— Oui. Mais dans une pièce commune, avec vous et mon avocate présents. Et je veux pouvoir partir à tout moment.

— Ce sera organisé ainsi.

La réunion se tint dans un petit salon de réception. Natalie nous rejoignit par visioconférence, le temps d’arriver sur place.

Caleb entra en premier.

Il portait un costume gris clair, une cravate bleu marine et une expression de profonde déception.

— Avery, dit-il. Enfin.

Je restai assise.

— Caleb.

Il observa mon pull trop grand, mes pieds encore bandés et les cernes sous mes yeux.

— Tu as fait assez de dégâts.

Je sentis mes mains se crisper.

Luca ne bougea pas. Il ne parla pas à ma place.

— Je ne t’ai pas demandé de venir, répondis-je.

Caleb serra la mâchoire.

— Tu as disparu le jour de notre mariage. Trois cents personnes ont assisté à ton départ. Les médias commencent à poser des questions. Tu as mis nos deux familles dans une situation ridicule.

— Je suis désolée que la cérémonie ait été perturbée.

Il sembla surpris par ma réponse.

Je poursuivis :

— Mais je ne suis pas désolée d’être partie.

Son visage changea.

— Tu ne comprends pas ce que tu as abandonné. Une maison, une position, une vie que des millions de personnes rêveraient d’avoir.

— Je n’ai jamais voulu cette vie.

— Tu le dis maintenant. Tu étais parfaitement d’accord il y a trois mois.

— Il y a trois mois, je croyais encore que je pouvais négocier avec toi. Je pensais que tu finirais par accepter que je continue à travailler. Je pensais que mon père ne me demanderait pas de signer des documents que je n’avais pas le droit de lire tranquillement.

Caleb se pencha en avant.

— Tu inventes des choses.

Natalie intervint depuis l’écran.

— Monsieur Mercer, si vous souhaitez discuter de documents financiers, veuillez les transmettre à mon cabinet. Ma cliente ne signera rien lors de cette réunion.

Caleb tourna la tête vers l’écran.

— Et vous êtes ?

— Son avocate.

Il eut un rire bref.

— Bien sûr. Moretti lui a trouvé un avocat. C’est donc cela, ton nouveau plan ? Tu quittes ton fiancé pour te jeter dans les bras d’un autre homme puissant ?

Je sentis la honte familière essayer de remonter en moi.

Puis je pensai à la rue, à mes pieds ensanglantés et à la portière de la berline qui s’était ouverte sans m’exiger quoi que ce soit en échange.

— Luca ne m’a jamais demandé de l’épouser, répondis-je. Il ne m’a jamais demandé de lui céder mon travail, mon argent ou mes décisions. Il m’a demandé si j’avais un endroit sûr où aller.

Caleb se redressa.

— Tu ne le connais pas.

— C’est vrai. Je ne le connais pas encore très bien. Mais je sais qu’il m’a laissée choisir.

Un silence tomba.

Caleb se tourna vers Luca.

— Vous croyez pouvoir vous mêler des affaires de ma famille ?

Luca croisa calmement les mains.

— Je ne me mêle pas de votre famille. Avery a demandé de l’aide. Elle est ici de son plein gré et elle vous a accordé cette rencontre. Vous allez respecter ses conditions.

— Vous pensez que votre nom vous donne le droit de me parler ainsi ?

— Non. Ce sont ses conditions qui vous donnent une limite.

Le visage de Caleb s’empourpra.

— Vous ne savez pas à qui vous avez affaire.

Luca ne répondit pas immédiatement.

Puis il se leva.

— La réunion est terminée si vous ne pouvez pas parler à Avery sans la menacer ou l’humilier.

Ce n’était ni un défi ni une menace. C’était une limite, clairement posée.

Caleb regarda mon avocate, puis moi.

— Ton père va te faire payer cette humiliation.

Je me levai à mon tour, même si mes pieds me faisaient encore mal.

— Si mon père a des questions juridiques, il peut passer par mon avocate. Je ne discuterai plus de mon avenir sous la menace.

Caleb resta figé quelques secondes.

Il avait l’habitude de voir les gens baisser les yeux lorsqu’il parlait. Il n’était pas préparé à rencontrer une femme qui refusait désormais de lui donner ce pouvoir.

Il partit sans un mot supplémentaire.

Quand la porte se referma, mes genoux commencèrent à trembler.

Luca se tourna vers moi.

— Voulez-vous vous asseoir ?

Je hochai la tête.

Il ne me prit pas dans ses bras sans demander. Il ne me dit pas que tout allait s’arranger. Il posa simplement une chaise derrière moi et attendit que je m’assoie.

Je respirai lentement.

— J’ai cru que j’allais m’effondrer.

— Vous avez tenu jusqu’à la fin de la réunion.

— Ce n’est pas la même chose que d’être forte.

— Non, répondit-il. Mais vous n’avez pas besoin d’être forte à chaque seconde pour mériter le respect.