— Tu m’as dit que tu voulais m’aider à développer une activité touristique, dit Julien. Tu ne m’as jamais dit que tu avais déjà préparé des plans de transformation sans mon accord, ni que tu avais cherché à savoir comment obtenir le contrôle des biens de mon père.
Chloé pâlit davantage.
— Ce n’étaient que des recherches.
— Peut-être. Mais tu ne m’en as jamais parlé.
— Parce que tu aurais refusé !
— Alors tu savais que je n’étais pas d’accord.
Il referma le carnet.
— Je ne vais pas t’accuser de quelque chose que les documents ne prouvent pas. Mais je ne peux plus faire comme si je ne voyais rien.
Le secret derrière les projets de Chloé
À midi, Claire demanda à parler à Marcel.
Il la reçut dans la bibliothèque, en présence de Thomas.
Elle avait perdu l’assurance qu’elle affichait la veille. Son manteau était impeccablement fermé, mais ses doigts tremblaient.
— Monsieur Delmas, je vous présente mes excuses pour ce qui s’est passé.
Marcel l’invita à s’asseoir.
— Vous vous excusez parce que vous avez compris que je possède le domaine, ou parce que vous pensez réellement qu’on ne devrait pas envoyer un homme dormir dans une pièce glaciale ?
Claire détourna le regard.
— Ce n’était pas une décision heureuse.
— Ce n’est pas ma question.
Elle resta silencieuse.
Marcel hocha lentement la tête.
— Je vois.
Claire finit par avouer que Chloé lui avait présenté le mariage comme une occasion de repartir sur de nouvelles bases financières. Leur situation était plus difficile qu’elles ne l’avaient laissé entendre. Claire avait accumulé des dettes après la fermeture de son institut de beauté, tandis que Chloé remboursait encore un crédit important contracté pour son appartement parisien.
Elles avaient espéré que Julien, qui travaillait dans la gestion immobilière, les aiderait à retrouver une situation stable.
— Je n’ai jamais voulu lui faire du mal, murmura Claire. Je voulais seulement que ma fille puisse enfin vivre sans compter chaque euro.
— Et vous pensiez que le meilleur moyen d’y parvenir était de préparer l’avenir d’un homme sans lui demander son avis ?
Claire se mit à pleurer.
— Chloé disait qu’une fois mariés, tout serait différent. Elle disait que Julien finirait par convaincre son père de lui transmettre une partie du domaine.
Marcel regarda la photographie d’Anne.
— Ce domaine représente quarante années de travail. Ma femme et moi avons hypothéqué notre maison pour acheter nos premières parcelles. Nous avons passé des nuits à réparer les pompes, à protéger les vignes du gel et à négocier avec des banques qui ne croyaient pas en nous. Je ne refuse pas que mon fils développe ses projets. Mais personne n’a le droit de considérer ce que j’ai construit comme un bien déjà disponible.
Claire baissa la tête.
— Je sais.
— Non, madame. Vous commencez peut-être à comprendre.
Il lui demanda de ne pas chercher à influencer Julien et de laisser les éventuelles questions financières être examinées par des professionnels indépendants.
Avant de partir, elle s’arrêta près de la porte.
— Vous pensez que ma fille est une mauvaise personne ?
Marcel réfléchit longuement.
— Je pense qu’elle a fait des choix qui révèlent quelque chose d’inquiétant. Mais je ne suis pas chargé de définir toute sa personne. C’est à elle de décider ce qu’elle fera maintenant de ce qu’elle a montré.
La question qui a tout changé
Dans l’après-midi, Julien retrouva Chloé dans le salon.
Elle avait retiré son manteau et s’était assise devant la cheminée. À côté d’elle, les cartons contenant les décorations du dîner de fiançailles étaient toujours fermés.
— Je veux que tu me répondes honnêtement, dit-il.
— Je t’écoute.
— Si mon père n’avait possédé ni les terres, ni les bâtiments, ni les parts de Delmas Vignobles, serais-tu restée avec moi ?
Chloé leva brusquement les yeux.
— Bien sûr que oui !
— Alors pourquoi as-tu passé autant de temps à évaluer ce qu’il possédait, à préparer des projets pour ses terres et à chercher comment organiser notre avenir financier sans lui parler de tes démarches ?
— Parce que je voulais que nous ayons une vie confortable.
— Une vie confortable, ou le contrôle d’un patrimoine qui ne t’appartient pas ?
Elle se leva.
— Tu es injuste ! Je t’aime. Je veux construire quelque chose avec toi. Tu crois que je suis restée dix mois avec toi uniquement pour de l’argent ?
Julien ne répondit pas tout de suite.
— Je ne sais plus ce que je dois croire. C’est précisément le problème.
Chloé s’approcha de lui.
— On peut oublier ce matin. Ton père n’a rien perdu. Je lui présenterai mes excuses. On peut reprendre les préparatifs du mariage et repartir de zéro.
Julien recula d’un pas.