— Je vais le faire.

— Et ne contacte pas Léa pour lui demander de garder le silence ou de minimiser ce qui s’est passé.

— Je ne ferais jamais ça.

Je n’ai pas répondu.

Il était trop tôt pour savoir s’il tiendrait parole.

À dix heures, deux policiers se sont présentés au domicile de Monique et Gérard.

Ils ont recueilli les déclarations des personnes présentes, demandé des explications sur la disparition d’Oslo et commencé à vérifier les éléments que j’avais transmis. La nature exacte des faits et les responsabilités de chacun devaient encore être établies.

La cocotte avait disparu de la table.

Monique a d’abord affirmé qu’elle contenait un ragoût préparé avec de la viande achetée chez un boucher. Elle a ensuite déclaré qu’elle avait voulu donner une leçon à Léa, sans reconnaître avoir fait du mal à l’animal.

Gérard, lui, a répété qu’Oslo était vieux et qu’il avait simplement été retiré du domicile.

Mais lorsque les policiers lui ont demandé pourquoi le collier avait été coupé et pourquoi la couverture avait été cachée dans une bâche près des poubelles, ses réponses sont devenues contradictoires.

Chloé a fini par parler.

Elle a expliqué qu’elle avait entendu Monique dire qu’Oslo ne serait plus là avant son arrivée. Elle a affirmé ne pas avoir su ce qui lui était arrivé et a reconnu avoir demandé plusieurs fois à sa grand-mère de faire partir le chien.

Les enquêteurs ont également demandé à Émilie de leur transmettre les photographies et les informations dont elle disposait.

À ce stade, personne ne pouvait encore affirmer avec certitude tout ce qui s’était passé. Mais une chose était devenue claire : les explications de Monique et Gérard ne suffisaient plus à écarter les questions.

Et surtout, ils ne pouvaient plus contrôler ce que les autres avaient le droit de raconter.

Vers midi, mon avocate m’a rappelée.

— J’ai une information supplémentaire concernant les transferts financiers. Julien m’a contactée et m’a autorisée à examiner les documents qu’il détient.

— Qu’a-t-il trouvé ?

— Plusieurs virements vers le compte de Gérard, puis vers une société immobilière dans laquelle il détient des intérêts. Nous devons encore vérifier les contrats et l’origine exacte des fonds. Mais certains montants ne correspondent pas aux explications que votre mari vous avait données.

Je me suis assise au bord du lit.

— Est-ce que Gérard a utilisé notre argent pour acheter un bien immobilier ?

— C’est une possibilité que les documents doivent permettre de confirmer ou d’écarter. Ne tirons pas de conclusion prématurée.

Je me suis souvenue de toutes ces petites phrases que Gérard répétait pendant les repas.

Vous avez de la chance qu’on vous héberge.

Sans nous, vous seriez à la rue.

Dans cette maison, on respecte celui qui paie.

Peut-être avait-il utilisé notre situation pour nous rendre dépendants de lui. Peut-être les transferts avaient-ils une autre explication. Je ne voulais plus deviner. Je voulais des preuves.

— Faites ce qu’il faut, Maître. Je ne veux ni menacer ni humilier qui que ce soit. Je veux récupérer ce qui nous appartient et protéger ma fille.

— C’est exactement ce que nous allons faire.

Trois semaines plus tard, Léa a accepté de retourner dans le jardin où elle jouait autrefois avec Oslo.

Nous n’habitions plus chez Monique et Gérard. Une amie m’avait aidée à trouver un appartement meublé, le temps que notre situation financière se stabilise. Julien avait quitté le domicile de ses parents et vivait séparément de nous pendant que nous cherchions à comprendre ce qu’il savait réellement.

Il avait remis les documents demandés à mon avocate. Certains transferts étaient liés à des opérations professionnelles réelles ; d’autres demeuraient inexpliqués. Les vérifications se poursuivaient, et nous n’avions pas encore de conclusion définitive.

Concernant Oslo, les investigations avaient permis de confirmer que sa disparition ne correspondait pas à la simple mise en pension que Monique avait d’abord évoquée. Les enquêteurs poursuivaient leurs démarches pour établir précisément ce qui lui était arrivé et déterminer les responsabilités éventuelles.

Je n’ai pas publié les photos sur Internet.

Je n’ai pas appelé les amis de Monique pour les convaincre de la détester.

Je n’ai pas envoyé les documents financiers aux anciens collègues de Gérard.

J’ai transmis les éléments aux personnes chargées de les examiner et j’ai attendu.

Cela a été plus difficile que je ne l’aurais cru. Certains proches m’ont reproché d’avoir « exagéré une dispute familiale ». D’autres m’ont conseillé de pardonner pour éviter un scandale.

À chacun, j’ai donné la même réponse :

— Ce n’est pas une dispute parce qu’un adulte décide d’effrayer un enfant. Et ce n’est pas un scandale parce que quelqu’un demande que les faits soient examinés.

Un après-midi, Léa s’est arrêtée près de l’endroit où Oslo avait l’habitude de dormir au soleil.

— Maman, est-ce qu’on aurait pu le sauver si j’étais descendue plus tôt ?