La chemise cachée dans le placard

Alév tina tira la chemise cartonnée et la posa sur la table. Ses doigts tremblaient tellement qu’elle eut du mal à défaire l’élastique.

À l’intérieur se trouvaient des photocopies de notre acte de vente, des relevés bancaires, plusieurs factures de travaux et un document portant la signature de Vadim.

Mais ce fut la dernière feuille qui me coupa le souffle.

C’était une demande de modification des garanties liées à notre prêt immobilier. Mon nom figurait en haut de la page. Plus bas, une somme avait été inscrite au stylo rouge : quatre millions huit cent mille roubles.

— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.

— Une chose que tu dois savoir avant qu’il soit trop tard, répondit ma belle-mère.

Je pris le document.

La demande concernait un crédit supplémentaire garanti par notre appartement. Une partie de l’argent devait servir à rembourser une dette contractée par une société dont je n’avais jamais entendu parler.

La société était enregistrée au nom de Sergueï, l’électricien qui avait travaillé dans notre cuisine.

— Pourquoi mon appartement servirait-il à rembourser ses dettes ?

Alév tina s’assit lentement.

— Parce que Vadim a accepté de l’aider.

Je relus la page. La signature de mon mari apparaissait au bas du document, mais la mienne n’y figurait pas. À sa place, une ligne indiquait que mon accord serait recueilli ultérieurement.

— Il a accepté d’engager notre logement sans m’en parler ?

— Il pensait pouvoir rembourser le crédit avant que tu ne le découvres.

Je sentis la colère monter, mais une autre question me préoccupait davantage.

— Et vous, pourquoi avez-vous une clé de notre appartement ?

Elle baissa les yeux.

— Sergueï m’a demandé de venir vérifier si les documents étaient toujours dans le placard. Il savait que Vadim conservait ici les originaux.

— Vous êtes donc entrée chez nous pour prendre nos papiers ?

— Je devais les récupérer avant que Sergueï ne les emporte.

Je la fixai, incapable de comprendre où s’arrêtait le mensonge et où commençait la vérité.

— Vous venez de me dire que vous vouliez m’aider. Pourquoi ne pas m’avoir simplement appelée ?

Elle ne répondit pas.

Mon téléphone vibra. Vadim m’appelait depuis la région de Pskov.

Je décrochai et activai le haut-parleur.

— Marguerite, tu es à la maison ?

— Oui. Ta mère est ici. Avec une clé que tu lui aurais donnée.

Un long silence suivit.

— Maman, tu lui as montré les documents ? demanda-t-il finalement.

Alév tina ferma les yeux.

Ce n’était donc pas une simple surprise. Vadim savait que sa mère pouvait entrer chez nous, et il savait aussi ce qu’elle devait me montrer.

— Je veux une explication, dis-je. Maintenant.

— Je peux tout t’expliquer à mon retour.

— Non. Tu vas m’expliquer pourquoi un crédit de plusieurs millions de roubles est préparé avec notre appartement en garantie.

— Ce n’est pas exactement ce que tu crois.

— Alors, explique-moi ce que je dois croire.

Vadim soupira.

Il m’apprit que Sergueï avait créé une petite entreprise d’installation électrique avec un associé. Après plusieurs contrats annulés et des dépenses mal maîtrisées, la société s’était retrouvée endettée. Sergueï lui avait demandé un prêt personnel, mais Vadim n’avait pas les fonds nécessaires.

Il avait alors envisagé de contracter un crédit garanti par notre logement.

— Tu n’as pas le droit de faire ça sans mon accord, lui rappelai-je.

— Je le sais. Je n’ai encore rien finalisé.

— Et pourquoi ta mère est-elle mêlée à cette histoire ?

Cette fois, ce fut Alév tina qui répondit.

— Parce que je l’ai convaincu d’aider Sergueï. Je lui ai dit qu’il était de la famille et qu’on ne pouvait pas le laisser perdre son entreprise.

Je me tournai vers elle.

— Vous avez donc insisté pour qu’il risque notre appartement afin de sauver les affaires d’un homme qui n’est même pas son frère ?

— Sergueï a aidé Vadim autrefois.

— Avec quel argent ? demandai-je.

Elle resta silencieuse.

Je repris les relevés bancaires. Plusieurs virements avaient été effectués depuis le compte personnel de Vadim vers celui de Sergueï au cours des derniers mois. Les sommes étaient modestes au début, puis elles avaient augmenté.

Ce n’était pas seulement un projet de crédit. Mon mari avait déjà commencé à financer cette entreprise avec ses économies.

— Vadim, est-ce que tu as utilisé notre compte commun pour lui envoyer de l’argent ?

Il ne répondit pas immédiatement.

— Oui.

Je posai les documents.

— Combien ?

— Environ six cent mille roubles.

Je fermai les yeux un instant.

Cet argent devait servir à remplacer les fenêtres de notre appartement avant l’hiver. Nous avions économisé pendant près d’un an, et Vadim m’avait expliqué récemment que les travaux devraient attendre parce que nous n’avions pas encore assez.

En réalité, l’argent avait été envoyé à Sergueï.