Son ton était redevenu professionnel.

« Pour cette raison, nous allons maintenant poursuivre les vérifications habituelles avant le départ. Notre équipe fera tout son possible pour que ce voyage soit sûr et agréable. Et Mason… garde-moi ce dessin. J’ai très hâte de le recevoir. »

La communication s’est terminée.

Les passagers ont repris leurs occupations. Une dame assise à côté de nous s’est tournée vers Mason.

— Ton papa est donc le pilote ?

Mason a hoché la tête avec un sérieux solennel.

— Oui. C’est le meilleur pilote du monde.

Il a soulevé son dessin pour lui montrer les grandes lettres colorées. La dame a souri, puis elle lui a souhaité un excellent vol.

Moi, je regardais droit devant moi, incapable de retenir mes larmes.

Pas des larmes de tristesse. Plutôt celles qui arrivent quand une journée ordinaire se transforme soudain en un souvenir que l’on gardera toute sa vie.

Quelques minutes plus tard, l’avion s’est mis à rouler vers la piste. Mason s’est collé au hublot, les doigts posés contre la vitre. Il observait les véhicules de service, les pistes et les autres appareils avec une concentration absolue.

— Tu crois que papa peut nous entendre quand on parle ? m’a-t-il demandé.

— Pas depuis le cockpit, mon chéri. Il doit se concentrer sur son travail.

Il a réfléchi un instant.

— Alors, je vais être le passager le plus sage du monde.

Il a aussitôt attaché sa ceinture, rangé ses bonbons et posé ses écouteurs sur ses genoux.

J’ai souri.

— Voilà une excellente idée.

Lorsque les moteurs ont grondé et que l’avion s’est élancé, Mason a attrapé ma main. Il n’a pas crié. Il n’a pas bougé. Il regardait simplement le sol s’éloigner, les bâtiments devenir minuscules et les routes se transformer en lignes grises.

Puis les nuages sont apparus sous nos yeux.

— Maman… on vole vraiment avec papa.

Sa voix était si douce que j’ai dû me pencher pour l’entendre.

— Oui, mon amour. On vole vraiment avec papa.

Il a regardé le dessin posé sur ses genoux.

— Tu crois qu’il est fier de moi ?

Cette question m’a surprise. Je pensais qu’il voulait seulement voir son père aux commandes, découvrir le cockpit et pouvoir raconter cette aventure à ses camarades de classe. Je n’avais pas compris à quel point il attendait aussi un signe de reconnaissance.

J’ai pris son visage entre mes mains.

— Mason, ton papa est fier de toi tous les jours. Pas seulement parce que tu es son fils, ni parce que tu es sage. Il est fier de toi parce que tu es toi. Parce que tu es curieux, généreux et que tu fais de ton mieux.

Il a baissé les yeux, visiblement ému.

— Même quand je fais des erreurs ?

— Même quand tu fais des erreurs. C’est justement pour cela qu’on est une famille. On apprend, on se pardonne et on continue d’avancer ensemble.

Il a posé sa tête contre mon bras.

Pendant le reste du vol, il a observé les nuages, mangé un bonbon et dessiné un petit avion dans le coin de sa feuille. À plusieurs reprises, il a murmuré des commentaires sur ce que son père devait être en train de faire dans le cockpit.

Je le regardais et je pensais à toutes les fois où Tyler était parti travailler avant le lever du soleil, à tous les anniversaires qu’il avait parfois dû célébrer à distance et aux soirées où Mason s’endormait avant son retour.

Être la famille d’un pilote demandait de la patience. Nous avions appris à organiser nos journées autour d’horaires imprévisibles, à transformer les appels vidéo en rituels et à compter les jours jusqu’à son retour.

Mais ce matin-là, quelque chose était différent.

Mason ne se contentait plus d’imaginer le monde professionnel de son père. Il en faisait partie, le temps d’un vol.

Lorsque nous avons commencé notre descente vers Chicago, Tyler a fait une dernière annonce.

« Nous approchons de notre destination. Merci d’avoir voyagé avec nous aujourd’hui. Et à notre jeune passager spécial, j’espère que tu as apprécié le voyage. J’ai hâte de te retrouver à l’arrivée. »

Mason a serré son dessin contre lui.

— Il va venir nous voir ?

— Je pense qu’il trouvera bien quelques minutes pour cela.

— Je vais lui donner mon dessin. Et après, je vais lui demander si je peux devenir pilote quand je serai grand.

Je lui ai embrassé le front.

— Tu pourras lui poser toutes tes questions.

L’avion a atterri en douceur. Les passagers ont applaudi brièvement, et Mason a applaudi lui aussi, avec l’enthousiasme d’un enfant qui venait d’assister à quelque chose de magique.

Nous avons attendu que la plupart des voyageurs descendent avant de nous lever. Je ne voulais pas gêner l’équipage ni empêcher Tyler de terminer son travail.