Un accès avait été utilisé depuis un appareil extérieur à la maison.

Mais les enquêteurs refusèrent de révéler davantage avant d’avoir terminé leurs vérifications.

Ils me demandèrent de rester discret et de ne pas modifier les habitudes des enfants de manière brusque. Un dispositif de sécurité adapté fut mis en place, et les personnes autorisées à entrer dans la maison furent limitées.

Je passai la journée à relire le message d’Isabella.

Puis, en fin d’après-midi, un numéro inconnu s’afficha sur mon téléphone.

Je laissai sonner.

Le téléphone vibra une seconde fois. Un message apparut :

« Si tu veux savoir ce qui est arrivé à Isabella, regarde dans le dossier Aurore. Mais ne demande rien à Luca. »

Je transmis immédiatement le message aux enquêteurs.

Ils me demandèrent de ne pas ouvrir de pièce jointe et de ne pas répondre. Le numéro fut conservé pour les vérifications.

Le dossier Aurore se trouvait sur un serveur indépendant. Marco et moi avions chacun un accès, mais celui de Luca n’avait pas été utilisé depuis le naufrage.

Ou du moins, c’est ce que nous avions cru.

Les enquêteurs découvrirent qu’une connexion avait été effectuée six jours auparavant, à l’heure exacte de l’enregistrement vidéo.

Le fichier consulté portait un nom étrange :

« Déclaration — version finale »

Je ne l’ouvris pas seul. Un enquêteur spécialisé en criminalité numérique en fit une copie et l’examina avec nous.

Le document contenait une courte déclaration signée par Isabella. Elle y affirmait qu’elle avait quitté volontairement la maison et qu’elle ne souhaitait pas être retrouvée.

Mais la signature ne ressemblait pas à celles de ses documents officiels.

Et une phrase, ajoutée dans une police différente, indiquait que les enfants devaient être confiés à une personne désignée par Luca.

Je me levai brusquement.

— Il est impossible que Luca ait organisé cela.

L’enquêteur ne répondit pas à ma place.

— Nous ne savons pas encore qui a rédigé ce document. Mais votre frère est mentionné. Nous devons donc vérifier son rôle, comme celui de toutes les autres personnes concernées.

Je sortis de la pièce, le cœur battant.

Je voulais croire que Luca avait été victime du naufrage. Je voulais croire qu’Isabella avait survécu par miracle. Je voulais croire qu’il existait une explication qui ne détruirait pas tout ce que j’avais encore de ma famille.

Trois jours plus tard, les enquêteurs me convoquèrent.

Ils avaient identifié une personne qui avait utilisé le compte de Luca depuis une petite propriété située à plusieurs centaines de kilomètres. Cette propriété était enregistrée au nom d’une société liée à l’ancien projet Aurore.

Ils avaient également retrouvé un reçu récent, établi dans une pharmacie proche de cette adresse, au nom d’Isabella.

Je sentis mes jambes faiblir.

— Elle est là-bas ?

— Nous avons des raisons sérieuses de le penser, répondit l’enquêtrice. Mais nous devons confirmer son identité et nous assurer qu’elle est en sécurité avant toute intervention.

Elle me demanda de ne pas partir seul.

Le lendemain matin, une équipe se rendit sur place. Je les accompagnai, mais je restai à distance pendant qu’ils procédaient aux vérifications.

La maison était petite, isolée, entourée d’arbres. Une lumière était allumée derrière une fenêtre.

Puis la porte s’ouvrit.

Une femme apparut sur le seuil.

Ses cheveux étaient plus courts. Son visage était plus maigre. Mais je reconnus immédiatement sa façon de tenir ses épaules, ce léger mouvement de tête qu’elle faisait lorsqu’elle essayait de comprendre une situation.

Isabella.

Elle me vit.

Pendant une seconde, elle ne bougea pas.

Puis elle porta une main à sa bouche.

— Adrien…

Je fis un pas vers elle, mais l’enquêtrice me retint doucement.

— Laissez-nous vérifier qu’il n’y a aucun danger.

Isabella ne semblait pas menacée physiquement. Elle accepta de parler aux enquêteurs, puis demanda à me voir en privé, sous leur supervision.

Lorsque je fus enfin près d’elle, je ne sus pas quoi dire.

— Tu es vivante, murmurai-je.

Elle se mit à pleurer.

— Je suis désolée.

Je voulus la serrer contre moi, mais elle recula légèrement.

— Pas encore. S’il te plaît. Il faut d’abord que je t’explique.

Je m’arrêtai.

Elle m’expliqua que le naufrage n’avait pas été un accident aussi simple que nous l’avions cru. Le bateau avait été retrouvé retourné après une violente tempête, mais elle et Luca avaient réussi à rejoindre une embarcation de secours qui dérivait loin de la zone de recherche. Ils avaient été recueillis par un navire privé, puis conduits dans un établissement médical isolé.

Isabella avait subi plusieurs blessures et avait perdu une partie de ses souvenirs immédiats. Luca, lui, avait été blessé plus gravement.

Lorsqu’elle avait repris conscience, un homme lui avait annoncé que les recherches avaient été interrompues et que personne ne savait où ils se trouvaient. Il lui avait également montré des informations laissant croire que je risquais d’être impliqué dans une affaire financière liée au projet Aurore.