— Une éducatrice m’a écoutée. Le lendemain, elle n’était plus là. Monsieur Vasseur m’a dit qu’elle avait été renvoyée à cause de moi. Alors j’ai eu peur. Trois jours après, je suis partie.
Huit mois dans la rue.
Huit mois à survivre avec un sac trop léger, un document trop précieux et la conviction qu’un adulte finirait toujours par la retrouver.
Marc sentit la colère lui monter à la gorge. Il avait envie de rappeler Vasseur et de lui demander des comptes. Mais il savait qu’un affrontement impulsif pourrait mettre Inès davantage en danger.
Il choisit une autre voie.
— Julien, appelle notre avocate. Dis-lui que nous avons besoin de conseils immédiatement. Et demande-lui de nous aider à contacter les services compétents, sans passer par le foyer de monsieur Vasseur.
Puis il se tourna vers Inès.
— Tu n’as pas à nous raconter tout aujourd’hui. Tu as le droit d’être fatiguée.
Léa s’approcha et déposa son moulin jaune sur la table.
— Tu peux le garder, dit-elle. Il est cassé, mais il tourne encore un peu.
Inès fixa le jouet. Ses lèvres se mirent à trembler.
— Pourquoi tu veux me le donner ?
— Parce que tu m’as sauvée.
Inès baissa la tête. Cette fois, elle pleura.
L’homme qui voulait récupérer l’enfant
À dix heures, deux personnes se présentèrent au garage : une travailleuse sociale du service départemental et une policière en civil. Elles avaient été contactées par l’avocate de Marc, qui avait demandé qu’une évaluation urgente de la situation soit menée par des professionnels indépendants du foyer concerné.
La travailleuse sociale se présenta à Inès, lui expliqua son rôle et lui demanda si elle accepterait de parler en présence d’une personne de confiance.
Inès choisit Julien.
Elle raconta les mêmes faits, sans que Marc intervienne. La policière nota les dates, les noms et les circonstances. Elle demanda à voir l’enveloppe et expliqua qu’elle ferait vérifier les documents, notamment leur authenticité et leur lien éventuel avec la situation de la fillette.
La travailleuse sociale, elle, ne minimisa pas les huit mois passés dans la rue.
— Tu as eu raison de parler, lui dit-elle. Nous allons examiner ce que tu nous racontes. Et nous ne prendrons pas la version d’une seule personne pour toute la vérité.
Inès resta silencieuse, comme si elle cherchait le piège caché dans cette phrase.
Puis la policière demanda :
— Monsieur Vasseur t’a-t-il déjà demandé de cacher quelque chose aux personnes chargées de te protéger ?
Inès hocha la tête.
— Il m’a dit de ne jamais parler de la maison de mamie. Il disait que si quelqu’un apprenait qu’elle m’avait laissé quelque chose, des gens viendraient me chercher.
La policière échangea un regard avec la travailleuse sociale.
Ce n’était pas encore une preuve de détournement ou de fraude. Mais c’était suffisamment précis pour justifier des vérifications.
À midi, le téléphone de Marc sonna de nouveau.
Cette fois, Vasseur ne prit plus la peine de paraître aimable.
— Vous faites une grave erreur, monsieur Delcourt. Cette enfant est sous notre responsabilité. Vous n’avez pas le droit de la retenir.
— Elle est en train d’être entendue par les autorités compétentes, répondit Marc. Vous pourrez leur transmettre vos documents et votre version des faits.
— Vous ne savez pas ce que vous déclenchez.
— C’est justement pour cela que je ne vais rien régler avec vous au téléphone.
Marc mit fin à l’appel et transmit les coordonnées du numéro à la policière.
Il ignorait encore ce que Vasseur cherchait à cacher. Mais une chose était désormais claire : l’homme avait compris que la fillette n’était plus seule.
La vérité derrière la maison aux volets verts
Les vérifications prirent plusieurs jours.
Le dossier d’Inès avait été marqué comme une fugue, puis transféré d’un service à l’autre. Plusieurs tentatives de contact avaient été consignées, mais aucune ne permettait d’expliquer précisément où la fillette avait passé les mois précédents. Certains rapports se contredisaient. Une éducatrice avait effectivement quitté le foyer peu après avoir demandé un examen de la situation.
La policière retrouva son nom et la contacta.
La femme accepta de témoigner. Elle confirma avoir signalé des pratiques préoccupantes au sein de la structure, sans avoir eu à l’époque assez d’éléments pour établir toutes ses inquiétudes. Elle avait également mentionné des pressions autour de documents concernant la succession de Jeanne Morel.
La maison aux volets verts n’était pas un simple souvenir.
Jeanne en avait été propriétaire. D’après les premiers éléments vérifiés par le notaire, elle avait prévu qu’Inès puisse en bénéficier à sa majorité, sous certaines conditions, et avait désigné une personne chargée de préserver ses intérêts jusque-là. Des démarches avaient ensuite été engagées pour modifier la gestion du bien.
Or, l’un des documents produits dans ce cadre semblait porter une signature dont l’authenticité était contestée.