« Memo, peux-tu revenir chez nous à midi ? J’ai quelque chose à te montrer. Je pense que tu devrais le voir avant que tout le monde prenne une décision. »

Je regardai mes parents.

—Je reviendrai peut-être cet après-midi. Mais cette fois, ce sera parce que je l’aurai choisi.

Puis je partis.

À midi, je retrouvai Diego dans un petit café à quelques rues de chez mes parents.

Il avait l’air épuisé.

Sur la table, il avait posé une enveloppe et son téléphone.

—J’ai parlé à Fernanda ce matin, commença-t-il.

Je m’assis.

—Et alors ?

—Elle m’a dit que tu avais inventé une partie des frais pour nous punir. Que tu avais volontairement augmenté les prix parce que tu voulais faire honte à toute la famille.

Je poussai un soupir.

—Je m’en doutais.

—Alors je lui ai demandé de me montrer les messages dans lesquels vous aviez discuté du budget.

Il fit glisser son téléphone vers moi.

Sur l’écran, je découvris une conversation entre Fernanda et ma mère.

Elle datait de trois semaines plus tôt.

Ma mère avait écrit :

« Ne t’inquiète pas pour le repas. Ton frère ne dira jamais non. Il aime trop se sentir indispensable. »

Fernanda avait répondu :

« Je sais. C’est pour ça que je lui ai demandé les cinq services. S’il refuse maintenant, maman lui fera comprendre qu’il gâche mes fiançailles. »

Je relus les messages.

Une fois.

Puis une deuxième fois.

Il y en avait d’autres.

Fernanda avait envoyé des photos de plats coûteux en expliquant qu’elle voulait impressionner la famille de Diego. Ma mère lui avait conseillé de ne pas parler d’argent avant la fête.

Et, trois jours avant l’événement, Fernanda avait écrit :

« Même s’il dépense beaucoup, il ne nous demandera jamais de rembourser. Il est incapable de nous faire ça. »

Je sentis quelque chose se briser en moi.

Ce n’était pas une simple demande maladroite. Ce n’était pas seulement une famille qui ne comprenait pas le coût de mon travail.

Elles avaient compté sur mon incapacité à leur dire non.

Diego baissa les yeux.

—Je ne savais rien de tout ça. Je te le promets.

Je reposai le téléphone.

—Je te crois.

—J’ai aussi parlé à mes parents. Ils pensent qu’il faut payer les dépenses, mais ils ne veulent pas que la situation se transforme en guerre familiale. Mon père m’a proposé de verser cinquante mille pesos pour aider, à condition que nous réglions le reste de manière transparente.

Je secouai la tête.

—Je ne veux pas que tes parents paient pour une décision qu’ils n’ont pas prise.

—Je sais. Je leur ai dit la même chose.

Il ouvrit l’enveloppe.

À l’intérieur se trouvait un chèque de cent mille pesos, accompagné d’une note.

—C’est l’acompte que Fernanda et moi avions versé à un organisateur pour notre future réception de mariage. Nous avions annulé son contrat parce que ta mère nous avait convaincus que la famille pouvait tout prendre en charge. Le chèque est à mon nom, et je peux décider de l’utiliser.

Je repoussai doucement le chèque.

—Diego, tu n’as pas à payer cent mille pesos pour acheter la paix.

—Ce n’est pas pour acheter la paix. C’est pour assumer ma part. Je voulais cette fête autant que Fernanda. J’ai laissé les choses se faire sans vérifier comment elles étaient financées.

Il prit une feuille et nota un chiffre.

—Je vais te rembourser les dépenses justifiées de la réception. Pas seulement les ingrédients. Tout ce que tu as avancé pour les prestataires. Pour tes honoraires, nous pouvons discuter d’un montant raisonnable. Je ne veux pas profiter de toi, mais je ne veux pas non plus que tu transformes cette facture en punition.

Ses paroles me firent réfléchir.

J’avais passé la matinée à me demander si j’avais été trop dur, si j’avais humilié ma sœur, si j’aurais dû tout simplement avaler ma colère.

Mais Diego venait de me rappeler quelque chose d’important : poser une limite ne signifie pas que l’on doit faire payer aux autres sa propre douleur.

—D’accord, répondis-je. Nous allons revoir le détail ensemble. Les dépenses réelles seront remboursées, et nous trouverons un accord équitable pour le reste.

Il hocha la tête.

Puis il ajouta :

—Mais il y a autre chose. Fernanda veut quand même se marier. Elle m’a dit qu’elle ne comprenait pas pourquoi je lui demandais de s’excuser.

Je le regardai.

—Et toi, qu’est-ce que tu veux ?

Il resta silencieux un moment.

—Je veux épouser une femme qui comprend que l’amour n’est pas une dette. Je veux une famille dans laquelle on peut demander de l’aide sans manipuler les gens. Et je veux savoir si Fernanda est capable de reconnaître ce qu’elle a fait.

Je n’avais aucune réponse à lui donner.

Ce n’était plus mon mariage, ni ma décision.