Il avait toujours pensé qu’Élodie serait de son côté. Il n’avait jamais envisagé qu’elle puisse distinguer l’aide financière qu’elle avait reçue de la violence qu’elle venait de voir.
Dans la salle de bains, il découvrit un autre détail qui lui donna la nausée : une trace de café séché près du miroir. Il revit Claire reculer, la main contre son visage, sans même crier.
Il se rappela surtout son propre rire nerveux après le geste, comme s’il avait voulu montrer à sa sœur qu’il maîtrisait la situation.
Il n’avait pas perdu le contrôle une seconde.
Il avait choisi de lui faire mal.
Et désormais, il allait devoir répondre de ce choix.
Troisième enveloppe : deux millions d’euros et une signature falsifiée
Le troisième pli était le plus dangereux pour ses affaires.
Il provenait du groupe financier qui avait accordé un prêt de deux millions d’euros à sa société de conseil. Une partie de ce financement avait été obtenue sur la base de garanties et de déclarations dont l’authenticité devait maintenant être vérifiée.
Dans le dossier figurait une pièce attribuant à Claire un engagement destiné à soutenir l’opération.
Elle n’avait jamais signé ce document.
Julien, lui, savait exactement comment il avait été fabriqué.
Trois mois plus tôt, il avait récupéré une copie de la signature de Claire sur un ancien formulaire administratif. Il l’avait reproduite sur une page qu’il avait ensuite intégrée à un dossier de financement.
Il s’était persuadé qu’il ne faisait que gagner du temps. Il avait prévu de rembourser une partie du prêt grâce à un contrat commercial qu’il croyait imminent.
Mais le contrat n’avait jamais été signé.
L’argent, lui, avait déjà été dépensé.
Une partie avait servi à rembourser des dettes antérieures. Une autre avait financé des dépenses de fonctionnement et des factures en retard. Enfin, plusieurs virements avaient été effectués vers une structure liée au projet d’institut de soins d’Élodie.
Ce dernier point expliquait les trois virements bloqués par la banque de Claire.
Ils n’étaient pas tous destinés à son compte personnel. Ils transitaient par une société dont l’adresse correspondait à celle du projet de sa sœur.
L’audit avait fait apparaître des mouvements qui exigeaient des explications : paiements sans justificatifs suffisants, factures dont la réalité devait être contrôlée et transferts entre plusieurs comptes professionnels.
Cela ne suffisait pas, à lui seul, à établir que chaque opération était frauduleuse. Mais l’ensemble justifiait des vérifications approfondies.
Et Claire avait eu le réflexe que Julien n’avait jamais anticipé : elle avait demandé à sa banque de suspendre les opérations suspectes et de préserver les pièces.
Le lendemain matin, son avocate reçut une copie du contrat contesté.
Elle la transmit aux interlocuteurs compétents et demanda que les éléments soient conservés pour les investigations nécessaires.
Julien, lui, passa la nuit à chercher une solution.
Il appela deux associés, un ancien camarade d’école et un avocat d’affaires. Les premiers lui conseillèrent de ne rien signer de plus sans conseil juridique. Le dernier lui posa une question simple :
— Votre épouse a-t-elle réellement consenti à cette garantie ?
Julien ne répondit pas.
— Je vous repose la question, monsieur Morel.
— Nous sommes mariés.
— Ce n’est pas une réponse.
L’avocat lui expliqua qu’une signature contestée pouvait avoir de lourdes conséquences, tant pour les engagements concernés que pour la relation avec le prêteur. Il lui recommanda de lui remettre l’intégralité du dossier, sans supprimer ni modifier de document.
Pour la première fois, Julien comprit que son mariage ne constituerait pas un bouclier.
Claire, de son côté, reprenait possession de sa vie
Pendant que Julien cherchait à sauver son entreprise, Claire se réveillait chez son amie Nathalie.
Elle avait mal dormi. Sa joue était encore sensible et sa peau tirait lorsqu’elle souriait. Le médecin lui avait recommandé des soins adaptés et un suivi si la douleur ou les rougeurs s’aggravaient.
Nathalie lui apporta un café.
Claire se raidit instinctivement en voyant la tasse approcher.
Son amie s’arrêta aussitôt.
— Je te le pose ici, d’accord ?
Claire hocha la tête.
Ce simple geste de respect la bouleversa davantage qu’elle ne l’aurait cru. Nathalie ne lui demanda pas de se calmer, ne minimisa pas sa douleur et ne lui expliqua pas ce qu’elle aurait dû faire autrement.
Elle lui laissa le temps.
Dans la journée, Claire rencontra son avocate, Maître Sophie Moreau. Elles reprirent les événements dans l’ordre : les virements inhabituels, la contestation de la garantie, les violences du matin et les documents retrouvés.
Sophie lui rappela qu’il fallait séparer les différentes démarches. La plainte suivrait son cours. Les questions relatives à la propriété et au patrimoine seraient traitées selon les actes et le régime matrimonial. Les opérations financières feraient l’objet de vérifications distinctes.