Lorsque nous avons enfin rejoint la passerelle, Mason s’est mis sur la pointe des pieds pour regarder vers l’avant de l’appareil.

Et là, il l’a vu.

Tyler se tenait près de la sortie, toujours en uniforme, son badge accroché à la poitrine. Il essayait de garder son expression professionnelle, mais son sourire le trahissait complètement.

Mason a lâché ma main et a couru vers lui.

— PAPA !

Tyler s’est immédiatement accroupi pour le recevoir dans ses bras.

Le petit garçon a entouré son cou de ses bras avec une force incroyable. Tyler l’a serré contre lui, les yeux fermés, comme s’il voulait arrêter le temps.

— Alors, mon grand pilote ? a-t-il murmuré. Comment était le voyage ?

Mason s’est écarté juste assez pour lui montrer son dessin.

— Je l’ai fait pour toi ! C’est toi, avec ton avion. Et moi, je suis assis derrière. Regarde, j’ai même dessiné des nuages.

Tyler a pris la feuille à deux mains. Il l’a regardée longuement, suivant du doigt les couleurs, les petites fenêtres et les lettres maladroites.

Puis il a inspiré profondément.

— Mason, c’est magnifique.

— Tu vas le garder ?

— Je vais le garder toute ma vie.

— Même quand je serai grand ?

— Même quand tu seras grand. Et si un jour tu deviens pilote, je te montrerai ce dessin avant ton premier vol.

Mason a souri de toutes ses dents.

Tyler s’est alors tourné vers moi. Son regard était rempli de tendresse, mais aussi d’une émotion plus profonde.

— Tu as organisé tout ça sans me dire un mot ?

— C’était censé être une surprise.

— Tu as réussi. Enfin… presque.

J’ai ri en essuyant mes joues.

— Je suppose que notre cachette dans la boutique de souvenirs n’était pas très convaincante.

— Disons que j’ai vu de meilleures opérations secrètes.

Nous avons ri tous les trois.

Mais avant que nous repartions, Tyler a posé le dessin contre sa poitrine et a pris ma main.

— Merci, a-t-il dit.

— Pour le vol ?

Il a secoué la tête.

— Pour m’avoir rappelé quelque chose.

— Quoi donc ?

Il a regardé Mason, qui examinait déjà son badge avec fascination.

— Que je passe tellement de temps à essayer d’être un bon pilote que j’oublie parfois de célébrer le fait d’être son père.

Ces mots m’ont touchée plus que je ne l’aurais cru.

Tyler aimait son métier. Il avait travaillé dur pour obtenir ses qualifications, accepté des horaires difficiles et consacré des années à apprendre à transporter des centaines de personnes en toute sécurité. J’avais toujours admiré sa discipline et son sérieux.

Mais je savais aussi qu’il lui arrivait de culpabiliser lorsqu’il manquait un spectacle scolaire ou une soirée familiale. Il compensait parfois son absence par des cadeaux, alors que Mason avait surtout besoin de moments partagés.

— Tu es un bon père, lui ai-je répondu. Mais tu n’as pas besoin d’être parfait. Il a juste besoin de sentir que tu es là quand tu peux l’être.

Tyler a hoché la tête.

Puis il s’est tourné vers notre fils.

— Tu sais quoi, Mason ? Aujourd’hui, tu as été mon passager. Mais la prochaine fois, j’aimerais être ton passager à toi.

Mason a froncé les sourcils.

— Mais je ne sais pas piloter !

— Pas encore. Mais tu sais construire des avions en papier, tu poses mille questions et tu n’abandonnes pas quand quelque chose ne fonctionne pas. Ce sont déjà de bonnes qualités.

— Alors, je vais apprendre !

Tyler lui a ébouriffé les cheveux.

— Prends ton temps. Tu n’as pas besoin de décider aujourd’hui ce que tu feras quand tu seras grand. Tu as le droit d’explorer, de changer d’avis et de découvrir ce qui te rend heureux.

Nous avons quitté l’aéroport ensemble, et Tyler nous a accompagnés jusqu’à l’endroit où nous devions récupérer nos affaires. Il n’avait que peu de temps avant ses prochaines obligations, mais il a tenu à partager un déjeuner avec nous.

Mason a raconté le vol trois fois, chaque version devenant plus extraordinaire que la précédente. Il expliquait comment les nuages ressemblaient à des montagnes, comment l’avion avait accéléré sur la piste et comment son père avait prononcé son prénom dans les haut-parleurs.

Tyler l’écoutait sans l’interrompre, posant des questions comme s’il découvrait lui aussi l’histoire.

À un moment, Mason s’est arrêté de parler et a demandé :

— Papa, tu savais que j’étais là avant de décoller ?

Tyler a souri.

— Oui.

— Pourquoi tu ne m’as pas dit bonjour tout de suite ?

Il a réfléchi avant de répondre.

— Parce que je devais d’abord faire mon travail correctement. Quand je suis dans le cockpit, je dois me concentrer sur la sécurité de tout le monde. Mais je voulais que tu saches que je t’avais vu et que j’étais heureux que tu sois là.