Ce silence m’a fait plus mal que je ne l’aurais cru.

— Marion ?

Elle s’est assise.

— Il y a quelques mois, papa m’a demandé si tu accepterais de louer la maison pour des réceptions. J’ai répondu que je ne pensais pas. Il m’a dit qu’il voulait simplement étudier les possibilités. Je ne savais pas qu’il était allé aussi loin.

— Et tu ne m’en as jamais parlé.

— Je pensais qu’il finirait par abandonner.

J’ai reculé ma chaise.

— Tu pensais qu’il abandonnerait un projet concernant ma maison sans même m’en parler ?

Elle s’est mise à pleurer.

— Je suis désolée.

J’aurais voulu que ces mots suffisent. Mais six années de dépenses imposées, de repas organisés sans mon accord et de remarques sur mon prétendu manque de générosité pesaient désormais beaucoup plus lourd que cette excuse.

— Il y a autre chose, ai-je dit. Il m’a affirmé que tu étais au courant de cette visite.

Marion a essuyé ses joues.

— Je te promets que je ne savais pas qu’il ferait visiter la maison aujourd’hui.

Je l’ai regardée attentivement.

Je voulais la croire, mais je savais désormais qu’il me manquait une partie de l’histoire.

Le lendemain matin, j’ai appelé un serrurier pour faire remplacer les cylindres des portes. J’ai également contacté mon assurance habitation afin de vérifier les garanties applicables en cas d’accès non autorisé et de prévenir tout problème éventuel.

Puis j’ai pris rendez-vous avec un notaire pour faire le point sur mes titres de propriété et m’assurer qu’aucun document ne pouvait être utilisé à mon insu.

Je n’ai accusé personne de vol ni de fraude. Je voulais simplement savoir exactement où j’en étais.

À midi, mon téléphone a sonné.

C’était Sandrine, la sœur de Marion.

— Mathieu, papa m’a raconté ce qui s’est passé. Franchement, tu aurais pu éviter de l’humilier devant ces gens.

— Il aurait pu éviter de leur faire visiter ma maison sans mon autorisation.

— Il voulait seulement préparer son avenir !

— Quel avenir ?

Un silence.

Puis elle a répondu :

— Tu devrais demander à Marion ce que nous avons tous prévu.

Mon cœur s’est serré.

— Qu’est-ce que vous avez prévu, Sandrine ?

Elle a compris son erreur.

— Je n’ai rien dit.

Elle a raccroché.

Je suis resté immobile, mon téléphone à la main.

« Ce que nous avons tous prévu. »

Ce n’était donc pas simplement Bernard qui s’était approprié ma maison. Il existait peut-être un projet plus vaste, et ma propre femme en connaissait au moins une partie.

Le soir, lorsque Marion est rentrée, je l’attendais dans le salon avec deux tasses de café.

Je ne voulais pas crier. Je voulais comprendre.

— Sandrine m’a appelé aujourd’hui. Elle m’a dit que vous aviez tous prévu quelque chose.

Marion a fermé les yeux.

Pendant plusieurs secondes, elle n’a pas parlé.

Puis elle s’est assise en face de moi.

— Papa a des dettes, Mathieu.

Je l’ai laissée continuer.

— Depuis deux ans, il a emprunté de l’argent à plusieurs personnes. Il a aussi perdu une grosse somme dans un investissement. Il a essayé de se débrouiller seul, mais maintenant, certains créanciers lui réclament leur argent.

J’ai lentement posé ma tasse.

— Et quel rapport avec ma maison ?

Elle a commencé à pleurer.

— Il voulait organiser des événements ici. Il disait que les revenus permettraient de rembourser ses dettes. Au début, Sandrine et moi pensions que tu pourrais accepter de lui louer le jardin de temps en temps.

— Et ensuite ?

Elle n’a pas répondu.

— Marion, regarde-moi.

Elle a relevé la tête.

— Ensuite, papa a parlé à Sandrine d’un accord avec une société qui cherchait une propriété pour organiser des réceptions privées. Il disait que si les premiers événements fonctionnaient, il pourrait obtenir un financement et régler ses dettes.

Je sentais la colère monter, mais je me suis forcé à garder une voix calme.

— Il voulait utiliser ma maison comme garantie pour ses dettes ?

— Il disait qu’il n’en arriverait pas là. Il voulait seulement montrer aux investisseurs qu’il avait accès à une propriété adaptée.

— Et tu savais qu’il avait donné mes clés à des visiteurs ?

Elle a secoué la tête.

— Non. Je te le jure. Je savais qu’il avait des projets, mais je ne savais pas qu’il se présentait comme le propriétaire.

J’ai pris une profonde inspiration.

La maison n’était pas un simple lieu de réception. C’était un bien hérité de ma grand-mère, entretenu grâce à mon travail et à mes économies. Je n’avais jamais accepté de le mettre à disposition de Bernard, encore moins de le mêler à ses dettes.

— Pourquoi ne m’as-tu rien dit dès que tu as appris ses intentions ?

Marion a essuyé son visage.