Claire regarda l’écran sans bouger. Monique referma la boîte rose, essuya le plan de travail et retourna tranquillement dans sa chambre, comme si elle venait simplement de préparer le déjeuner de sa belle-fille.

Claire sentit ses mains devenir glacées.

Ce n’était donc ni le stress, ni son imagination. Quelqu’un cherchait réellement à la rendre malade.

Elle enregistra immédiatement la vidéo et l’envoya à Marc ainsi qu’à son avocate. Puis elle appela Antoine, qui lui conseilla de ne surtout pas toucher à la nourriture et de contacter les autorités.

Mais Claire voulait une dernière preuve.

Le lendemain matin, elle descendit dans la cuisine, prit la boîte rose et sourit à Monique.

« Merci pour le déjeuner. Vous êtes vraiment attentionnée. »

Sa belle-mère lui rendit son sourire.

« Une bonne épouse doit manger ce qu’on lui prépare. Tu comprends, maintenant ? »

Claire soutint son regard.

« Oui. Je comprends beaucoup mieux que vous ne l’imaginez. »

Elle partit au travail avec la boîte, mais ne mangea rien. Elle la remit aux enquêteurs, qui organisèrent les analyses nécessaires. Les résultats confirmèrent la présence d’une substance toxique compatible avec les symptômes qu’elle avait décrits.

Le décès d’Oscar fut également signalé aux autorités vétérinaires afin que les circonstances de sa mort puissent être examinées.

Cette fois, Claire ne pouvait plus se permettre d’attendre.

Le soir même, elle prétexta une migraine et s’installa dans son bureau. Son ordinateur était ouvert sur les enregistrements de la caméra.

À 22 h 16, Julien rentra enfin.

Il embrassa sa mère sur la joue, posa ses clés et demanda :

« Elle a mangé aujourd’hui ? »

Monique répondit à voix basse :

« Oui. Mais elle commence à poser des questions. Il faut accélérer. »

Claire cessa de respirer un instant.

Julien s’assit face à elle, sans savoir qu’elle pouvait l’entendre depuis l’autre pièce.

« Élodie ne veut plus attendre. Son père exige que nous réglions la situation avant la signature du contrat. »

« Et l’assurance ? » demanda Monique.

« Six cent mille euros. Une fois les formalités terminées, tout sera beaucoup plus simple. Je pourrai enfin épouser Élodie sans avoir à partager quoi que ce soit avec Claire. »

Monique eut un petit rire.

« Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu me devras bien une partie de cet argent. »

Julien soupira.

« Nous en avons déjà parlé. Tu auras ta part. Mais il faut que cela ressemble à un accident ou à une maladie. Personne ne doit pouvoir remonter jusqu’à nous. »

Claire sentit quelque chose se briser en elle.

Ce n’était pas seulement son mari qui la trahissait.

C’était l’homme auquel elle avait confié sa vie, celui qui connaissait ses peurs, ses habitudes et ses rêves. Il avait utilisé cette intimité pour organiser sa disparition.

Elle voulut se lever, mais son avocate lui avait demandé de ne pas intervenir seule. Les policiers disposaient désormais des images, des résultats toxicologiques et des premiers éléments financiers. Ils avaient besoin de préserver les preuves et d’éviter toute confrontation dangereuse.

Claire resta donc silencieuse jusqu’au lendemain matin.

À 7 h 30, Julien entra dans la cuisine et trouva une enveloppe sur la table.

À l’intérieur se trouvaient une photographie de lui embrassant Élodie, une copie du rapport toxicologique et une capture d’écran de la vidéo où Monique versait le contenu de la fiole dans la boîte rose.

Sur une feuille blanche, Claire avait écrit :

« Tu avais prévu mes funérailles. J’ai simplement décidé d’assister à ton réveil. »

Julien devint livide.

« Maman ! »

Monique accourut. Lorsqu’elle vit les documents, elle porta instinctivement la main à sa bouche.

Puis la sonnette retentit.

Deux policiers se tenaient devant la porte, accompagnés d’un enquêteur. Ils présentèrent leurs documents et demandèrent à parler séparément à Julien et à Monique.

Claire apparut au bout du couloir.

Vivante.

Droite.

Le regard calme.

Julien recula comme s’il venait de voir un fantôme.

« Claire… Je peux tout expliquer. »

« Vraiment ? Alors explique-moi pourquoi tu as parlé de mes funérailles avant même ma mort. »

Il ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit.

Monique, elle, tenta de se défendre.

« C’est un malentendu ! Je voulais seulement qu’elle prenne soin d’elle. »

Claire désigna la photographie de la fiole.

« Alors pourquoi avez-vous mis cela dans mon déjeuner ? »

La vieille femme éclata en sanglots. Elle affirma que Julien l’avait manipulée, qu’elle avait agi par peur de perdre son fils, qu’elle n’avait jamais voulu aller aussi loin.

Mais les enregistrements racontaient une autre histoire.

L’enquête révéla ensuite que Julien avait multiplié les recherches sur les assurances de Claire et transféré de l’argent du compte commun pour financer son appartement avec Élodie. Les enquêteurs découvrirent également des échanges dans lesquels il discutait avec sa maîtresse de leur avenir après la mort de son épouse.