Je ne savais pas à quel point je comprendrais ses paroles plus tard.

Maître Delmas poursuivit :

— Cet appartement appartient à Marina en vertu de la succession. Son mariage n’a pas transféré la propriété à son époux. Les dépenses courantes du ménage, les meubles achetés ensemble ou une participation à certains travaux peuvent soulever des questions distinctes selon les circonstances, mais ils ne donnent pas automatiquement à Monsieur un droit de propriété sur le bien.

Sergueï se redressa.

— Je suis son mari ! Je vis ici depuis neuf ans !

— Je n’ai pas dit le contraire, répondit-elle calmement. Je vous explique simplement que le fait d’habiter un logement ne permet pas, à lui seul, d’en disposer comme propriétaire.

Maître Roux intervint :

— Nous devons maintenant déterminer ce que vous avez signé et quelles instructions ont été données à l’entreprise.

Sergueï se tourna vers moi.

— Tu fais venir des avocats contre moi, maintenant ?

— Non. J’ai demandé à ma notaire de vérifier les documents concernant mon appartement. C’est toi qui as annoncé des travaux sans m’en parler.

À cet instant, quelqu’un frappa à la porte.

Maître Roux me fit signe de ne pas ouvrir avant d’avoir vérifié qui se trouvait dans le couloir. Je regardai par le judas.

Svetlana était toujours là, accompagnée du même homme en veste de chantier. Elle tenait son téléphone devant elle et parlait avec animation.

J’ouvris la porte, mais restai dans l’encadrement.

— Marina ! s’exclama-t-elle. Enfin ! Tu comptes nous laisser dans le couloir toute la nuit ?

— Non. Je compte comprendre pourquoi tu arrives avec quatre bagages et une entreprise de travaux.

Elle me lança un regard méprisant.

— Sergueï m’a invitée. Tu n’as pas à me faire passer un interrogatoire.

— Alors, demande-lui de t’expliquer ce qu’il t’a promis.

Elle se tourna vers son frère.

— Sergueï, dis-lui !

Il resta silencieux.

L’homme en veste de chantier se racla la gorge.

— Excusez-moi, mais j’ai un contrat à exécuter. On m’a demandé de commencer demain à sept heures. Nous avons prévu de retirer la cloison de la petite chambre et de déplacer certaines installations. J’ai besoin de savoir où déposer les matériaux.

Maître Roux s’approcha.

— Qui vous a commandé ces travaux ?

L’homme consulta son dossier.

— Monsieur Sergueï Sokolov.

— Sur quelle base avez-vous reçu l’autorisation d’intervenir dans ce logement ?

Il sortit une feuille.

— J’ai un bon de commande et une copie d’un document présenté comme une autorisation du propriétaire.

Maître Delmas tendit la main.

— Puis-je le voir ?

L’homme lui remit les papiers.

Elle les examina en silence.

Puis elle releva les yeux.

— Ce document n’est pas un acte de propriété. Et la signature qui y figure devra être vérifiée. En attendant, je vous recommande de suspendre toute intervention jusqu’à ce que vous ayez reçu une confirmation écrite de la personne habilitée à autoriser ces travaux.

L’homme pâlit légèrement.

— Je ne veux pas me retrouver au milieu d’un conflit familial.

— Vous avez raison, répondit Maître Roux. C’est pourquoi il vaut mieux ne rien entreprendre avant que la situation soit clarifiée.

Il reprit ses documents.

— Je vais contacter mon bureau et suspendre le chantier.

Svetlana le regarda s’éloigner, puis se retourna vers son frère.

— Tu m’avais dit que tout était réglé !

Cette fois, Sergueï ne parvint pas à la faire taire.

— Je pensais que Marina finirait par accepter !

— Tu m’avais dit que la chambre serait prête demain ! Tu m’avais dit que je pourrais enfin m’installer !

Je la fixai.

— T’installer pour combien de temps ?

Elle croisa les bras.

— Jusqu’à ce que je retrouve une situation stable.

— Combien de temps ?

— Je ne sais pas ! Quelques mois, peut-être davantage. Pourquoi est-ce que tu tiens tant à tout contrôler ?

Je pris une inspiration.

— Parce que personne ne m’a demandé mon avis.

Elle éclata d’un rire sec.

— Ton avis ! Tu as toujours eu besoin de tout décider. Même après neuf ans de mariage, tu agis comme si Sergueï était un invité dans ta vie.

Je ne répondis pas.

Je l’avais déjà entendue prononcer des phrases semblables lors de repas de famille. D’ordinaire, je me défendais, puis je finissais par m’excuser pour éviter que Sergueï ne me reproche d’avoir créé une dispute.

Mais ce soir-là, je n’avais plus l’intention de jouer ce rôle.

— Svetlana, tu peux être en difficulté. Je peux comprendre que tu aies besoin d’aide. Mais cela ne te donne pas le droit de m’insulter, de venir avec tes valises sans mon accord et de décider que ma maison est désormais la tienne.

Son visage se durcit.

— Tu crois que tu es meilleure que moi parce que tu as hérité d’un appartement ?