— Tu viens de la traiter d’étrangère ? C’est la personne pour laquelle tu as annulé notre dixième anniversaire. Celle que tu défendais chaque fois que je demandais un minimum de respect. Et maintenant que tes décisions ont des conséquences, tu prétends ne plus la connaître ?

Il ouvrit la bouche, puis la referma.

Pour la première fois depuis longtemps, Clara ne chercha pas à rendre la conversation plus confortable pour lui.

— Je vais dormir dans la chambre d’amis, annonça-t-il finalement. Demain, on parlera calmement.

— Non. Demain, je parlerai à mon avocate. Pour le reste, nous verrons.

La signature qui a tout changé

Le lendemain matin, Clara se présenta au cabinet de son avocate avec l’ensemble des documents.

Maître Delmas les examina attentivement, puis lui posa plusieurs questions précises : avait-elle signé une procuration ? Avait-elle autorisé Mathieu à effectuer des opérations sur son portefeuille ? Avait-elle reçu une notification de la banque ? Avait-elle donné son accord écrit à un investissement dans Rivage & Table ?

À chaque question, Clara répondit non.

— Il faut distinguer plusieurs choses, expliqua l’avocate. Les virements effectués depuis votre compte commun, la garantie qui semble porter sur vos actifs personnels et les éventuelles déclarations faites à la banque. Les conséquences juridiques ne seront pas nécessairement les mêmes. Pour l’instant, ne signez rien et ne négociez aucune reconnaissance de dette. Nous allons demander les pièces officielles et faire vérifier la signature.

Clara lui remit également les preuves de son déplacement professionnel à Lille à la date inscrite sur l’autorisation.

L’avocate prit des notes.

— Si votre signature a été imitée, c’est un élément important. Mais nous devons le faire établir proprement. Je vais écrire à la banque pour contester formellement votre consentement à la garantie et demander la suspension de toute opération fondée sur ce document, dans la mesure où elle peut encore l’être. Nous examinerons aussi les recours nécessaires concernant les mouvements sur le compte commun.

Clara sentit enfin qu’elle n’avait plus à affronter cette affaire seule.

Dans l’après-midi, elle confirma son acceptation du poste à Paris et appela les déménageurs.

Ce n’était pas une fuite.

C’était un choix qu’elle avait repoussé pendant des années parce qu’elle croyait devoir consulter Mathieu avant de saisir une occasion importante. Elle allait désormais prendre en charge sa propre vie, sans attendre qu’il approuve ses ambitions.

Quand Mathieu comprit qu’elle ne bluffait pas

Lorsqu’il rentra ce soir-là, plusieurs cartons étaient empilés dans le couloir.

Il s’arrêta net.

— C’est quoi, ça ?

— Mes affaires.

— Tu déménages ?

— Oui. Je pars à Paris pour mon nouveau poste.

— Tu ne peux pas décider ça du jour au lendemain !

Clara eut un sourire sans joie.

— J’ai accepté l’offre le soir de notre anniversaire. Cela fait plusieurs jours que je prépare mon départ.

— Tu avais donc tout planifié derrière mon dos ?

— J’ai accepté un emploi. J’ai consulté une avocate. J’ai vérifié les documents qui portent mon nom. Ce sont des décisions parfaitement normales quand on découvre que son propre mari a engagé son patrimoine sans son consentement.

Mathieu s’approcha.

— Tu vas vraiment mettre dix ans de mariage à la poubelle pour de l’argent ?

— Ce n’est pas une histoire d’argent seulement. C’est une histoire de confiance, de consentement et de respect. Tu as disposé de notre compte commun sans m’expliquer les opérations. Tu as présenté une signature qui semble être la mienne sur un document que je n’ai jamais accepté. Et tu m’as fait passer pour une femme jalouse chaque fois que je demandais des limites.

— Je voulais protéger Salomé !

— Et qui me protégeait, moi ?

Il ne répondit pas.

Il tenta alors une autre approche.

— J’ai fait une erreur. Une seule. J’étais persuadé que le projet fonctionnerait. Si tu m’avais soutenu au lieu de toujours remettre en question mes décisions, nous n’en serions pas là.

Clara le regarda longuement.

Voilà. Même maintenant, il cherchait encore à transformer ses choix en conséquence de son comportement à elle.

— Tu as peut-être pris un risque en croyant que le projet réussirait. Mais tu as choisi de le faire avec des fonds dont tu n’avais pas le droit de disposer comme tu le voulais. Ne me demande pas de porter la responsabilité de tes décisions.

Elle prit son sac et passa devant lui.

— Où vas-tu ? demanda-t-il.

— Chez Sophie. Je partirai pour Paris la semaine prochaine.

— Et nous ?

Clara s’immobilisa près de la porte.

Pendant des années, cette question l’aurait bouleversée. Elle aurait cherché une réponse qui le rassure, une promesse qu’elle pourrait tenir à sa place, une façon de sauver leur mariage sans qu’il ait à changer quoi que ce soit.

Cette fois, elle choisit la vérité.