Adrien n’eut pas besoin de réfléchir longtemps.

Il regarda Élise, assise au bord du lit, une main pressée contre sa blessure. Elle tremblait, mais elle ne lui demandait ni de l’argent ni une promesse d’amour. Elle lui demandait seulement de ne pas la livrer à l’homme qui venait de faire verrouiller toutes les portes du château.

Derrière la porte, Victor frappa une nouvelle fois.

— Élise ! Ouvre immédiatement. Tu es en train de faire une crise. Le docteur Lemaire va t’aider.

Élise se raidit.

— C’est toujours comme ça qu’il commence, murmura-t-elle. Il parle doucement devant les autres. Ensuite, il fait venir les hommes qui m’attachent. Demain, il dira que j’ai tenté de me faire du mal pendant ma nuit de noces.

Adrien sentit son estomac se nouer.

Il avait épousé Élise pour sauver le nom de son père. Il ne s’était pas imaginé devenir le témoin d’un crime. Pourtant, une question s’imposait : pourquoi Victor Delcourt, un homme capable d’acheter les meilleurs avocats de Paris, avait-il besoin de faire passer sa propre fille pour folle ?

— Regardez-moi, dit Adrien doucement. Je ne vais pas ouvrir cette porte sans comprendre ce qui se passe.

— Vous ne me connaissez même pas.

— C’est vrai. Mais je vous ai vue saigner et demander de l’aide. Pour l’instant, cela me suffit pour ne pas vous abandonner.

Il prit une serviette propre et la lui tendit, sans toucher sa blessure. Puis il appela les secours depuis son téléphone personnel et demanda une prise en charge médicale indépendante. Il précisa qu’une personne blessée se trouvait dans une chambre dont un tiers tentait de forcer l’accès.

Victor entendit l’appel.

— Adrien ! cria-t-il. Tu commets une erreur monumentale. Pense à ton père !

Cette fois, Adrien ne répondit pas.

Il venait de comprendre que son beau-père ne lui avait pas offert un mariage. Il lui avait présenté un marché dont les conditions véritables restaient cachées.

La clé que Claire avait laissée

Élise retira délicatement la petite clé de la doublure déchirée. Elle la posa dans la paume d’Adrien.

— Ma mère l’a cachée avant de mourir. Elle m’avait dit qu’un jour, je comprendrais pourquoi elle ne voulait pas que mon père la trouve.

— Que peut-elle ouvrir ?

— Je ne sais pas. Mais je crois que la réponse se trouve dans l’ancienne orangerie, derrière la bibliothèque du rez-de-chaussée.

Un nouveau choc ébranla la porte.

Adrien regarda autour de lui. Il aperçut une porte de service donnant sur un petit couloir, puis une seconde porte qui menait à l’escalier des domestiques.

— Pouvez-vous marcher ?

Élise acquiesça.

Il ne la prit pas dans ses bras comme un héros de roman. Il lui donna son manteau, attendit qu’elle se lève et marcha à côté d’elle, assez près pour la soutenir si elle vacillait, assez loin pour lui laisser le choix.

Ils descendirent par l’escalier secondaire tandis que Victor ordonnait toujours qu’on ouvre leur chambre.

Au rez-de-chaussée, les lumières de la réception brillaient encore. Quelques invités riaient dans le grand salon, ignorant ce qui se passait à l’étage. Le quatuor jouait une mélodie douce près des fenêtres.

Tout semblait normal.

C’était peut-être cela qui terrifiait le plus Adrien : une personne pouvait être enfermée, humiliée et terrorisée à quelques mètres d’une salle pleine de gens, sans que personne ne juge nécessaire de poser une question.

Élise le conduisit jusqu’à la bibliothèque. Derrière une rangée d’ouvrages anciens, une porte étroite ouvrait sur l’orangerie abandonnée.

Au fond, sous une table couverte de draps, se trouvait un petit coffre en fer.

La clé entra parfaitement dans la serrure.

À l’intérieur, ils découvrirent trois enveloppes, un carnet relié de cuir et une pochette contenant plusieurs documents comptables.

Élise reconnut immédiatement l’écriture de sa mère.

Sur la première enveloppe, Claire avait écrit :

« À ma fille, lorsque tu pourras enfin lire ceci en sécurité. »

Élise porta une main à sa bouche.

Elle n’avait pas vu l’écriture de sa mère depuis treize ans.

Adrien lui demanda si elle souhaitait lire seule. Elle secoua la tête.

— Restez, s’il vous plaît.

Il ouvrit l’enveloppe avec précaution.

La lettre était datée de trois jours avant la mort de Claire.