il y a autre chose. Maman m’a demandé de ne pas te parler d’un appartement qu’elle voulait louer avec Laurent. Elle m’a dit que tu serais blessée si tu l’apprenais avant qu’ils soient prêts.

Je me suis appuyée contre le dossier de ma chaise.

— Tu sais où ils voulaient aller ?

— Pas exactement. Mais elle m’a montré des photos d’un appartement à Courbevoie. Elle disait qu’il avait une terrasse et qu’ils pourraient enfin vivre comme ils le voulaient.

Je l’ai remerciée de m’avoir parlé.

Puis je suis restée longtemps sans bouger.

Je pensais à ma sœur qui m’appelait pour me demander de l’argent tout en préparant un avenir avec mon mari. Je pensais à Laurent qui me reprochait d’être absente, alors que je travaillais pour maintenir la vie qu’il avait l’habitude de mener.

Et je pensais à Camille, qui avait été entraînée dans une histoire qu’elle n’avait pas créée.

Je ne voulais pas la perdre, elle aussi.

Le lundi suivant, Laurent est rentré plus tôt que prévu.

Il a posé ses clés sur la console et m’a trouvée à la table de la salle à manger, entourée de dossiers.

— Tu es en train de préparer ton dossier contre moi ?

— Je prépare les documents que mon avocate m’a demandés.

— Tu sais très bien que je n’ai jamais voulu te faire de mal.

Je l’ai regardé.

— Alors pourquoi as-tu laissé ma sœur me mentir pendant que tu préparais votre appartement ?

Il a pâli.

— Elle t’a parlé ?

— Camille m’a appelée.

Il s’est assis lentement.

— Écoute, Claire. Élodie traversait une période difficile. Je me suis rapproché d’elle. Je ne prétends pas que ce qui s’est passé soit acceptable, mais je ne voulais pas que tu l’apprennes de cette manière.

— Et tu comptais me l’annoncer quand ?

Il n’a pas répondu.

— Après avoir signé le bail ? Après avoir trouvé comment financer votre installation ? Ou après avoir décidé de la part de mes biens que tu pensais pouvoir récupérer ?

— Tu rends tout tellement froid.

J’ai presque ri.

— Tu as fait établir des simulations patrimoniales, consulté un avocat et visité des appartements avec ma sœur. Tu as transformé notre séparation en projet immobilier. Ne me reproche pas d’avoir fini par regarder les chiffres.

Il s’est frotté le front.

— Je ne veux pas que nous devenions ennemis.

— Alors cesse d’agir comme si je l’étais.

Il a baissé les yeux.

Pour la première fois depuis la découverte de leur liaison, il avait l’air moins en colère que perdu.

— Je ne sais plus comment réparer tout ça, a-t-il murmuré.

— Tu ne peux pas réparer vingt-sept ans en une conversation. Et tu ne peux pas effacer ce que tu as fait en me disant que tu es désolé.

Je me suis levée pour ranger les dossiers.