Je ne bougeai pas.

Julien me regardait depuis son lit, un sourire presque amusé aux lèvres. Il savait que j’avais entendu chaque mot. Il savait aussi que je n’étais pas entrée dans cette chambre par hasard.

— Élise… Quelle surprise, murmura-t-il.

Je m’approchai lentement, sans laisser paraître la panique qui me gagnait.

— J’ai eu tellement peur pour toi.

Il tendit la main vers moi.

— Viens. Approche.

Je posai mon sac sur la chaise, mais je gardai la petite clé USB dans ma poche.

— Comment te sens-tu ?

— Beaucoup mieux. Les médecins disent que je pourrai sortir dans quelques jours.

Je baissai les yeux vers son bras bandé.

— C’est rassurant.

Il observa mon visage pendant quelques secondes.

— Tu as l’air bizarre. Tu as pleuré ?

— Toute la nuit. J’ai cru que j’allais te perdre.

Il détourna les yeux, puis attrapa son téléphone.

— Tu devrais rentrer te reposer. Je suis entre de bonnes mains.

— Je vais rester un peu.

Son sourire disparut légèrement.

— Ce n’est pas nécessaire.

À cet instant, je compris que le message inconnu n’était peut-être pas une simple mise en garde. Quelqu’un savait ce qui se tramait et avait choisi de m’aider.

Je sortis une bouteille d’eau de mon sac et la posai sur la table.

— J’ai apporté quelques affaires. Je vais vérifier auprès de l’infirmière ce dont tu as besoin.

— Non, non. Laisse, je m’en occuperai.

Il était nerveux.

Et pour la première fois depuis notre mariage, je ne cherchais plus à interpréter ses gestes avec indulgence. Je les observais simplement.

Je sortis de la chambre quelques minutes plus tard et me rendis dans les toilettes du service. Je verrouillai la porte, sortis la clé USB et la glissai dans mon ordinateur portable.

Elle contenait trois dossiers.

Le premier s’intitulait : « Société – Comptes ».

Le deuxième : « Testament – Documents ».

Le troisième portait un nom qui me fit frissonner :

« Chloé et Julien ».

J’ouvris d’abord le premier dossier.

Des relevés bancaires, des factures, des contrats et plusieurs tableaux de transactions apparurent à l’écran. Mon beau-père, André, avait été comptable avant de prendre sa retraite. Il avait toujours eu l’habitude de conserver des copies de ses documents importants.

Je découvris rapidement plusieurs virements effectués depuis un compte familial vers une société dont je n’avais jamais entendu parler. Les montants étaient importants. Certains transferts avaient été effectués quelques semaines avant sa mort.

Le nom de Julien apparaissait sur plusieurs documents.

Celui de Chloé aussi.

J’ouvris le deuxième dossier.

Il contenait une copie du testament d’André, ainsi qu’une lettre manuscrite numérisée.

Je reconnus immédiatement son écriture.

Ma chère Élise,

Si tu lis cette lettre, c’est que je n’ai pas réussi à te parler avant mon départ. J’ai découvert des choses concernant Julien et Chloé qui m’inquiètent profondément. Je ne veux pas que tu prennes une décision sous le coup de la colère. Je veux simplement que tu saches que certaines personnes ont utilisé ta confiance et ton nom pour agir dans ton dos.

Julien a tenté de me faire signer des documents concernant la société familiale. Il m’a expliqué qu’il s’agissait d’une simple formalité administrative. J’ai refusé après avoir découvert que ces documents pouvaient transférer une partie des biens de la famille vers une structure dont il serait le bénéficiaire.

J’ai également découvert que Chloé était impliquée. Je ne sais pas jusqu’où elle est allée, mais je sais qu’elle a reçu plusieurs virements.

Ne signe rien. Ne donne aucune procuration. Et surtout, ne laisse personne te convaincre que tu dois protéger la famille au détriment de ta sécurité.

Je sentis mes mains trembler.

André avait essayé de me prévenir.

Mais pourquoi ne m’avait-il rien dit directement ?

Je poursuivis ma lecture.

Il y a une chose que tu dois comprendre : la maison de campagne, les placements et les parts de la société que je t’ai légués ne sont pas des cadeaux destinés à Julien. Ils sont à toi. J’ai pris des dispositions pour qu’ils ne puissent pas être transférés sans ton consentement.

Je m’arrêtai.

La succession d’André avait été réglée trois mois plus tôt. Julien m’avait accompagnée chez le notaire et m’avait expliqué que les formalités étaient simples. Il avait même insisté pour gérer plusieurs documents à ma place, prétendant que je n’avais pas besoin de m’encombrer de détails techniques.

Je compris soudain pourquoi il m’avait tant pressée de signer.

Je passai au troisième dossier.

Il contenait des photographies, des captures de conversations et des copies de courriels.

Sur la première image, Julien et Chloé étaient assis à la terrasse d’un restaurant. Ils semblaient très proches.

Sur une autre, Chloé tenait un dossier portant le nom de la société familiale.

Puis je découvris une conversation entre eux.

Chloé : Elle a signé les premiers papiers ?