L’un d’eux m’a demandé de ne plus manipuler mon téléphone et de leur montrer les éléments disponibles. J’ai expliqué que les vidéos originales étaient conservées sur l’appareil et que des copies avaient déjà été envoyées à mon avocate et à ma sœur.

Ils ont pris mes coordonnées et celles des personnes présentes. Monique a été invitée à rester sur place pour être entendue. Julien a également dû répondre aux premières questions.

Mais les preuves que j’avais sauvegardées allaient révéler bien davantage qu’une installation dangereuse.

3. Ce que mon téléphone avait gardé

En fin d’après-midi, Sarah est arrivée au domaine.

Elle m’a serrée dans ses bras, puis m’a accompagnée dans un endroit sûr, à l’écart de la maison.

— Tu as bien fait de ne pas entrer dans la cave, m’a-t-elle dit. Maintenant, il faut laisser les enquêteurs faire leur travail.

J’ai sorti mon téléphone.

Les premières images montraient Monique près du local technique. D’autres photographies révélaient les messages affichés sur l’écran de Julien.

Sarah m’a aidée à classer les éléments par date, sans modifier les fichiers originaux. Nous avons également conservé les informations permettant de vérifier leur provenance.

Puis nous avons retrouvé un échange que j’avais photographié quelques semaines auparavant, lorsque Julien m’avait demandé de signer les documents d’assurance.

À l’époque, je n’avais pas compris pourquoi il insistait autant pour modifier le bénéficiaire du contrat. Je pensais qu’il s’agissait d’une démarche administrative.

Le message de Monique disait :

« Si elle refuse encore de signer, tu devras trouver une autre solution. Je ne veux pas que cette histoire nous retombe dessus. »

Julien avait répondu :

« Je m’en occupe. Elle descendra à la cave demain matin. Après, personne ne pourra dire que c’était prévu. »

J’ai senti mes mains devenir glacées.

Sarah a relu les messages sans parler.

— Il faudra que les enquêteurs vérifient leur authenticité et leur contexte, a-t-elle fini par dire. Mais ils sont suffisamment sérieux pour leur être transmis immédiatement.

Nous avons remis les éléments aux gendarmes, qui les ont ajoutés aux premières constatations. L’origine exacte de l’explosion restait à déterminer. Les spécialistes devraient examiner l’installation, les débris et les éventuelles traces de manipulation.

Je ne pouvais pas affirmer que Julien et Monique avaient provoqué l’explosion. Mais je savais qu’ils avaient discuté de ma présence dans la cave, qu’ils avaient tenté de me faire descendre et qu’ils semblaient craindre que je découvre quelque chose.

Et il restait une question : pourquoi Julien avait-il besoin de cette assurance à ce point ?

La réponse se trouvait peut-être dans les comptes du domaine.

4. Le véritable mobile

Depuis plusieurs mois, les chiffres ne correspondaient plus.

Des factures de matériel avaient été payées deux fois. Des fournisseurs réclamaient des sommes que je croyais déjà réglées. Certains virements avaient été effectués vers une société dont je ne connaissais ni les dirigeants ni les activités.

Julien m’avait assuré qu’il s’agissait d’erreurs temporaires. Il gérait les ventes et une partie des relations commerciales ; je lui avais fait confiance.

Après l’explosion, Sarah a demandé à un comptable indépendant de revoir les documents accessibles à la société. Les premières vérifications ont révélé des opérations qui nécessitaient des explications.

Plusieurs paiements avaient été effectués vers une entreprise liée à un ancien partenaire commercial de Julien. D’autres mouvements ne correspondaient pas aux factures disponibles.

Le comptable n’a pas conclu à une fraude. Il a établi une liste d’anomalies à examiner et recommandé de préserver les documents originaux.

C’est en rapprochant ces éléments du dossier d’assurance que nous avons compris l’ampleur du risque.

Le contrat prévoyait un capital de 800 000 euros en cas de décès. Une demande récente désignait Julien comme unique bénéficiaire, alors que j’avais toujours pensé que ma mère et ma sœur figuraient au contrat.

Je n’avais jamais signé cette modification.

Mon avocate a demandé à l’assureur de préserver le dossier complet, notamment la demande originale et les éléments utilisés pour vérifier la signature. Elle a également signalé les faits aux interlocuteurs compétents.

Il restait à déterminer qui avait transmis le document et dans quelles circonstances.

Mais Julien avait désormais un intérêt financier possible, des documents contestés et des messages qui demandaient à être examinés.

Monique, de son côté, avait une raison de craindre que son fils perde tout : depuis trois ans, il payait une grande partie de ses dépenses avec les revenus du domaine. Elle savait que si les comptes étaient contrôlés, leur train de vie risquait de changer.

Cela ne prouvait pas qu’elle avait saboté l’installation. Ce point devait être établi par l’enquête technique. Mais ses paroles près des pompiers, les images et les échanges méritaient d’être confrontés.