À la place de Claire, je partirais immédiatement avec Élodie, tout en faisant intervenir la police et en préservant les preuves. Il ne servirait à rien de risquer la sécurité de sa fille pour obtenir des aveux sur place. Mais Claire allait découvrir que les Delmas avaient commis une erreur : ils avaient pris son calme pour de la faiblesse.
Le dossier que les Delmas voulaient faire disparaître
Claire rangea son téléphone dans sa poche.
— Élodie, prends tes affaires. Nous partons.
Adrien se plaça devant la porte.
— Elle ne sortira pas d’ici avec vous.
Claire le fixa.
— Vous venez de menacer votre épouse devant le personnel hospitalier, après qu’elle a déclaré avoir été enfermée et blessée. Écartez-vous.
Thomas ricana.
— Vous ne connaissez pas les conséquences juridiques de ce que vous faites. Élodie est mariée à mon frère. Vous ne pouvez pas simplement l’emmener.
— Je connais surtout la différence entre une épouse et une prisonnière.
Claire se tourna vers l’infirmière.
— Je demande que ma fille soit examinée seule, que ses blessures soient documentées et que les autorités compétentes soient prévenues. Elle dit avoir été séquestrée et contrainte de signer des documents. Je veux que sa sécurité soit évaluée avant toute sortie.
L’infirmière acquiesça et quitta la pièce.
Véronique s’approcha, le visage crispé.
— Claire, vous allez trop loin. Nous avons toujours considéré Élodie comme notre fille.
Élodie eut un rire bref, douloureux.
— Alors pourquoi m’avez-vous enfermée ?
Véronique resta muette.
— Pourquoi avez-vous pris mon téléphone ? Pourquoi avez-vous dit à tout le monde que j’étais instable ? Et pourquoi voulais-tu que je signe des papiers que je n’avais même pas le droit de lire ?
— Nous essayions de t’aider !
— Non, répondit Élodie. Vous essayiez de me contrôler.
Pour la première fois, elle ne baissa pas les yeux.
Claire lui prit doucement la main.
— Tu n’as plus besoin de leur expliquer quoi que ce soit maintenant.
Adrien frappa du poing contre le mur.
— Tu crois vraiment que ta mère pourra te protéger toute ta vie ?
Claire se retourna.
— Elle n’a pas besoin que je la protège toute sa vie. Elle a besoin que vous cessiez de lui faire du mal.
Quelques minutes plus tard, deux policiers arrivèrent. Ils recueillirent les premières déclarations et séparèrent les protagonistes. Claire transmit les enregistrements, sans modifier les fichiers originaux, et indiqua que Manon détenait d’autres éléments susceptibles d’intéresser l’enquête.
Thomas tenta encore de minimiser la situation.
— Ces enregistrements sont sortis de leur contexte. Il s’agit d’une discussion familiale sur la gestion du patrimoine.
Un policier lui demanda alors :
— Quel patrimoine ? Et pourquoi parlez-vous d’une procuration signée à la place de votre belle-sœur ?
Thomas ne répondit pas.
Claire n’attendit pas qu’il change d’avis. Elle accompagna sa fille pour qu’elle reçoive les soins nécessaires et soit mise à l’abri.
Mais, dans le taxi qui les conduisait chez Claire, Élodie sortit de son sac un petit carnet à couverture bleue.
— Maman, il y a encore quelque chose que tu dois savoir.
Cinq mois de mensonges
Le carnet contenait des dates, des montants et des notes écrites à la hâte.
Élodie avait commencé à tout consigner cinq mois auparavant, lorsqu’elle avait découvert que plusieurs sommes avaient quitté son compte professionnel alors que son studio ne réalisait presque plus de chiffre d’affaires.
Au début, elle avait cru à une erreur comptable.
Puis elle avait découvert que son mari avait utilisé ses identifiants pour consulter certains de ses comptes et qu’une demande de procuration avait été préparée à son nom.
— Il disait que c’était pour simplifier les démarches, expliqua-t-elle. Il voulait que je lui donne accès à tout. Quand j’ai refusé, il a commencé à dire que je n’étais plus capable de gérer mon argent.
— Et tu ne m’as rien dit ?
Élodie baissa la tête.
— J’avais honte. Il répétait que tu penserais que j’avais échoué dans mon mariage. Et il disait que, si je partais, il ferait en sorte que personne ne me prenne au sérieux.
Claire sentit une colère sourde monter en elle, mais elle garda une voix douce.
— Tu n’as pas à avoir honte de ce qu’il t’a fait.
Élodie ouvrit le carnet à une page marquée d’un trait rouge.
Un virement de 180 000 euros y figurait, accompagné d’une référence à une société immobilière.
— Je n’ai jamais autorisé ce transfert. Quand j’ai interrogé Adrien, il m’a répondu que c’était un placement temporaire. Puis il m’a dit que je confondais les chiffres.
Claire relut la ligne.
— Tu as les relevés originaux ?
— Oui. Manon les a aussi.