Mais des annotations manuscrites indiquaient que des produits inflammables avaient été stockés à proximité d’une installation défectueuse, malgré plusieurs avertissements.

Une page portait le nom de Philippe Delcourt.

Une autre, celui de Thomas, alors âgé de dix-sept ans.

Je levai les yeux vers ma fille.

— Pourquoi avait-il ces documents ?

— Je ne sais pas. Mais un soir, je l’ai entendu se disputer avec son père. Philippe lui disait que certaines choses devaient rester enterrées. Thomas lui a répondu qu’il en avait assez de porter leurs secrets.

— Tu crois que Thomas était impliqué dans cet accident ?

Élodie secoua la tête.

— Je ne sais pas ce qui s’est réellement passé. Je sais seulement qu’ils avaient peur que quelqu’un découvre quelque chose.

Je compris alors pourquoi Thomas avait réagi si violemment à l’idée qu’Élodie parle.

Il ne redoutait peut-être pas seulement de perdre son mariage.

Il redoutait qu’en cessant de se taire, elle fasse tomber le mur derrière lequel sa famille se protégeait depuis des années.

Mais un document ancien, à lui seul, ne prouvait ni une faute pénale ni une dissimulation volontaire. Il fallait vérifier son authenticité, retrouver les pièces manquantes et comprendre le rôle de chacun.

Nous avons remis les documents à l’avocate, qui a conseillé à Élodie de ne pas mener elle-même d’investigations ni de confronter les Delcourt.

Cette fois, nous ne laisserions pas la peur nous pousser à agir sans réfléchir.

3. La famille Delcourt contre-attaque

Le lundi suivant, mon téléphone a commencé à sonner sans interruption.

Une connaissance m’a envoyé une capture d’écran d’une publication anonyme circulant dans plusieurs groupes locaux.

Elle présentait Thomas comme un père inquiet, victime d’une épouse fragile et manipulée par sa mère.

Élodie y était décrite comme instable.

Moi, j’étais présentée comme une femme cupide cherchant à profiter d’un divorce pour obtenir de l’argent.

Je n’avais jamais été aussi humiliée.

Pendant des années, j’avais travaillé honnêtement, élevé ma fille et réparé les vêtements des autres pour payer mes factures. Et voilà qu’un homme en costume essayait de transformer mon amour maternel en preuve de malhonnêteté.

J’ai voulu répondre publiquement.

Maître Besson m’en a dissuadée.

— Ne vous lancez pas dans une bataille sur les réseaux sociaux. Conservez les publications, les dates et les messages. Évitez de divulguer des informations qui pourraient mettre Élodie ou Jules en danger.

Alors j’ai fait exactement cela.

J’ai sauvegardé les captures d’écran et transmis les éléments à l’avocate.

Le lendemain, Philippe Delcourt m’a appelée.

Sa voix était grave et parfaitement maîtrisée.

— Madame Morel, je pense que nous devrions nous rencontrer.

— Pourquoi ?

— Pour trouver une solution familiale. Vous devez comprendre que ces accusations pourraient détruire des vies.

— Les blessures de ma fille ont déjà bouleversé sa vie.

Il a soupiré.

— Thomas a commis des erreurs. Mais vous ne connaissez pas toute l’histoire.

— Alors dites-moi ce que je dois savoir.

Un long silence s’est installé.

Puis il a prononcé une phrase qui m’a glacée :

— Si vous remuez cette affaire, vous allez découvrir que mon fils n’est pas le seul à avoir quelque chose à perdre.

J’ai raccroché.

Cette fois, je n’avais plus seulement peur de Thomas.

Je craignais ce que sa famille était prête à faire pour préserver son nom.

4. Le témoignage qu’ils n’avaient jamais réussi à faire taire

Grâce à l’avocate, nous avons pu transmettre les documents anciens aux autorités compétentes, qui devaient déterminer s’ils justifiaient de nouvelles vérifications.

Quelques jours plus tard, Marc m’a rappelée.

— Claire, j’ai peut-être une piste. Mais je préfère être prudent avant de te donner de faux espoirs.

Il avait retrouvé, par l’intermédiaire de son réseau associatif, le contact d’un ancien employé de l’entreprise Delcourt.

L’homme s’appelait Michel Arnaud.

Il avait travaillé sur le chantier où l’accident s’était produit.

Au début, Michel a refusé de nous rencontrer.

Il disait avoir tourné la page et ne voulait pas de problèmes.

Puis il a accepté de parler à l’avocate d’Élodie, à condition que sa sécurité et ses droits soient respectés.

Son témoignage a révélé une histoire plus complexe que celle que nous imaginions.

Quelques jours avant l’incendie, plusieurs salariés avaient signalé un problème de stockage et un équipement défectueux. Selon Michel, les responsables avaient été avertis, mais les travaux avaient continué.

Le soir de l’accident, Antoine Mercier avait été grièvement blessé en tentant de sortir un collègue de l’entrepôt.

Michel affirmait également qu’après l’accident, certains documents internes avaient disparu et que les ouvriers avaient été invités à ne pas parler à la presse.

Il ne prétendait pas avoir vu Philippe Delcourt ordonner personnellement une dissimulation. Il pouvait toutefois identifier les personnes présentes lors de plusieurs réunions et fournir des informations vérifiables.

Ce témoignage ne constituait pas une preuve définitive de culpabilité.