— Cela dépend notamment de la date d’acquisition, du titre de propriété, de l’origine des fonds, de votre régime matrimonial et du droit applicable. Le fait que vous ayez payé une grande partie des dépenses est important, mais cela ne suffit pas, à lui seul, à déterminer qui possède quoi.

Elle a poursuivi :

— Quant aux 3 500 dollars mensuels versés à ses parents, il faut examiner s’il existe une obligation juridique ou s’il s’agissait d’une aide volontaire. Votre mari ne peut pas simplement décider que vous devez continuer à les financer parce qu’ils en ont pris l’habitude.

Pour la première fois depuis la veille, j’ai senti que les choses retrouvaient une certaine logique.

Il ne s’agissait plus de savoir qui criait le plus fort ou qui parvenait à me faire culpabiliser.

Il s’agissait de faits, de documents et de droits à déterminer.

— Je veux également protéger mon entreprise, ai-je ajouté.

Maître Harris a levé les yeux.

— Nous examinerons cela séparément. Il faudra distinguer les actifs de votre société, vos revenus personnels et les éventuels intérêts matrimoniaux. Nous ne partirons pas du principe que tout est automatiquement à l’abri, mais nous ne laisserons pas non plus votre mari vous intimider avec des affirmations non vérifiées.

J’ai pris des notes pendant près d’une heure.

En sortant, Natalie m’a serré le bras.

— Tu as l’air différente.

— Différente comment ?

— Hier, tu avais l’air de quelqu’un qui venait de perdre toute sa vie. Aujourd’hui, tu as l’air de quelqu’un qui commence à comprendre qu’elle peut encore prendre des décisions.

Je n’étais pas guérie.

Mais je savais enfin par où commencer.

Au cours des deux semaines suivantes, nous avons rassemblé les documents nécessaires.

J’ai découvert que certains versements à mes beaux-parents avaient été présentés à Trent comme des prêts, alors que je les avais toujours considérés comme une aide familiale. Il faudrait clarifier leur nature exacte. J’ai également retrouvé plusieurs factures concernant des dépenses importantes effectuées sur notre compte commun.

Aucun de ces éléments ne prouvait automatiquement une fraude. Mais ils soulevaient suffisamment de questions pour justifier un examen approfondi.

Puis un détail m’a arrêtée.

Une série de virements avait été effectuée vers un compte dont je ne reconnaissais pas le nom. Les montants étaient relativement modestes, mais réguliers.

J’ai transmis les relevés à mon avocate.

Elle m’a conseillé de ne pas tirer de conclusions hâtives et de demander les informations bancaires appropriées par les voies légales.

C’est ce que j’ai fait.

Quelques jours plus tard, Trent m’a appelée.

— Pourquoi as-tu changé les accès à ton compte professionnel ?

— Parce que mon entreprise ne doit pas être mêlée à notre séparation sans raison valable.

— Nous sommes mariés !

— Cela ne te donne pas automatiquement accès à tous les comptes de mon entreprise.

— Tu me traites comme un étranger !

J’ai laissé passer quelques secondes.

— C’est toi qui as décidé de mettre fin à notre mariage, Trent. Je prends simplement les mesures nécessaires pour protéger mes affaires.

Il a raccroché.

Le lendemain, sa mère, Diane, m’a envoyé un message.

« Nous avons entendu dire que tu ne voulais plus nous aider financièrement. Après tout ce que nous avons fait pour toi, c’est honteux. »

J’ai relu le message, incrédule.

Pendant cinq ans, j’avais payé leurs factures médicales non remboursées, contribué à leurs travaux de rénovation et versé chaque mois une somme qui leur permettait de vivre plus confortablement.

Je n’avais jamais exigé qu’ils me remboursent.

Je ne leur avais même jamais demandé de me remercier.

Mais maintenant, ils me reprochaient de ne plus vouloir financer leur quotidien alors que leur fils m’avait demandé de quitter notre maison.

J’ai transmis le message à mon avocate sans répondre.

Je n’avais pas besoin d’entrer dans une guerre de reproches.

J’avais besoin de rester lucide.

 

PARTIE 3 — Brooke ne connaissait pas toute l’histoire

Trois semaines après notre séparation, Brooke m’a contactée.

Je ne m’y attendais pas.

Son message était bref.

« Elena, je pense que nous devons parler. Il y a des choses que Trent ne m’a pas dites. »

J’ai hésité avant de répondre.

Je ne voulais pas être entraînée dans une rivalité entre deux femmes. Je ne voulais pas non plus servir d’intermédiaire dans une histoire qui ne m’appartenait plus.

Mais Brooke a insisté.

Elle a expliqué qu’elle avait découvert que Trent ne vivait pas réellement de manière indépendante. Il lui avait raconté que notre mariage était terminé depuis longtemps, que nous ne partagions plus qu’une maison et que j’avais accepté de continuer à financer certaines dépenses jusqu’à ce qu’il trouve un logement.

Elle croyait qu’il avait déjà réglé les questions financières.