Sur son bureau se trouvaient plusieurs documents transmis par le service juridique de NordStroy Invest à la suite de nos démarches.

Il me désigna une page.

— Nous avons un élément important.

Le dossier contenait une copie d’une demande de financement adressée à une banque. Dmitri avait sollicité une ligne de crédit pour son entreprise, en présentant plusieurs garanties personnelles.

Parmi les pièces figurait un document portant mon nom.

Une mention indiquait que j’aurais accepté de garantir une partie des engagements financiers de la société.

Or, je n’avais jamais rencontré le conseiller bancaire concerné. Je n’avais jamais fourni mes justificatifs d’identité pour cette opération et je n’avais jamais accepté de garantir les dettes de l’entreprise de mon frère.

— Cette pièce semble provenir du même ensemble documentaire que celui qu’il vous a présenté à son anniversaire, expliqua Maître Antonov. Nous allons demander une vérification indépendante de la signature et des conditions dans lesquelles vos données ont été utilisées.

Je regardai la page sans parvenir à parler.

Ce n’était donc pas seulement une tentative de me faire payer une dette imaginaire. Mon nom avait peut-être été utilisé dans une démarche financière dont j’ignorais tout.

— Est-ce que Dmitri a obtenu cet argent grâce à ce document ? demandai-je.

— Nous ne pouvons pas encore l’affirmer. Le dossier montre qu’il a présenté une demande. Il faut vérifier quelles pièces ont été acceptées, si des fonds ont été débloqués et qui a préparé les documents.

Il referma le dossier.

— Mais vous avez bien fait de ne pas signer.

Pour la première fois depuis cette soirée, je sentis ma peur se transformer en quelque chose de plus solide.

Pas de la haine.

De la détermination.

Le retour de Viktor Andreïevitch

Trois jours plus tard, je reçus un appel inattendu.

C’était Viktor Andreïevitch, le partenaire financier de Dmitri.

— Monsieur Sergueï, j’aimerais vous rencontrer, si votre avocat l’autorise.

Je transmis immédiatement la demande à Maître Antonov. Celui-ci accepta d’organiser un entretien au cabinet, en sa présence.

Viktor arriva à l’heure prévue, accompagné d’une juriste de son entreprise.

Il semblait plus fatigué que lors de la réception.

— Je vais être direct, commença-t-il. Nous avons découvert plusieurs incohérences dans les dossiers de NordStroy Invest. Certains engagements présentés à nos partenaires doivent être réexaminés.

— Vous pensez que mon frère a utilisé mon nom ?

— Je pense que votre nom apparaît dans des documents dont vous contestez l’authenticité. C’est précisément pour cela que nous ne voulons pas tirer de conclusion prématurée.

La juriste posa une enveloppe sur le bureau.

Elle contenait des copies de courriels et des relevés de transmission de documents. Une partie des échanges montrait que Dmitri avait demandé à son service administratif de préparer rapidement plusieurs garanties avant une échéance bancaire.

Un message mentionnait mon nom.

Un autre demandait que les dossiers soient présentés avant la fin du mois.

Mais aucun de ces éléments ne prouvait à lui seul qui avait fabriqué la signature contestée.

Maître Antonov insista pour que toutes les pièces soient conservées et transmises selon une procédure appropriée.

Viktor acquiesça.

— Nous voulons que cela soit éclairci. Si les documents ne sont pas valides, ils ne doivent pas servir à faire peser des obligations sur des personnes qui ne les ont jamais acceptées.

Avant de partir, il me regarda avec gravité.

— Je suis désolé que vous ayez découvert cette affaire lors d’une soirée familiale. Vous ne méritiez pas d’être placé dans cette situation.

Je le remerciai.

En quittant le cabinet, je compris que le dossier ne se réglerait pas en une journée. Il faudrait des vérifications, des échanges avec la banque et peut-être une procédure judiciaire.

Mais, désormais, je n’étais plus seul face à la version de Dmitri.

Les documents allaient parler.

La visite de mon frère

Dmitri se présenta chez moi un dimanche après-midi.

Je ne lui avais pas ouvert la porte immédiatement. Je lui avais demandé d’attendre dans le hall pendant que j’appelais Maître Antonov pour savoir comment procéder.

Finalement, j’acceptai de lui parler dans le salon, en présence d’Irina. Mon avocat avait précisé qu’il ne fallait signer aucun document ni prendre d’engagement improvisé.

Dmitri semblait avoir vieilli en quelques jours.

Il ne portait ni montre voyante ni boutons de manchette dorés. Son manteau était froissé, et il tenait un dossier contre sa poitrine.

— Je veux qu’on arrête tout ça, dit-il.

— Alors commence par répondre à mes questions.

Il posa le dossier sur la table basse.

— L’entreprise a des problèmes.

— Je l’avais compris.

— Des clients ont retardé leurs paiements. Certains chantiers ont coûté plus cher que prévu. J’ai dû emprunter pour maintenir l’activité.

Je le laissai parler.

Il m’expliqua que les échéances s’étaient accumulées. Les banques avaient commencé à demander des garanties supplémentaires. Plusieurs partenaires, dont Viktor, exigeaient des explications.