Julien : Pas encore. Je lui ai dit qu’on attendrait après l’opération.

Chloé : Et si elle découvre les comptes ?

Julien : Elle ne découvrira rien. Elle me fait confiance. Une fois les signatures obtenues, tout sera beaucoup plus simple.

Je relus ces lignes plusieurs fois.

Ce n’était donc pas seulement une liaison.

Ils préparaient quelque chose avec mon héritage.

Je refermai l’ordinateur.

Mon téléphone vibra de nouveau.

Le même numéro inconnu.

Vous avez ouvert les dossiers ? Ne retournez pas seule auprès de Julien. Je suis dans le hall principal. Mon nom est Marc.

Je sortis des toilettes et descendis au rez-de-chaussée.

Un homme d’une cinquantaine d’années se tenait près de l’accueil. Il portait un manteau gris et tenait une chemise cartonnée contre lui.

— Élise Moreau ? demanda-t-il.

Je hochai la tête.

— Je m’appelle Marc. J’étais le notaire de votre beau-père.

Je le regardai avec étonnement.

— Vous êtes l’homme qui m’a envoyé les messages ?

— Oui. J’ai attendu que vous arriviez à l’hôpital pour vous prévenir. André m’avait demandé de vous remettre certains documents si je constatais que Julien cherchait à obtenir votre signature sur des actes liés à la succession.

Il me tendit la chemise.

— Votre beau-père avait déjà pris des précautions. Mais il voulait que vous connaissiez toute l’histoire avant de faire quoi que ce soit.

Je m’assis sur un fauteuil.

— Pourquoi mon mari est-il à l’hôpital ?

Marc hésita.

— D’après les informations dont je dispose, il a eu un accident de voiture. Mais je ne suis pas médecin et je ne peux pas vous confirmer les circonstances. En revanche, je sais que l’accident est survenu alors qu’il se rendait à un rendez-vous avec votre sœur.

Je sentis ma gorge se serrer.

— Ils étaient ensemble ?

— Non. Julien était seul dans sa voiture. Mais il avait rendez-vous avec Chloé dans un hôtel, où ils devaient rencontrer un intermédiaire financier.

Je baissai les yeux vers les documents.

Marc poursuivit :

— Votre beau-père avait découvert que Julien tentait de vendre des parts de la société familiale qui ne lui appartenaient pas. Il avait aussi identifié des transferts d’argent injustifiés. Il avait commencé à rassembler des preuves avant de tomber malade.

— Pourquoi ne m’a-t-il pas prévenue ?

— Il avait peur que Julien découvre qu’il enquêtait. Il pensait pouvoir régler la situation discrètement, mais son état de santé s’est rapidement dégradé.

Je serrai la chemise contre moi.

— Et maintenant ?

— Maintenant, vous devez protéger vos droits. Ne signez rien. Faites vérifier les documents par un avocat indépendant et demandez une copie complète du dossier de succession.

Je le remerciai.

Avant de partir, Marc ajouta :

— Une dernière chose. Votre beau-père avait demandé qu’une lettre vous soit remise personnellement. Elle se trouve dans cette chemise.

Je l’ouvris.

La dernière page était une courte note.

Élise,

Je sais que tu aimes Julien. Je sais aussi que tu aimes ta sœur. C’est précisément pour cette raison que je crains que tu ne cherches à excuser leurs actes avant même d’en connaître les conséquences.

Ne confonds pas le pardon avec l’abandon de tes droits. Tu peux aimer quelqu’un et refuser de lui confier ce que tu as mis une vie entière à construire.

Je repliai la lettre.

Pour la première fois depuis des mois, je sentis que je pouvais réfléchir sans être constamment poussée à agir.

Le lendemain matin, je retournai à l’hôpital.

Julien était réveillé. Son visage s’éclaira lorsqu’il me vit entrer.

— Enfin ! J’ai cru que tu ne reviendrais pas.

Je posai un petit sac sur la table.

— Je suis passée à la maison chercher quelques affaires.

— Tu as vu Chloé ?

La question sortit trop vite.

Je le regardai.

— Pourquoi voudrais-tu que je voie ma sœur ?

Il se reprit aussitôt.

— Je pensais qu’elle était venue hier.

— Non.

Je m’assis près de lui.

— Julien, les médecins t’ont-ils dit quand tu pourrais sortir ?

— Probablement demain.

— Très bien. Il faudra que nous parlions de certains documents concernant la succession de ton père.

Son visage changea.

— Quels documents ?

— Ceux que tu voulais me faire signer.

Il fixa le plafond.

— Élise, ce n’est pas le moment.

— C’est exactement le moment. J’ai trouvé les dossiers qu’André m’a laissés.

Il tourna brusquement la tête vers moi.

— Tu as quoi ?

— La clé USB. Les relevés. Les conversations. Les contrats.

Son teint devint pâle.

— Tu n’aurais pas dû ouvrir ça.

Je le regardai sans répondre.

— Pourquoi ? demandai-je finalement. Qu’est-ce que tu as peur que je découvre ?

Il se redressa malgré la douleur.

— Tu ne comprends pas. Ton beau-père était vieux. Il ne comprenait plus les affaires. Il a interprété des opérations parfaitement normales comme des tentatives de fraude.