Les coups contre la porte métallique retentirent une seconde fois.
— Gendarmerie ! Éloignez-vous de la porte et posez immédiatement tout objet que vous tenez !
Laurent ne bougea pas. Il regardait Claire comme si elle venait de le trahir, alors qu’elle avait passé des semaines à suivre ses instructions.
Je gardais Camille contre moi. Elle tremblait si fort que je sentais ses dents claquer contre mon épaule.
— Pap’s… le mur, murmura-t-elle. Il faut qu’ils regardent derrière le mur.
— On s’en occupera. Là, tu restes avec moi.
— Non, tu ne comprends pas. Il y a les autres noms.
Laurent se retourna brusquement.
— Tais-toi !
Il fit un pas vers elle. Je me plaçai devant ma fille, tandis que la porte s’ouvrait enfin sous l’intervention des gendarmes. Deux militaires entrèrent, suivis d’un troisième qui ordonna à Laurent de lâcher son démonte-pneu. Il hésita, puis laissa tomber l’outil.
En quelques secondes, il fut maîtrisé et menotté.
Claire, elle, s’effondra sur une caisse en bois.
— Je peux tout expliquer, répétait-elle. Vous ne comprenez pas ce qui se passe dans cette famille.
Un gendarme lui demanda de garder les mains visibles et de ne toucher à aucun document. Un autre se pencha vers Camille pour vérifier son état.
Je n’avais plus qu’une priorité : sortir ma fille de cet endroit.
Lorsque les secours arrivèrent, les ambulanciers examinèrent ses blessures et l’emmenèrent à l’hôpital. Je montai dans l’ambulance avec elle. Au moment où les portes se refermaient, elle attrapa mon poignet.
— Tu ne vas pas les laisser dire que j’ai inventé tout ça ?
Je lui serrai doucement la main.
— Personne ne te demandera de porter ça toute seule. On va raconter ce qui s’est passé, et les preuves seront examinées.
Elle ferma les yeux. Pour la première fois depuis mon arrivée, elle semblait accepter de respirer.
Mais je savais que ce que nous venions de découvrir n’était probablement pas toute l’histoire.
Les dossiers derrière le mur
À l’hôpital, les médecins diagnostiquèrent plusieurs contusions, une plaie à la lèvre et des lésions aux poignets causées par les liens. Camille était épuisée et déshydratée, mais son état était stable. Les soignants documentèrent ses blessures et lui proposèrent un accompagnement psychologique.
Elle ne souhaitait pas voir sa mère.
Je respectai sa décision.
Pendant ce temps, les gendarmes avaient sécurisé l’atelier. Les actes notariés, la procuration et le mandat de vente furent photographiés et inventoriés. Les enquêteurs chercheraient notamment à déterminer si certaines signatures avaient été imitées, si des documents avaient été modifiés et dans quelles circonstances Camille avait été retenue.
Le lendemain matin, un officier m’appela.
— Monsieur Delmas, votre fille nous a signalé une cache derrière une cloison. Nous avons découvert plusieurs dossiers. Nous aimerions que vous nous précisiez ce que vous savez de leur contenu.
Je me rendis à la brigade, après avoir vérifié que Camille était accompagnée à l’hôpital.
Les documents retrouvés derrière le mur n’étaient pas simplement des papiers concernant l’héritage de ma fille.
Il y avait des copies de titres de propriété, des évaluations foncières, des courriers de banques et des projets de cession. Plusieurs sociétés apparaissaient dans les documents, dont certaines avaient leur siège à des adresses de domiciliation. D’autres étaient liées à des opérations immobilières menées dans la région lyonnaise.
Au milieu de cette masse de papier, les enquêteurs avaient retrouvé un tableau récapitulatif.
Trois millions d’euros : la valeur estimée des parcelles héritées par Camille.
Un montant supplémentaire, bien supérieur à ce que j’avais imaginé, apparaissait dans une colonne intitulée « opérations à finaliser ».
— Cela ne signifie pas que toutes ces sommes ont été détournées, précisa l’officier. Nous devons vérifier chaque opération. Mais plusieurs documents soulèvent des questions sérieuses.
Il me montra ensuite une photographie d’une feuille portant le nom de mon ex-beau-père, André.
Je reconnus son écriture.
André avait travaillé pendant quarante ans dans le secteur agricole. Il était réservé, méfiant envers les spéculateurs et particulièrement attaché à ses terres. À sa mort, j’avais accompagné Camille dans les démarches successorales. Nous avions découvert que certaines parcelles pouvaient prendre de la valeur avec les projets d’aménagement autour de Saint-Priest, mais aucun de nous ne mesurait réellement l’ampleur de ce potentiel.
Sur la feuille, André avait écrit :
Les terres doivent rester à Camille jusqu’à ce qu’elle soit assez informée pour décider elle-même. Aucun transfert sans son accord personnel et un conseil indépendant.
La date remontait à quelques mois avant son décès.
— Pourquoi ce document était-il caché ? demandai-je.
— C’est précisément ce que nous cherchons à établir.