Je suis resté quelques secondes devant la baie vitrée, incapable de croire ce que je voyais.
Bernard était en train d’expliquer à un homme en polo bleu que la terrasse pouvait accueillir une grande table de réception. Une femme prenait des photos de la piscine. Le troisième inconnu, un homme portant une chemise blanche, examinait les fenêtres du rez-de-chaussée en prenant des notes.
Bernard a levé la main, brandissant mes clés.
— Et là, vous avez la cuisine. Elle a été refaite récemment. Pour trente personnes, il faudra simplement prévoir un peu plus de matériel.
J’ai ouvert la porte-fenêtre.
— Bernard.
Il s’est retourné avec un sourire qui s’est immédiatement effacé en me voyant.
— Ah ! Mathieu ! Tu es rentré plus tôt que prévu.
J’ai regardé les trois inconnus, puis les clés dans sa main.
— Qui sont ces gens ?
L’homme en chemise blanche s’est avancé.
— Bonjour, monsieur. Nous sommes venus examiner la propriété en vue d’un projet de location événementielle. Monsieur Bernard nous a assuré qu’il avait l’autorisation du propriétaire.
J’ai senti quelque chose se contracter dans ma poitrine.
— Un projet de quoi ?
Bernard a soupiré, comme si j’étais en train de compliquer une affaire parfaitement simple.
— Ne commence pas. Je cherche seulement à rentabiliser un peu cet espace. Ta maison est magnifique, mais elle ne sert que quelques jours par mois. Ce serait dommage de ne pas en faire profiter d’autres personnes.
J’ai fixé mon beau-père.
— Tu as donné mes clés à des inconnus pour qu’ils viennent visiter ma maison et envisager de la louer ?
— Dans une famille, on n’a pas besoin de demander la permission.
Cette fois, je n’ai pas répondu immédiatement.
J’ai simplement tendu la main.
— Donne-moi les clés.
Il a hésité, puis les a déposées dans ma paume avec un petit rire méprisant.
— Tu réagis comme si je t’avais volé quelque chose.
Je me suis tourné vers les visiteurs.
— Je suis désolé pour ce déplacement. Je n’ai autorisé aucune visite et je ne mets pas ma propriété en location. Je vous demande de partir.
L’homme en chemise blanche a refermé son carnet.
— Nous comprenons. Nous pensions que tout était convenu.
Ils sont repartis sans discuter.
Bernard, lui, est resté dans le jardin.
— Tu viens de me ridiculiser devant des gens avec qui je travaille !
— Et toi, tu viens d’organiser une visite commerciale chez moi sans mon accord.
— Marion est au courant !
Ces quatre mots m’ont arrêté net.
J’ai regardé mon beau-père.
— Qu’est-ce que tu viens de dire ?
Il a compris qu’il en avait trop révélé. Son regard a fui le mien.
— Je veux dire que ta femme sait que je prépare mon anniversaire. C’est tout.
Mais je le connaissais suffisamment pour reconnaître ce moment précis où il essayait de reculer après avoir franchi une limite.
Je n’ai pas insisté. Pas encore.
Je lui ai demandé de quitter la propriété, puis j’ai vérifié les portes et les fenêtres. Je suis ensuite monté dans mon bureau et j’ai consulté les enregistrements de ma caméra extérieure.
Bernard était venu trois fois au cours des deux dernières semaines.
La première fois, il avait ouvert le portail avec son double de clés et passé près d’une heure dans le jardin.
La deuxième fois, il était entré dans la maison.
La troisième fois, il avait reçu les trois visiteurs.
Je me suis demandé depuis combien de temps il faisait cela.
Puis j’ai remarqué quelque chose sur une vidéo plus ancienne.
Bernard se tenait devant la porte de mon bureau, son téléphone à l’oreille. Il avait ouvert un tiroir, photographié plusieurs documents et refermé le tout avant de repartir.
J’ai immédiatement vérifié les papiers que je conservais dans ce tiroir.
L’acte de propriété était toujours là. Mais une chemise contenant des copies de documents relatifs à la maison avait été déplacée.
Je n’avais aucune preuve qu’il avait utilisé ces documents à des fins frauduleuses. Cependant, je n’avais plus aucune raison de lui faire confiance.
Le soir même, j’ai attendu le retour de Marion.
Lorsqu’elle est entrée dans la cuisine, j’ai posé les clés sur la table.
— Depuis combien de temps ton père possède-t-il un double de mes clés ?
Elle a marqué un temps d’arrêt.
— Je ne sais pas. Pourquoi ?
— Parce que je l’ai surpris en train de faire visiter la maison à trois inconnus.
Son visage a changé.
— Quoi ?
Je lui ai raconté la scène, puis je lui ai montré l’enregistrement.
Elle a regardé l’écran sans parler.
— Il m’avait dit qu’il voulait organiser son anniversaire, a-t-elle fini par murmurer. Je ne savais pas pour les visiteurs.
— Mais tu savais qu’il avait les clés ?
Elle a baissé les yeux.