—Claire, je te présente Élodie, ma compagne.

La jeune femme lui tendit la main.

—Enchantée. Thomas m’a beaucoup parlé de toi.

Claire lui serra la main sans répondre.

Thomas balaya l’appartement du regard.

—Tu as changé la décoration. Et… tu n’as toujours pas racheté de canapé ?

—Je n’en avais pas encore besoin.

Il esquissa un sourire.

—Tu vois, tu aurais pu garder l’ancien. Mais maman voulait simplement récupérer ce qui nous appartenait.

Claire ne releva pas la provocation.

—Pourquoi êtes-vous ici ?

Thomas parut surpris qu’elle ne lui propose même pas d’entrer.

—Je voulais te parler. Élodie et moi avons un projet. Je compte enfin lancer une entreprise sérieuse. J’aurais besoin de quelques conseils, notamment pour la communication et les ventes. Tu as de l’expérience, maintenant.

Claire le fixa.

Huit ans durant, elle avait espéré qu’il reconnaîtrait un jour ses compétences. À présent qu’il avait besoin d’elles, il semblait avoir oublié toutes les humiliations qui avaient précédé cette visite.

—Tu veux que je t’aide à monter une entreprise ?

—Nous pourrions travailler ensemble, dit-il. Sans les problèmes de notre mariage, ça pourrait fonctionner.

Élodie, qui était restée silencieuse jusque-là, regarda Thomas avec étonnement.

Puis elle prononça trois mots qui firent disparaître le sourire de Claire.

—Depuis l’hiver dernier ?

Claire tourna lentement la tête vers elle.

—Pardon ?

Élodie pâlit.

—Je… je pensais que vous étiez séparés depuis l’hiver dernier.

Thomas se raidit.

—Élodie, ça suffit.

Mais la jeune femme avait déjà compris qu’elle venait de révéler quelque chose qu’il voulait cacher.

Claire sentit son cœur battre plus vite.

—Thomas, nous avons divorcé il y a quelques mois. Pourquoi pense-t-elle que nous étions séparés depuis l’hiver dernier ?

—Elle a mal compris ce que je lui ai expliqué.

Élodie secoua la tête, visiblement bouleversée.

—Tu m’as dit que votre mariage était terminé depuis longtemps. Que vous viviez comme des colocataires et que vous attendiez seulement que les formalités soient réglées.

Elle s’interrompit, puis ajouta d’une voix tremblante :

—Nous nous sommes rencontrés en novembre. Tu m’as dit que tu étais libre.

Claire sentit le sol se dérober sous ses pieds.

En novembre, elle préparait encore les fêtes de fin d’année avec Thomas. Elle cherchait des idées pour lui faire plaisir, lui avait acheté une chemise pour son anniversaire et croyait toujours que leur mariage traversait simplement une période difficile.

Elle se souvenait même d’un soir où il était rentré très tard, affirmant qu’il avait rencontré un ancien collègue pour discuter d’un projet.

Elle avait préparé son dîner et attendu son retour.

Il l’avait embrassée sur le front avant d’aller se coucher.

Pendant tout ce temps, il avait peut-être déjà construit une autre histoire.

—Est-ce que tu savais que j’étais encore sa femme quand tu l’as rencontré ? demanda Claire à Élodie.

La jeune femme baissa les yeux.

—Non. Je l’ai appris après. Il m’a dit que votre séparation était décidée et que vous n’étiez plus vraiment ensemble. Je l’ai cru.

Claire observa son visage. Elle ne pouvait pas savoir si Élodie lui disait toute la vérité. Mais elle voyait une femme qui venait de découvrir que son propre compagnon lui avait peut-être menti.

Thomas tenta de reprendre le contrôle.

—Claire, tu ne vas pas transformer une vieille histoire en catastrophe. Notre mariage était déjà fini.

—Peut-être que notre mariage était en difficulté, répondit-elle calmement. Mais ce n’est pas toi qui m’as dit que tu voulais partir en novembre. Tu m’as demandé de continuer à croire en toi. Tu me laissais payer nos factures pendant que tu préparais une autre vie.

Il serra la mâchoire.

—Tu ne comprends pas ce que je traversais.

—Et toi, tu n’as jamais voulu comprendre ce que je traversais.

Élodie retira lentement sa main de celle de Thomas.

—Tu m’avais dit que tu avais quitté Claire parce qu’elle ne croyait pas en toi. Tu m’avais raconté que tu avais tout sacrifié pour votre couple.

Elle le regarda, les yeux brillants.

—Mais si tu étais déjà avec moi pendant que tu vivais encore avec elle, comment puis-je savoir que tu ne me raconteras pas la même histoire demain ?

Thomas ne répondit pas.

Pour la première fois depuis son arrivée, il n’avait plus d’explication prête.

Claire aurait pu profiter de cet instant pour l’humilier à son tour. Elle aurait pu énumérer les factures payées, les sacrifices consentis et les promesses abandonnées.

Mais elle n’en avait plus envie.

—Je ne veux pas être mêlée à votre relation, dit-elle. Et je ne veux pas travailler avec toi. Si tu as un projet, construis-le toi-même. C’est ce que tu aurais dû apprendre depuis longtemps.

Thomas la regarda, stupéfait.

—Tu vas vraiment me laisser tomber alors que j’essaie de repartir de zéro ?

Claire eut un sourire triste.

—Je ne te laisse pas tomber. Je cesse simplement de te porter.